«Pressions», scrutin «antidémocratique»... L'élection du bureau exécutif de LREM provoque des remous en interne

PARTI L'élection du bureau exécutif de la République en marche, le 18 novembre prochain à Lyon, est un test pour le parti qui prône la transparence, le renouveau des pratiques politiques et l’horizontalité plutôt que la verticalité...

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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Le congrès de La Republique en Marche, le 8 juillet 2017 à Paris.
Le congrès de La Republique en Marche, le 8 juillet 2017 à Paris. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Le Conseil du parti d'Emmanuel Macron élira le 18 novembre prochain son bureau exécutif et son délégué général.
  • Quatre listes sont en lice, mais celle de Christophe Castaner, futur patron du parti, est archi-favorite.
  • Plusieurs adhérents estiment que cette élection ne répond pas aux promesses d'horizontalité et de renouvellement des pratiques politiques prônées par le mouvement.

La candidature unique de Christophe Castaner au poste de délégué général de La République en marche avait déjà suscité des critiques sur le mouvement qui se targue de ringardiser les partis dits traditionnels. Le futur patron de LREM dirigera le parti avec un bureau exécutif qui doit être élu lors du congrès du parti à Lyon, le 18 novembre prochain. Un scrutin qui semble joué d’avance pour de nombreux marcheurs que 20 Minutes a interrogé. Quelques-uns dénoncent même des « pressions » visant à faire élire un bureau exécutif pro-Castaner.

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Listes « société civile » versus liste « politique »

Lors de ce premier congrès de LREM, le Conseil national - composé d’environ 800 personnes dont des parlementaires, des référents territoriaux (nommés par le parti), des élus locaux et des adhérents tirés au sort - devra élire le bureau exécutif entre quatre listes. Paritaires et composées de vingt membres du même Conseil, ces listes sont assez disparates. Deux d’entre elles ne comptent ni parlementaire et ni référent du parti et sont composées d’adhérents (principalement), d’animateurs locaux et d’élus locaux.

  • La liste 1, « En marche citoyen », compte quatre maires, des adhérents et des animateurs locaux.
  • Deux maires figurent sur la liste 2, « En marche pour la vie », complétée par des adhérents et des animateurs locaux.
  • La liste 3, « Territoires en marche », compte huit députés et huit référents.
  • Quant à liste 4, explicitement nommée « En Marche #AvecCasta ! », elle fait figure de favorite avec ses poids lourds de LREM, dont le patron des députés macronistes Richard Ferrand, son homologue au Sénat François Patriat ou le cofondateur des Jeunes avec Macron et député Pierre Person. En plus des dix parlementaires, elle compte trois « simples » adhérents : Cédric O, cheville ouvrière d’En marche dès ses débuts désormais conseiller technique à l’Elysée, le communicant Claude Posternak et la candidate LREM aux législatives Ilana Cicurel, battue à Paris.
Emmanuel Macron et Christophe Castaner à Marseille, le 17 novembre 2016.
Emmanuel Macron et Christophe Castaner à Marseille, le 17 novembre 2016. - LILIAN AUFFRET/SIPA

Le casting de Castaner

Ce n’est pas tant le fait qu’il n’y ait qu’un seul candidat au poste de délégué général, et qu’il ait été adoubé par Emmanuel Macron, qui fait grincer des dents chez les marcheurs. « On l’a tous parrainé dans ma liste pour devenir le DG ! », affirme Nadia Armogathe, animatrice locale et candidate au bureau exécutif sur la liste 1. Même son de cloche chez les listes 2 et 3.

Mais la composition de la liste favorite ne remplit pas les promesses de renouveau ni d’implication des citoyens dans le parti selon ses détracteurs. « On n’a pas le droit de mettre de côté les adhérents ni les animateurs locaux. Ils sont le socle d’En marche, s’ils sont écartés du bureau, on met en péril la pérennité du parti », s’inquiète Nadia Armogathe. « Le bureau va avoir énormément de travail. Comment des députés, pourront assumer cette charge et cumuler les fonctions ? »

Plusieurs marcheurs affirment que Christophe Castaner a lui-même élaboré le casting de la liste 4. « Je suis ravie de la confiance qui m’est accordée, par notre futur délégué général, qui m’a demandé d’être sa tête de liste », nous indique la députée Laëtitia Avia, qui se « défend de croire que tout est gagné d’avance ».

