VIDEO. Six mois de Macron: «Fainéants», «bordel», «kwassa-kwassa»... Un président adepte de sorties polémiques

POLITIQUE Six mois après l'élection d'Emmanuel Macron, «20 Minutes» fait le bilan de ses phrases polémiques...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le président Emmanuel Macron, le 3 août 2017 à Moisson
Le président Emmanuel Macron, le 3 août 2017 à Moisson — PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron a débuté son mandat à la présidence de la Répulique il y a six mois.
  • Déjà père de formules controversées, le chef de l’Etat a lancé plusieurs phrases jugées méprisantes.
  • Politiques et des représentants du monde universitaire évoquent une communication mûrement réfléchie.

« Les gens qui ne sont rien », « les fainéants », ceux « qui foutent le bordel »… Six mois après son élection à la présidence de la République, Emmanuel Macron a lancé plusieurs formules jugées méprisantes en direction des précaires ou ses opposants. Usant d’un registre de langue familier, voire argotique, - inattendus dans la bouche de chef de l’Etat français - certains voient en Emmanuel Macron le successeur de Nicolas Sarkozy et de son «  casse-toi pauvre con ». 20 Minutes revient sur ces formules qui ont choqué…

Les « kwassa-kwassa » qui « amènent du Comorien »

Lors d’un déplacement en Bretagne le 3 juin, le président fait une plaisanterie sur les embarcations « kwassa-kwassa » qui « amènent du Comorien » à Mayotte. Une petite phrase à propos de ces embarcations utilisées par des migrants de l’archipel des Comores pour rejoindre l’île de Mayotte, département français. Cette blague à propos de l’immigration clandestine à Mayotte est très mal reçue, plusieurs milliers de migrants étant décédés en mer. Le ministre comorien des Affaires étrangères exige des excuses du président français. Emmanuel Macron s’entretient peu après avec son homologue comorien Assoumani Azali pour calmer la situation. L’Elysée reconnaît une « plaisanterie pas très heureuse » et « malvenue »…

« Les gens qui ne sont rien »

Un mois plus tard, Emmanuel Macron crée de nouveau la polémique début juillet. Lors de l’inauguration de l’incubateur de start-up Station F, installé dans la Halle Freyssinet à Paris, le président parle du passé de l’ancien bâtiment ferroviaire. « Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien. » Les mots sont très mal reçus et rappellent cette sortie d’Emmanuel Macron alors ministre de l’Economie en mai 2016 : « la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ».

Les « fainéants »

A quelques jours de la première journée d’action syndicale contre les réformes du Code du travail, Emmanuel Macron lâche le 8 septembre à Athènes à propos des opposants à ses réformes : « Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » L’Elysée tente de rectifier le tir en affirmant que le président s’adressait aux politiques, et non à tous les Français… Emmanuel Macron revient sur cette formule trois jours plus tard à Toulouse, affirmant ne rien regretter et n’avoir « jamais été dans l’invective ». Mais livre son explication de texte : « J’ai interpellé toutes celles et ceux qui, quinze ans plus tôt, avaient dit qu’en Europe comme en France, on pouvait ne pas bouger et qui quinze ans plus tard se réveillent avec le Brexit, la Pologne qui nous tournent le dos, une crise européenne et des difficultés françaises ». La formule sur « les fainéants » devient un cri de ralliement pour des manifestants.

« Ceux qui foutent le bordel »

Dernière polémique, lors du déplacement le 4 octobre à Egletons en Corrèze, où il est chaudement accueilli par un rassemblement de salariés et ex-employés licenciés de GM & S. Au président de région, qui évoquait les difficultés à recruter d’une entreprise du coin, Emmanuel Macron glisse : « Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire et ce n’est pas loin de chez eux. » La scène est enregistrée.

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Interrogés récemment par 20 Minutes, plusieurs élus et professeurs estime que la stratégie de communication d’Emmanuel Macron est réfléchie. A propos du « bordel », Ugo Bernalicis, député de La France insoumise, estime : « C’est du Macron tout craché, c’est lui, il n’y a pas de doute (..). Ça révèle son état d’esprit : les mobilisations, la lutte sociale, ce n’est pas son univers. Quand on l’écoute, on a l’impression que les gens sont des pions. Ça laisse transparaître son mépris de classe, une fois de plus. » « Le président a un langage direct. (…) Quand il faut dire les choses, il les dit », précise l’ancien député Arnaud Leroy, membre de la direction collégiale LREM.

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Une parole « incohérente par rapport à la bienveillance » affichée

Cependant, Sophie Jehel, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris-VIII, estime que ces formules sont une « défaillance ». « L’insulte reste une défaillance. Elle est incohérente par rapport à la "bienveillance" et à "la réconciliation des Français" mises en avant par Emmanuel Macron lors de sa campagne pour la présidentielle », dit la maîtresse de conférences.

« La stigmatisation d’une partie de la population est éloignée de la communication professée par Emmanuel Macron, se voulant consensuelle et harmonieuse », ajoute Béatrice Turpin, maîtresse de conférences en sciences du langage à l’université de Cergy-Pontoise. Pour cette spécialiste en lexicologie et en analyse de discours, « ces mots qui divisent représentent un handicap pour le président qui a dit souhaiter le rassemblement des citoyens, s’affirmant ni de droite ni de gauche. Ces mots peuvent devenir une étiquette brandie par les plus précaires, mais aussi par les opposants à Emmanuel Macron qui se réapproprient le ressenti d’une partie de la population. »

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