Florian Philippot: «Avec Les Patriotes, nous avons vocation à constituer le rassemblement majoritaire»

INTERVIEW Florian Philippot, ancien numéro 2 du Front national, a fondé il y a six mois l'association Les Patriotes, devenue fin septembre un parti politique souverainiste...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Florian Philippot, ex-vice-président du Front national, président des Patriotes, le 24 avril 2017 à Paris
Florian Philippot, ex-vice-président du Front national, président des Patriotes, le 24 avril 2017 à Paris — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Florian Philippot, ancien numéro 2 du Front national, a fondé l'association Les Patriotes il y a six mois.
  • Cette association a été transformée en parti le 29 septembre.
  • Le député européen souhaite constituer un pôle souverainiste majoritaire, en instaurant un dialogue avec des «patriotes de droite et de gauche».
  • La formation sera présente aux élections européennes.

Florian Philippot, alors vice-président du Front national, fondait il y a six mois l’association « Les Patriotes ». Depuis, Marine Le Pen a perdu la présidentielle, la ligne du député européen a été dénoncée et l’homme a quitté avec ses proches le FN, avant de transformer fin septembre son association en parti politique. Retour avec Florian Philippot sur cette formation et son offre politique…

Six mois après le lancement de l’association Les Patriotes, puis sa mue en parti politique, où en êtes-vous ?

En six mois, l’association qui s’était constituée pour œuvrer à la refondation du FN s’est transformée en parti politique autonome. Nous avons aujourd’hui plus de 5.000 adhérents, plus de 30 conseillers régionaux, trois eurodéputés, 70 conseillers municipaux. Nous nous développons avec des référents dans quasiment un département sur deux, et bientôt un siège à Paris ou tout près [de la capitale]. Et notre charte a été publiée en ligne le 7 novembre.

La ligne souverainiste est investie à droite comme à gauche. Quelle est la spécificité de votre formation ?

On dit que l’indépendance passe par le « Frexit ​ ». On pense que la souveraineté nationale est indispensable pour faire de la politique et être en démocratie. Mais nous sommes plus qu’un parti souverainiste. Notre charte montre que nous sommes un mouvement patriote avec un projet fort sur l’économie, les sujets régaliens, l’école, la santé, la politique étrangère, la défense… Nous avons des choix politiques tournés vers l’avenir. Notre premier livret, publié la semaine prochaine, sera sur la cybersécurité. On travaille aussi sur l’écologie, la protection animale, les biotechnologies, les scandales alimentaires qui sont des grands sujets du XXIe siècle…

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La plateforme des «Amoureux de la France» portée par Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, Jean-Frédéric Poisson, président du parti démocrate-chrétien, et la députée non-inscrite Emmanuelle Ménard vise à l’élaboration d’un programme patriote. Pourriez-vous vous unir ?

On a discuté avec Nicolas Dupont-Aignan. Maintenant, je ne me sens pas de point commun avec Jean-Frédéric Poisson ou Emmanuelle Ménard. Je ne crois pas en l’union des droites. Je crois en l’union des patriotes au-delà du clivage gauche-droite, puisqu’il y a des patriotes à gauche et des patriotes à droite. Je ne suis pas du tout dans vision très conservatrice, très libérale, très européiste. Notre charte garde évidemment le mariage pour tous. On n’est pas là pour imposer un ordre moral à la société française.

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La concurrence entre les personnalités du courant souverainiste est-elle contre-productrice pour espérer gagner ?

Je crois qu’on doit se parler, et bien au-delà du simple cercle de Nicolas Dupont-Aignan. On doit partir de la base et parler à l’ensemble des électeurs, militants, élus, responsables associatifs qui se sentent patriotes et qui se classent à gauche ou à droite, des gens dans la France insoumise ou Les Républicains. Je ne suis pas du tout dans une logique de fermeture. Au contraire : nous autorisons la double appartenance. Beaucoup de mouvements politiques l’interdisent. On est soit chez eux, soit on se fait virer. 

Avec France insoumise, la discussion a tourné court, le porte-parole Alexis Corbière rejetant un « café facho » avec vous…

J’ai cité Jean-Luc Mélenchon en exemple en voulant parler de la méthode. Je pense qu’entre oppositions, on doit pouvoir se parler. On doit ponctuellement travailler ensemble, ce qui ne veut pas dire qu’on fait une alliance. Prenez l’exemple de la loi Travail. Entre tous ceux qui sont contre cette loi, on aurait dû au moins se rencontrer. Et peut-être élaborer, dans un monde idéal, une stratégie commune pour éviter qu’Emmanuel Macron gagne à tous les coups. Ce serait beaucoup plus efficace. Sur cette expression [de Corbière], je la regrette, je pense que beaucoup de personnes sur le terrain me comprennent mais que certains cadres sont dans de vieux réflexes un peu sectaires, partisans. 

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Pour les européennes, pourrez-vous constituer autour de vous un pôle souverainiste face à un pôle pro-européen dirigé par Emmanuel Macron ?

Avec Les Patriotes, nous ambitionnons d’être le principal moteur d’une grande force patriotique face au pôle fédéraliste où Macron sera central, avec des Républicains ou des personnes comme Manuel Valls. Nous serons le pendant exact de ce pôle, avec la défense des nations libres et la saine coopération entre elles.

Vos critiques visant le FN servent-elles d’autres formations plus importantes que la vôtre, comme Les Républicains ?

Quand je dis que le FN a perdu la boussole et a renié sur l’Europe, je développe ensuite mon contre-projet. Et je pense que beaucoup de Français attachés à l’indépendance n’iront pas chez Laurent Wauquiez.

Dans la perspective des deuxièmes tours, des électeurs font le choix des partis en position de gouverner…

C’est parce que nous sommes récents. Nous avons un mois et demi comme formation politique. Nous sommes un nourrisson qui grandit vite. Mais déjà, nous avons beaucoup plus d’élus que nombre de formations politiques plus anciennes que nous. Et dans le camp patriote, il y en a beaucoup qui n’ont pas notre nombre d’élus. Nous avons une capacité à nous faire entendre, notamment sur les réseaux sociaux. Nous avons vocation à grandir très vite et apparaître comme une force crédible pour constituer le rassemblement majoritaire.

Vous estimez être parti du FN avec les personnes les plus compétentes. Que pensez-vous du personnel qui vous a remplacé auprès de la présidente du parti ?

Aucune n’est audible. La dernière trouvaille du FN de nommer des ambassadeurs de la refondation est totalement ridicule. Ce parti est complètement perdu. Je vois surtout des gens qui ne savent plus très bien ce qu’ils ont à dire, et dont on ne retient rien.