Maël de Calan: «Chercher à peser sur la ligne politique des Républicains»

INTERVIEW Candidat à la présidence du parti Les Républicains face à Laurent Wauquiez et Florence Portelli, Maël de Calan s'est confié à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Maël de Calan, candidat à la présidence du parti Les Républicains, le 10 octobre 2017 à Paris
Maël de Calan, candidat à la présidence du parti Les Républicains, le 10 octobre 2017 à Paris — IBO/SIPA
  • Mael de Calan est candidat à la présidence du parti Les Républicains en décembre 2017, face à Laurent Wauquiez et Florence Portelli.  
  • Âgé de 37 ans, juppéiste, le conseiller départemental du Finistère souhaite incarner une ligne de «droite modérée».
  • Il plaide pour un parti faisant vivre des courants politiques en son sein, à l'image de l'UMP des années 2000, plutôt qu'une droite «parlant à une frange réduite de l'électorat», qui pourrait risquer de «dire des choses contraires à ses valeurs fondatrices ».
  • Mael de Calan déplore que son concurrent Laurent Wauquiez «ne souhaite pas débattre», et qu'il soit le seul à disposer du fichier des adhérents LR.

Maël de Calan est candidat à la présidence du parti Les Républicains (LR). Ses concurrents s’appellent Florence Portelli et Laurent Wauquiez, favori du scrutin de décembre 2017. Incarnant une « droite modérée », fidèle à Alain Juppé, Maël de Calan reconnaît être « minoritaire » en vue de cette élection, mais pense déjà à la suite pour faire vivre cette ligne au sein du parti. Car, estime-t-il, « si la droite veut tout de suite et à tout prix se récréer un espace politique, elle va dire des choses contraires à ses valeurs fondatrices »…

La droitisation de la droite représente-t-elle l’alpha et l’oméga de cette campagne ?

C’est l’une des questions centrales du débat. Les Républicains vont-ils rester fidèles à leur ADN libéral, européen, réformateur, représenter une droite de gouvernement comme je le souhaite ? Ou verser dans une droite des slogans, contestataire, clivante, eurosceptique, souverainiste sur le plan économique ? Nos alliés sont-ils à la droite de la droite, ou plutôt au centre, comme je le pense ?

Vous craignez que « Laurent Wauquiez soit le Benoît Hamon de la droite ». Seriez-vous le Manuel Valls du parti ?

A gauche comme à droite, il y a une culture de la contestation et une culture de gouvernement. Il y a ceux qui tournent en boucle autour de slogans simplistes et radicaux, et ceux qui cherchent des solutions. Quand je compare Laurent Wauquiez à Benoît Hamon, c’est pour signaler que, si l’on se referme autour d’un cœur de plus en plus restreint de doctrine et d’électeurs, si l’on se coupe de ses alliés, on se condamne à la défaite. Si je suis minoritaire au sein des adhérents, il reste un mois et demi de campagne pour l’être de moins en moins.

Comme Edouard Philippe, vous êtes juppéiste. S’il vous appelle, vous le rejoignez ?

Je n’ai pas d’échange politique avec Edouard Philippe depuis qu’il est entré au gouvernement. On a des idées en commun mais on a fait des choix stratégiques différents. Lui pense plus utile de peser sur le programme et la politique d’Emmanuel Macron en y participant. Moi, j’estime que les différences sont plus importantes que ce qui nous rapproche. C’est pourquoi je suis dans l’opposition.

Pourriez-vous rejoindre Edouard Philippe le 18 décembre ?

Ce n’est pas envisagé.

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Valérie Pécresse a dit qu’elle envisageait de quitter LR si Laurent Wauquiez est élu. Vous feriez de même ?

Je ne le souhaite pas. Je suis candidat à la présidence du parti, ce n’est pas pour le quitter ensuite. Si Laurent Wauquiez gagne, notre objectif sera de chercher à peser sur la ligne politique des Républicains. Bien sûr, je pense comme Valérie Pécresse que si cette ligne devenait eurosceptique ou socialiste sur le plan économique, je ne pourrais plus rester. Mais je pense qu’on peut l’éviter.

Laurent Wauquiez refuse un débat télé pour en organiser un « devant les militants ». Comment le recevez-vous ?

C’est une grosse erreur car on doit ce débat à nos 235.000 adhérents, et la télé est le seul moyen de nous adresser à eux. On le doit aussi à tous les électeurs de la droite et du centre. Si l’on pense que cette élection doit être la première étape de la refondation de la droite, et que Les Républicains doivent rester le grand parti de la droite et du centre, nos idées et nos stratégies intéressent tous ses électeurs.

