Montpellier: Patrick Vignal, le député En Marche! au cœur des polémiques

POLITIQUE Le député de l’Hérault a été épinglé à deux reprises en quatre mois. Sur son absentéisme à l’Assemblée et plus récemment sur l'embauche de sa fille par un autre député En Marche!...

Jérôme Diesnis

— 

Patrick Vignal avec Emmanuel Macron, en mai 2016.
Patrick Vignal avec Emmanuel Macron, en mai 2016. — S. Thomas / AFP

Pour la seconde fois en quelques semaines, le député de la neuvième circonscription de l’Hérault Patrick Vignal (LREM) est au cœur d’une polémique. Evoquant « la petite combine des députés En Marche pour embaucher leurs enfants », le site d’informationsStreet Press l’a épinglé. En cause, sa fille Meryll, attachée parlementaire du député de la Manche Bertrand Sorre (LREM).

S’il n’est pas interdit qu’un député embauche l’enfant d’un autre, l’idée sonne étrangement après l’adoption de la loi sur la moralisation de la vie publique. « Mais c’est incroyable !, se défend Patrick Vignal. Ma fille a un master 1, un master 2 et une certification Assemblée Nationale à la Sorbonne. Elle est qualifiée pour ce poste et je n’ai absolument pas interféré pour son embauche. Qu’est-ce cela veut dire ? Que je dois démissionner ou qu’elle ne peut pas travailler alors qu’elle a toutes les compétences requises ? »

« C’est certainement légal, mais immoral »

Une défense qui n’empêche pas Imane Diani, candidate de la France insoumise, d’avoir des doutes sur le travail effectif de sa fille… Meryll Vignal était l’ancienne attachée parlementaire (basée à Paris) de son père, avant que celui-ci ne la licencie pour se conformer aux promesses d’Emmanuel Macron.

« Or, je ne l’ai vue qu’une fois à ses côtés en cinq ans de mandat, alors je m’interroge. Aujourd’hui, qu’elle soit attachée parlementaire d’un autre député est certainement légal, mais immoral. Il prétend ne pas vraiment connaître ce député qui fait pourtant partie de la même commission (des affaires culturelles et de l’éducation)… Mais s’il s’était agi d’un député du Front national, tout le monde serait indigné ! », relève Imane Diani.

Première polémique cet été sur son absentéisme

Cet été, Patrick Vignal, 59 ans, s’était déjà retrouvé au cœur d’une première polémique, lorsque le site www.nosdeputes.fr avait pointé son absentéisme. Il avait alors justifié ses absences à l’Assemblée Nationale par besoin de souffler. « Je suis malade, je suis fatigué. Mon toubib m’a dit : "Tu prends quelques jours, tu redescends, tu te reposes." », expliquait-il à 20 Minutes.

L’argument ne fait pas mouche auprès de Joëlle Jenin-Vignaud, candidate LR sur la circonscription, qui raillait ses états d’âme lors de la rentrée parlementaire, en septembre. « Votre silence depuis le 14 juillet a été très mal perçu par vos électeurs : ceux qui se lèvent tous les matins pour aller bosser sinon c’est le congé de maladie avec baisse de salaire, à moins qu’avec les nouvelles lois Macron ce soit directement le licenciement. »

>> A lire aussi : Absentéisme à l'Assemblée nationale: «Il faudrait que je fournisse une attestation médicale ?» lance le député LREM Patrick Vignal

« J’ai appris la politique avec Georges Frêche »

Positionné à l’aile droite du Parti socialiste, Patrick Vignal était l’un des signataires de l’appel au droit au retrait de la campagne présidentielle après la victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste. « Toute sa force réside dans son bec », assène Guillaume Vouzellaud, son adversaire FN. Vignal, qui revendique son côté grande gueule, s’amuse de l’argument : « J’ai appris la politique avec Georges Frêche ».

« Il assistait à toutes nos assemblées générales, il connaît parfaitement ses interlocuteurs. Lorsqu’il était adjoint aux sports à Montpellier, il avait une vision très saine de sport, qu’il considère comme partie déterminante de la vie sociale », explique le président d’un club de foot amateur de Montpellier… sous réserve d’un anonymat de rigueur. Car les ennemis de Patrick Vignal ne se trouvent pas seulement dans les rangs socialistes : les échanges verbaux avec Philippe Saurel, maire (DVG) de Montpellier, ont souvent été très tendus.

Ancien directeur de campagne de Moure aux municipales

Patrick Vignal était le directeur de campagne du socialiste Jean-Pierre Moure, grand favori et battu aux municipales de 2014 par le dissident socialiste. Celui qui se présente comme « un enfant des HLM devenu député » a fait oublier l’échec de son poulain, pour obtenir l’investiture PS aux législatives de 2017… avant de tourner le dos à Solférino. « Je n’ai jamais été vraiment accepté par le PS », se défend-il. Dans son ancienne famille, beaucoup entretiennent à son encontre une profonde inimitié, le surnommant « l’anguille ». Un clin d’œil à une partie de pêche très médiatisée avec Emmanuel Macron, alors « simple » ministre.

Patrick Vignal (à gauche) et Emmanuel Macron lors d'une sortie de pêche très médiatisée le 27 mai 2016
Patrick Vignal (à gauche) et Emmanuel Macron lors d'une sortie de pêche très médiatisée le 27 mai 2016 - Alain ROBERT/Apercu/SIPA

 

Ses adversaires le disent pragmatique, voire populiste et opportuniste. L’ancien judoka, ceinture noire de judo, balaie d’un revers de la main ces accusations. « Le judo m’a appris que mon principal adversaire, c’était moi-même ». Sur une terre de petite Camargue qui n’était pas la sienne jusqu’en 2012 et sa première élection de député, il a réussi à se poser en défenseur de la culture locale, militant par exemple pour la reconnaissance de la course camarguaise à l’Unesco.

« Si j’ai été réélu à 65 %, ce n’est pas un hasard »

« Nous sommes aussi pour la défense de la culture camarguaise, mais nous n’avons pas du tout la même vision de l’intérêt général. La première préoccupation de Patrick Vignal, c’est sa propre personne, son siège, ses intérêts personnels, avance Imane Diani. Au cours de la campagne pour les législatives, il a utilisé le sujet du djihad comme un marchepied ».

>> A lire aussi : VIDÉO. Résultats législatives : Patrick Vignal, seul député sortant de l’Hérault qualifié au second tour

Dans la neuvième circonscription de l’Hérault figure en effet la ville de Lunel, célèbre pour avoir vu un nombre important d’habitants partir se battre sous le drapeau de Daesh.

Pas de quoi troubler les électeurs, qui l’ont réélu avec 64,54 % des suffrages exprimés, ce que ne manque pas de souligner le député : « Je ne suis pas un godillot. J’ai fait venir une dizaine de ministres à Lunel, j’ai lancé une école de la deuxième chance, fait la déviation de la nationale 113… Si j’ai été réélu à 65 %, ce n’est pas un hasard… »