« Je n’ai rien contre Richard [Ferrand]. Mais qu’est ce que Thomas [Mesnier] ou Laetitia [Avia] ont fait de plus que moi pour le mouvement ? Ils ont fait de belles choses, je n’ai rien contre eux. Mais pourquoi cette liste a été constituée sans que personne ne soit consultée ? » s’interroge le député Joachim Son-Forget, à l’initiative de la liste 3, « plus représentative [du parti] par sa diversité ». Est-ce à la demande du futur patron du parti que trois députés ont déserté, « la veille du dépôt des listes », la liste 1 pour rejoindre la 4, selon Nadia Armogathe ?

« C’est pour donner l’impression d’avoir une véritable démocratie »

Le soutien du futur délégué général du parti à la liste 4 pose aussi question. « Je pense que Castaner a fait une erreur en soutenant une liste. Car maintenant l’argument c’est qu’il faut voter pour le patron » déplore Yves Botton, animateur local et membre de la liste 2. « Au sein du Conseil, il y a environ 350 membres qui doivent leur place à Castaner, ou Collomb, ou à un autre cadre d’En marche », estime-t-il faisant référence aux parlementaires. Pour lui, le congrès du 18 novembre prochain « ne sert strictement à rien, on est dans le symbole. La liste 4 est en toute logique la liste désignée ». « Ce vote, c’est pour donner l’impression d’avoir une véritable démocratie », renchérit Cyrille Marques, maire de Bergnicourt (Ardennes) et inscrit sur la liste 1.

Les listes rivales de la liste 4 jugent la bataille inégale, bien qu’elles disposent toutes d’un budget de 3.000 euros pour cette campagne, fourni par le parti. « C’est inéquitable, on ne dispose pas des mêmes moyens de communication ni du réseau que les listes 3 et 4 », constate Nadia Armogathe, qui compense en s’activant sur les réseaux sociaux et Telegram.

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« Un député de la liste 4 lui a demandé de ne pas faire campagne ! »

Un membre d’une liste évoque par ailleurs « des pressions et une tentative d’intimidation de la part d’un député de la liste 4 sur un référent territorial inscrit sur une autre liste » : « On lui a demandé de ne pas faire campagne. Cela pose problème. Je préfère le comprendre comme un acte maladroit et isolé… » Un autre affirme que la référente LREM de son département lui a dit « qu’il fallait voter pour la liste 4 » et dit avoir reçu un coup de fil du siège du parti l’incitant « subtilement » à soutenir la liste de Christophe Castaner. « C’est une campagne antidémocratique », peste cette source. Un animateur local fait aussi état de « pressions (légères et indirectes) pour soutenir la liste 4 ».

Contacté par 20 Minutes, La République en marche affirme qu’elle « soutient toutes les listes, et pas seulement une » et qu’elle ne cautionne pas « ces pressions venant du mouvement, si elles sont avérées ».

Un vote à main levée ou à bulletin secret ?

« Les règles démocratiques y sont », nuance Yves Botton au sujet de l’élection du bureau exécutif, « mais dans la pratique, la campagne ne l’est pas ». C’est pour veiller à cela que plusieurs candidats demandent que le vote s’effectue à bulletin secret et non à main levée. Les statuts du parti le permettent si un quart du Conseil en fait la demande.

« On rencontre énormément de députés dans les couloirs qui ont l’intention de voter pour nous. Mais si le scrutin reste à mains levées, ça va impacter la liberté de certains d’assumer leurs choix », estime Joachim Son-Forget. Qui dit démocratie dit secret de l’isoloir. J’ai entendu un argument rapporté d’un cadre du parti, dire, c’est comme ça dans les autres partis. Mais Wauquiez va être élu par un vote électronique ». L’avocat Charles Delavenne, présent sur la liste 1, a annoncé qu’il solliciterait aussi le vote à bulletin secret. Selon nos sources, LREM se préparerait à organiser l’un ou l’autre des deux modes de scrutin.

Le congrès de Lyon sera donc un nouveau test pour le jeune mouvement qui prône la transparence, le renouveau des pratiques politiques et l’horizontalité plutôt que la verticalité. Quant à la liste gagnante, elle nommera dix personnes parmi le Conseil du parti pour siéger au bureau exécutif qui comptera 30 membres en tout. Ce casting complémentaire pourrait être l'occasion d’envoyer un signal aux listes éliminées, et aux 370.000 adhérents revendiqués par LREM.