Laurent Wauquiez craint « l’exacerbation » des tensions avec un débat télé…

C’est le prétexte facile de tous ceux qui ne veulent pas débattre, car on peut avoir un débat d’idées tout à fait digne, et pas une querelle de personnes, à l’image des débats organisés pour la primaire [à droite, tranchée le 27 novembre 2016]. Laurent Wauquiez ne veut pas débattre et ce n’est pas un bon signe quand on veut présider un grand parti. Si l’on nie nos différences idéologiques et stratégiques, on condamne Les Républicains à l’explosion. Ce congrès est le moment de mettre sur la table ce qui nous rassemble et nous distingue, pour élaborer ensuite une ligne idéologique et politique qui convient à toutes les sensibilités de la droite.

Vous disposez de 15.000 euros pour faire campagne. Est-ce trop, pas assez ?

Je suis entouré de bénévoles, donc c’est une somme suffisante. Nous sommes engagés dans une campagne où l’on n’a pas le droit de parler aux adhérents. Seul Laurent Wauquiez a accès au fichier des Républicains. Je demande à pouvoir nous battre à armes égales, à pouvoir parler à tous.

Que veut dire votre ligne de « droite modérée » ?

C’est une droite clairement de droite mais qui ne pousse pas tous les curseurs au maximum comme le fait la droite dure. L’inverse de la modération, c’est l’excès. Entre [l’idéologue] Patrick Buisson qui a inspiré Laurent Wauquiez, Nadine Morano qui affirme que la France est un pays de race blanche, Christophe Billan [président du collectif Sens commun] qui pense que l’on ne peut être Français sans être chrétien, et Laurent Wauquiez qui dit que la droite est identitaire, il y a manifestement une forme de porosité. Celle-ci implique une clarification de la part du candidat, car ces paroles ne sont pas conformes à la charte des valeurs des Républicains. On peut discuter de la ligne politique ou de la stratégie des Républicains, mais nos valeurs européennes, libérales et républicaines ne sont pas négociables.

Après la présidentielle puis les législatives perdues, en quoi le choix de Laurent Wauquiez de mordre sur l’électorat du FN serait-il faux ?

Notre culture est incompatible avec la culture populiste du FN, leurs idées europhobes, anti-libérales, xénophobes. Sur le plan stratégique, je pense par ailleurs que ce serait une erreur colossale. A chaque fois qu’on cherche à récupérer ces électeurs en durcissant le ton, c’est comme la drogue. Il faut que le shoot soit de plus en plus important, car on leur a fait le coup en 2007 puis en 2012. Et je ne pense pas que Laurent puisse y arriver aujourd’hui.

Vous dites parler à l’électorat de la droite et du centre plutôt qu’aux seuls adhérents qui votent en décembre. Vous trompez-vous d’élection, comme Alain Juppé durant la primaire ?

Je ne veux pas dire aux adhérents ce qu’ils veulent entendre. Mais leur dire comment la droite peut gagner, comment elle peut être utile au pays tout en étant dans l’opposition, et comment elle peut réussir une fois au pouvoir. Ces réflexions sont incompatibles avec la culture de slogan. Si la droite ne met pas à profit ces cinq ans dans l’opposition pour bâtir une alternative crédible, elle ne pourra pas le faire quand elle sera au pouvoir.

Votre projet est-il l’UMP de 2002, rassemblant RPR, Démocratie Libérale et une partie de l’UDF ?

Oui, cette UMP qui a fait vivre en son sein des courants politiques forts et gagné 358 députés en 2002, puis 313 en 2007… Au-delà des affaires, je pense que ce qui a tué LR, ce n’est pas l’excès de courants mais le rétrécissement politique. Cela fait une dizaine d’années qu’on parle à une frange de plus en plus réduite de nos électeurs sur un cœur de plus en plus réduit de doctrine. Quand on rétrécit son discours, on rétrécit son score. Moi, j’ai envie d’ouvrir. Les prochaines élections sont dans deux ans, la présidentielle dans cinq ans. On a le temps. Si la droite veut tout de suite et à tout prix se récréer un espace politique, elle va dire des choses contraires à ses valeurs fondatrices.

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Vous pensez au coup d’après. Votre candidature est-elle un tremplin pour de nouvelles fonctions ?

Les fonctions, je les cherche plutôt dans le secteur privé dans lequel j’ai toujours travaillé. Cette élection n’est pas la bonne occasion de me faire connaître, car j’aurais été heureux de soutenir Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse s’ils avaient été candidats. Je souhaite structurer, avec d’autres, le courant européen et libéral au sein de LR. Notre travail est de convaincre les adhérents que le choix de décembre est important pour l’histoire de la droite pour les cinq prochaines années. Cette histoire s’organisera différemment si les idées de la droite contestataire pèsent 45 ou 75 %. En décembre, on va voir combien on pèse, et ce sera une base de départ pour être ensuite plus nombreux.

Vous vous êtes alors sacrifié pour être candidat ?

Non, être candidat un choix délibéré. Et je serai plus heureux si mes idées sont majoritaires au prochain congrès.