«Les amoureux de la France», la plateforme anti-Macron qui rêve d'une «union des droites» hors partis

RECOMPOSITION L’ex-candidat à la présidentielle Debout la France et le président du parti chrétien-démocrate lancent ce mercredi la plateforme « Les amoureux de la France » qui vise à combattre la politique d’Emmanuel Macron…

Anne-Laëtitia Béraud

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Nicolas Dupont-Aignan lance son site lesamoureuxdelafrance.fr
Nicolas Dupont-Aignan lance son site lesamoureuxdelafrance.fr — Page d'accueil du site de NDA lesamoureuxdelafrance.fr
  • Nicolas Dupont-Aignan, ancien candidat à la présidentielle Debout la France, et Jean-Frédéric Poisson, président du parti chrétien-démocrate, lancent ce mercredi une plateforme participative « Les amoureux de la France ».
  • Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne, a déjà plaidé pour une « union des droites » face à « l’arnaque » que représenterait Emmanuel Macron.
  • Ce projet de rassemblement de personnes issues des droites s’inspire des récents mouvements En marche et France insoumise.
  • Le succès de cette entreprise est cependant menacé par la concurrence du Front national, « réancré à droite », selon un spécialiste de la droite radicale.

Top départ pour la plateforme politique « Les amoureux de la France ». Portée par Nicolas Dupont-Aignan, ancien candidat à la présidentielle Debout de la France, et Jean-Frédéric Poisson, le président du Parti chrétien-démocrate, cette plateforme participative est officiellement lancée ce mercredi à Paris. Sur le modèle des mouvements En marche et France insoumise, cette organisation vise à « réunir une coalition de personnes » qui souhaitent bâtir « un programme » contre la politique d’Emmanuel Macron, selon ses initiateurs. Que signifie cette plateforme axée sur la défense de la souveraineté nationale et quel peut être son destin politique ? 20 Minutes fait le point.

Une plateforme issue de la droite de la droite. Selon la communication de Nicolas Dupont-Aignan, « cette plateforme, nourrie de patriotes de droite et de gens issus de la droite, a vocation à parler au plus grand nombre ». Sont notamment attendus ce mercredi l’ancien député Les Républicains de l’Aube Nicolas Dhuicq, auteur d’une polémique sur Emmanuel Macron et un « lobby gay » pendant la présidentielle, ou le sénateur non-inscrit Jean-Louis Masson, qui s’est distingué par une opposition farouche à l’ouverture du mariage entre personnes homosexuelles ou sa défense du contrôle au faciès. Des personnalités qui se situent dans un espace politique de droite hors du parti Les Républicains ou du Front national, qualifié par certains de « droite hors les murs ».

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Dans l’entourage de Nicolas Dupont-Aignan, on refuse toutefois de qualifier cette plateforme de « droite hors les murs » car le terme est jugé « réducteur ». L’éphémère allié de Marine Le Pen à la présidentielle évoque, lui, une « union des droites ». « Le concept utilisé essentiellement dans les médias de la "droite hors les murs" n’a pas encore de définition stricte », rappelle l’universitaire Gilles Ivaldi, chercheur CNRS à l’université de Nice-Sophia Antipolis.

Fondé sur les notions de « souveraineté, de conservatisme social et l’identité », selon ce spécialiste des populismes et des extrêmes droites en Europe, ce projet de « droite hors les murs » est incarné par plusieurs personnalités, dont l’idéologue Patrick Buisson, le polémiste Eric Zemmour, le maire de Béziers Robert Ménard ou encore l’ancien candidat à la présidentielle Philippe de Villiers. Son but vise à unir ceux qui se situent dans un espace politique en dehors ou issus des partis Les Républicains et le Front national, rassemblant des identitaires, des souverainistes, des traditionalistes et des conservateurs sociaux. Ce projet espère prospérer alors que les partis traditionnels de gauche et de droite se sont effondrés lors de la présidentielle.

L’opportunité politique. Le succès des mouvements En marche et France insoumise pendant la présidentielle a inspiré les initiateurs de cette plateforme. « On veut faire comme En marche ou France insoumise qui ont réussi à construire quelque chose alors que les partis ne font plus rien », s’enthousiasme-t-on. L’ambition de cette plateforme sera d’« empêcher le duel Emmanuel Macron-Jean-Luc Mélenchon » jugé mortifère, selon la communication de Nicolas Dupont-Aignan.

« Les mobilisations autour d’En marche ou de France insoumise intéressent pour plusieurs raisons ces partis qui jouent leur survie politique : une plateforme ne coûte pas cher à produire, et elle apporte des militants alors que Debout la France et le PCD n’en ont que très peu sur le terrain car ce sont des partis de cadres », précise le chercheur Gilles Ivaldi.

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Les difficultés. Selon Gilles Ivaldi, le succès de cette entreprise pourrait être mitigé. « Le Front national, malgré le départ de Florian Philippot [président de Patriotes] et les quelques points grapillés à la présidentielle par Nicolas Dupont-Aignan, reste hégémonique parmi les eurosceptiques de droite et de gauche. En se réancrant à droite, entre la droite traditionaliste et la droite souverainiste, le FN va devenir encore plus concurrentiel pour Nicolas Dupont-Aignan ou Jean-Frédéric Poisson », estime le chercheur au CNRS Gilles Ivaldi.

Outre la concurrence du Front national, ce spécialiste des droites radicales pointe une deuxième difficulté. « Des organisations ont déjà tenté de se rapprocher, comme "Oz ta droite" [de Robert Ménard] ou même le Rassemblement bleu marine du FN, incarné par [le député] Gilbert Collard. Mais ce type de mouvement n’est qu’un demi-succès, car il rassemble des personnalités qui sont issues de cultures politiques différentes et qui ont des divergences idéologiques », conclut le chercheur Gilles Ivaldi. « En rassemblant les différentes familles politiques, nous sommes majoritaires face à Macron », tranche-t-on à Debout la France.

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