Réformes de l'Assemblée: Les députés sont-ils vraiment frileux à l'idée de supprimer leurs «privilèges»?

POLITIQUE Les réformes annoncées par le premier questeur de l'Assemblée ont hérissé plusieurs groupes politiques...

Thibaut Le Gal

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Des députés à l'Assemblée nationale
Des députés à l'Assemblée nationale — Martin BUREAU / AFP
  • Florian Bachelier, premier questeur, a lancé des pistes pour faire des économies.
  • Certains députés ont exprimé leur colère face à ce qu'ils considèrent comme des réformes «populistes».
  • Ce n'est pas la première fois qu'une gronde parlementaire est lancée lorsqu'il s'agit de réformer le statut des élus.

Une fois de plus, les murs de l’Assemblée ont grondé. Le premier questeur LREM Florian Bachelier, qui tient les cordons de la bourse de l’institution, a lancé quelques pistes pour faire des économies. Mais ses propositions de réforme, évoquées dans le JDD, ont fait fulminer ses collègues. Une grogne qui rappelle celles provoquées par la suppression de la réserve parlementaire ou lors de la loi sur le non-cumul des mandats. Alors, les députés sont-ils frileux quand il s’agit de réformer leur statut ou leurs « privilèges » ?

Economies budgétaires ou populisme ?

Dimanche, Florian Bachelier a par exemple préconisé d’abolir quelques « queues de privilèges » comme l’alignement du statut des députés sur le droit commun en matière de retraites et d’allocations-chômage, la réduction des avantages des anciens présidents de l’Assemblée, ou l’annulation de l’acquisition de l’hôtel de Broglie pour mieux développer la colocation et le Airbnb. Le député d’Ille-et-Vilaine espère faire 1 million d’euros d’économies cette année, 10 millions en 2018 et 15 millions par an jusqu’en 2022 sur le budget fixe de 500 millions d’euros par an.

« Nous voulons transformer en profondeur l’Assemblée nationale. J’ai été élu pour ça, je ne me renierai pas. Nous avons fixé des orientations budgétaires pour avoir une institution plus économe, car l’argent public est très précieux », défend Florian Bachelier. « Nous voulons aussi une Assemblée plus moderne, cela va ensemble. L’idée est d’économiser pour mettre l’argent au bon endroit. Un exemple : le bureau a supprimé les avantages de transports pour les députés honoraires [ayant 18 ans de service], soit une économie de 800.000 euros par an. Avec cet argent nous pourrons faciliter le déplacement des parlementaires en circonscription ».

« Poujado »

Malgré ces explications, plusieurs de ses collègues ont épinglé un questeur « Poujado », « populiste », « antiparlementariste », qui « cherche la lumière » avec cette sortie dans les médias. « Florian Bachelier a été recadré par les membres de son groupe. Il a surtout transgressé le fonctionnement de la plus haute instance de l’Assemblée par sa communication personnelle », tacle Luc Carvounas, députée Nouvelle Gauche.

« Quand on parle de train de vie des parlementaires, je ne sais pas de quoi on parle. Est-ce qu’on a eu du mal à se réformer lorsqu’on a voté les lois sur la transparence, la fin de l’IRFM (Indemnité représentative de frais de mandat) ? Si être moderne, c’est proposer des tablettes 9 pouces, un abonnement Velib' et une chambre chez l’habitant, je dis bravo », ironise l’un des 12 secrétaires du bureau de l’Assemblée.

« Vouloir faire croire qu’on gaspillerait de l’argent, c’est du populisme »

Le président de l’Assemblée a lui visiblement peu goûté l’initiative personnelle du questeur, rappelant que « les réformes seront menées progressivement et collectivement ».

« En dix ans, l’Assemblée nationale a déjà fait des efforts considérables, en réduisant de 10 % son budget. Vouloir faire croire qu’on gaspillerait de l’argent en partant d’anecdotes ou de situations particulières, c’est du populisme », s’agace l’ancien député PS René Dosière, spécialiste du contrôle de l’argent public. « Je dirais même que les députés n’ont aujourd’hui pas les moyens matériels et financiers pour être performants. Cette idée de réduction de dépenses émane de qui ? De gens qui ne connaissent pas la culture parlementaire. La transparence sur les frais des parlementaires est une évidence et on peut toujours essayer de gratter un peu sur le chauffage, la climatisation, mais on n’est pas obligé de le faire urbi et orbi, dans toute la presse, comme si c’était la gabegie ».

« Il n’est jamais évident de renoncer à ses avantages. C’est encore moins évident quand c’est vous qui votez les lois », ironise Eric Alt. « L’Assemblée a été renouvelée cet été mais les nouveaux députés semblent s’être coulés dans le moule des anciennes pratiques comme l’a montré la difficile suppression de la réserve parlementaire ». Le vice-président d’Anticor rappelle que les réformes réalisées ces dernières années ont été votées sous la pression de l’opinion après des scandales. Pour autant, il estime que « la qualité de la vie démocratique ne se mesure pas au remboursement des billets de train des parlementaires » : « Il ne faut pas confondre les conditions liées à la fonction avec les privilèges qui demeurent, comme l’inviolabilité parlementaire ou le cumul des mandats dans le temps ».