Coup de blues: Comment Mélenchon peut-il reprendre du tonus face à Macron?

FRANCE INSOUMISE Le député de la France insoumise a reconnu avoir perdu une première manche face à Emmanuel Macron...

Thibaut Le Gal

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Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale, le 27 juin 2017 à Paris.AFP PHOTO /Patrick KOVARIK
Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale, le 27 juin 2017 à Paris.AFP PHOTO /Patrick KOVARIK — AFP
  • Jean-Luc Mélenchon a reconnu avoir perdu une première manche face à Emmanuel Macron sur la loi Travail.
  • Le député insoumis a déjà en ligne de mire les Européennes de 2019

Un petit coup de blues automnal ? Une fois n’est pas coutume, Jean-Luc Mélenchon a reconnu avoir perdu une première manche, samedi dernier : « C’est un moment étrange dans le pays. [Emmanuel Macron] est en état surcritique. Normalement, l’avalanche devrait avoir lieu. Elle n’a pas lieu ».

Evoquant l’échec de l’opposition à la réforme du Code du travail, l’ancien candidat a poursuivi, las : « Monsieur Macron s’en est vanté dans son interview. Il a dit : "J’y suis arrivé en cinq mois". Bon, il y est arrivé […] Pour l’instant, c’est lui qui a le point. Faut pas chercher à le cacher, parce que si on raconte des histoires, on n’est pas crédible ». Comment le tribun espère-t-il rebondir et « reprendre le point » face au chef de l’Etat ?

1. Reconnaître ses erreurs

« Connaître un coup de blues après la présidentielle, c’est un cas de figure connu en politique. Passer à autre chose peut-être difficile, surtout quand on a cru qu’on pouvait l’emporter. En 1988, Jacques Chirac avait mis un an pour se remettre en selle après sa défaite face à François Mitterrand », estime Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. « Jean-Luc Mélenchon n’est pas déprimé, c’est juste qu’il faut avoir un constat réaliste. Emmanuel Macron applique comme un rouleau compresseur ses réformes et les manifestations n’ont pas été aussi importantes que prévues », reconnaît Ugo Bernalicis, député de la France insoumise.

Il y a quelques jours, dans une note de blog intitulée « La semaine perplexe », le patron des Insoumis semblait pourtant déjà s’interroger sur son échec, avec une pointe de lassitude : « Est-ce celle où nous avons perdu une bataille sur le Code du travail si mal conduite ? », craignant que « la probabilité de la victoire de Macron par KO sur ces ordonnances augmente d’un bon cran ».

« Il ne faut pas sous-estimer la part de stratégie dans ses déclarations. En termes de communication politique, il vaut mieux reconnaître un échec relatif pour espérer rebondir », juge Bruno Cautrès.

2. Eviter les polémiques

L’ancien candidat souhaite également éviter les polémiques contre-productives. « Parfois, bien sûr, on prend des coups. On apprend. Le 23 septembre dernier, on a été naïfs. La marche a été un énorme succès, mais on n’a pas été bons sur le service après-vente. Castaner a monté une belle diversion avec l’histoire du peuple et des nazis », a expliqué l’intéressé dans le 1 Hebdo. Les polémiques autour des « logements sociaux » de Raquel Garrido, Alexis Corbière et Danielle Simonnet ont également pu brouiller le message politique auprès du public. « Tous les coups qui nous sont portés ont un impact, que les arguments soient réels ou supposés. Mais le mouvement aurait pu prendre malgré ces attaques-là », affirme Ugo Bernalicis.

3. Espérer que jeunesse se bouge

« C’est clair que si la jeunesse se met en mouvement, ça y est, c’est parti… Mais ce n’est pas le cas », lâche Jean-Luc Mélenchon dans la vidéo. Depuis la rentrée, les Insoumis ne sont pas parvenus à mobiliser massivement les jeunes. « C’est toujours plus compliqué de mobiliser en septembre qu’au printemps », répond Ugo Bernalicis. Les annonces de lundi sur l’entrée à l’université peuvent-elles les y aider ? « Tout ce qui est bon à prendre, on le prend mais je pense que la question sociale, avec notamment la baisse des APL, reste encore plus mobilisatrice pour les jeunes ».

4. Cap sur les Européennes

A côté des mobilisations, il y a les élections. Les prochaines sont européennes et prévues en 2019. « Il ne faut pas se leurrer, on est déjà entré dans une période de pré-campagne, affirme le député insoumis. Emmanuel Macron a posé une première pierre avec ses discours européens. Nous avons répondu en posant aussi quelques actes ». Depuis quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon a musclé son discours sur l’Europe.

« Aujourd’hui, les électeurs français semblent toujours dans l’après élection d’Emmanuel Macron, même s’il a perdu en popularité », explique Bruno Cautrès. « Les élections intermédiaires seront donc très importantes pour la France insoumise afin de s’ancrer encore plus dans le paysage politique ».

Jean-Luc Mélenchon sait que la bataille sera longue : « Notre tactique, c’est celle du bélier : frapper sans pause, en comptant que la muraille finira par tomber, avançait-il dans le 1 Hebdo. « On ne sait pas quand ! Il faut donc être endurant. Et avoir une stratégie de combat sur le long terme ».