La République en marche a-t-elle un problème avec la démocratie?

POLITIQUE Christophe Castaner, futur patron du parti, a été choisi lundi par Emmanuel Macron, près d'un mois avant le vote officiel du Conseil national de LREM prévu le 18 novembre ...

T.L.G. avec L.C.
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Emmanuel Macron, à droite, de la photo.
Emmanuel Macron, à droite, de la photo. — PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Le fait du prince ? Emmanuel Macron a choisi Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, pour être le prochain patron de la République en Marche. L’opposition a ironisé sur cette décision du président : « Donc le nouveau monde de Macron, c’est choisir seul dans son bureau élyséen Castaner patron de LREM. Euh… et le vote des militants ? », a dénoncé le député socialiste Luc Carvounas.



Au lancement d’En Marche ! en avril 2016, Emmanuel Macron faisait une promesse : « Ce mouvement ne sera pas un mouvement politique comme les autres, je le veux ouvert ». Depuis, le fonctionnement du parti semble agacer certains marcheurs. « C’est dingue ! On nous disait que c’était le parti du XXIe siècle. Or c’est le Conseil national qui choisit le délégué général et pas les militants ! Quand on est marcheur, la seule liberté qu’on a, c’est de coller des affiches ! », s’énerve ainsi dans Le Parisien un conseiller de l’exécutif. 20 Minutes revient sur trois accusations autour du manque de démocratie du parti avec l’historien Jean Garrigues*.

Les candidats aux législatives choisis par une commission… de 9 personnes

C’était le souhait du candidat Macron pour construire sa majorité : ouvrir la moitié des candidatures à la députation à la société civile. Pour se porter candidat aux élections législatives, les marcheurs n’avaient qu’à effectuer quelques clics et remplir cinq critères. « Nous sommes la seule force politique à avoir établi des formalités aussi claires et accessibles », se satisfaisait-il en janvier. L’image était belle : les 145.000 adhérents de l’époque pouvaient donc aspirer à la fonction de député. Mais la démocratie citoyenne s’est arrêtée dès le processus de sélection. Une Commission nationale d’investiture, composée de neuf petites personnes choisies par le Conseil d’administration, décidera finalement des 577 candidats.



Au Parti socialiste, par exemple, ce sont les militants socialistes qui votent dans leurs circonscriptions pour désigner les candidats représentant le parti aux législatives. « On tente de faire des choses nouvelles, le but n’est pas de faire comme les autres partis », évacue Laetitia Avia, députée LREM.

>> L’avis de Jean Garrigues : « Dans l’histoire de la Ve République, le choix des investitures s’est toujours fait de manière verticale, en petit comité à travers les courants au PS ou les clans à droite. Ce n’est que très récemment que les socialistes ont eu recours à des procédures de consultation des militants. Ici, la nouveauté était l’ouverture à tous les militants même si la confiscation du choix par une commission restreinte semble décalée avec l’intention d’origine ».

Un « manque de démocratie interne » au sein du parti

Cet été, des marcheurs ont exprimé leur mécontentement face à ce qu’ils considéraient comme un « manque de démocratie interne » à LREM. Les militants contestaient notamment les nouveaux statuts du parti, qui étaient soumis au vote des 373.000 adhérents. « Les statuts proposés cantonnent les adhérents à un rôle de supporter et les excluent de la gouvernance, aussi bien locale que nationale », dénonçait le communiqué du collectif « La Démocratie en marche ».

Un exemple : les référents territoriaux n’étaient pas désignés par les militants mais directement par les sièges. Pour expliquer ces choix, Arnaud Leroy, membre de la direction collégiale, usait alors d’une formule savoureuse : « Il y a quelques fans des votes éternels, mais la majorité des adhérents veut surtout agir vite et être efficace, pas voter à tout prix ».

>> L’avis de Jean Garrigues : « Cette verticalité est inhérente à un mouvement qui est centré sur une personnalité. A cela s’ajoute une volonté d’efficacité que l’on retrouve dans la politique menée par Emmanuel Macron. Le manque de cadres et le fait qu’il n’y a pas de structure préexistante sur le territoire peuvent inciter une certaine méfiance au sommet ».

La désignation du chef par le chef

A la République en marche, c’est le Conseil national du mouvement qui doit désigner le nouveau délégué général. Cette instance est composée de 800 membres, qui comprennent en grande partie les ministres, les élus, les parlementaires et les référents nationaux. Les adhérents non élus, tirés au sort, ne pèsent que 25 % au sein du « parlement du parti », soit environ 200 personnes. A titre de comparaison, chez les Républicains, c’est l’ensemble des militants à jour de cotisation qui peuvent choisir leur nouveau patron, soit environ 250.000 personnes.

Le vote aura lieu le 18 novembre. Mais son sort est probablement déjà scellé. Candidat pour la direction du parti,Christophe Castaner a été choisi lundi par l’Elysée, selon plusieurs sources gouvernementales et parlementaires. « Les candidatures restent ouvertes à tous les membres du Conseil. J’ai moi-même reçu 2-3 demandes de parrainage », avance Laetitia Avia, qui soutient sans surprise le porte-parole du gouvernement. Une élection jouée d’avance ? « Je l’espère, répond la députée. Je veux que Castaner se mette au travail au plus vite ». Impossible d’imaginer un autre candidat remporter la course sans l’aval du président. D’autant que le scrutin se jouera à main levée.

>> L’avis de Jean Garrigues : « Il y a un décalage entre l’ADN de LREM qui est une démocratie participative et la réalité du parti. Trois facteurs peuvent l’expliquer : aucune figure ne s’est imposée pour prendre la tête du parti ; dans la tradition politique française, c’est le président qui choisit le chef du parti majoritaire ; LREM est le parti d’un homme providentiel, d’une campagne ».

*Jean Garrigues est l’auteur de « Les grands discours parlementaires. De Mirabeau à nos jours » (Armand Colin)