Licenciements, déménagements... Les partis sont-ils des entreprises comme les autres ?

POLITIQUE Avec des budgets à la baisse, les partis traditionnels coupent de manière drastique dans leurs dépenses, licenciant nombre de leurs permanents…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le siège du Parti socialiste rue de Solférino à Paris, le 27 août 2017
Le siège du Parti socialiste rue de Solférino à Paris, le 27 août 2017 — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Des partis politiques en état d’anémie. La présidentielle puis les législatives perdues représentent un coup dur pour les partis traditionnels. La baisse des dotations publiques liées aux revers électoraux et la lente désaffection des adhérents qui ne renouvellent plus leur cotisation sont autant de rentrées en moins dans les caisses de ces formations. La solution ? Des licenciements jugés à la hussarde, quand il n’est pas question de la vente du siège…

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Au Parti socialiste, c’est ambiance « par ici la sortie ». Lors des législatives, le nombre de députés socialistes est passé de 280 à 31. De 25 millions d’euros de dotations par an sur la dernière législature, ses dotations ont fondu à moins de huit millions. Pour faire face à un manque à gagner de 100 millions d’euros sur cinq ans, la solution est radicale : en plus de la publication de la mise en vente du siège parisien rue de Solférino, qui pourrait rapporter entre 50 et 60 millions d’euros, le parti a annoncé se séparer de soixante salariés sur cent. Des coupes drastiques qui traumatisent les concernés.

Locations et ventes des locaux

Au parti Les Républicains, les affaires vont toujours mal. Selon un rapport de la Commission nationale des comptes de campagne publié en février 2017, le parti accusait 67,7 millions d’euros de dette au 31 décembre 2015. Une situation qui pousse certains, tel  le secrétaire général Bernard Accoyer, à vouloir quitter le siège de 5.500 m2 de la rue de Vaugirard occupé depuis 2011. La question pourrait être tranchée après l’élection du président de LR en décembre 2017. La question d’un déménagement du « Carré » à Nanterre (Hauts-de-Seine) se pose aussi au Front national avec la fin du bail, six ans après la vente définitive du « Paquebot » à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).

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Quant au Parti communiste, on renfloue les caisses tant bien que mal depuis des années en proposant à la location des espaces au sein de l’immense siège de la Place du Colonel-Fabien. Le défilé de Prada, en 2000, a lancé le mouvement, et plusieurs films y ont été tournés. Mais sans que la santé économique du parti ne soit pour autant florissante.

« Notre mouvement semble avoir perdu la capacité d’empathie »

Chez les écologistes d’EELV, la situation est tendue avec une vague de départs en moins d’un an. De quatorze permanents au siège avant les élections de 2017, ils sont passés à neuf avant qu’un licenciement économique ne soit prononcé cet été pour cinq d’entre eux. Le 12 septembre, l’inspection du travail en a refusé deux. La situation est vécue douloureusement par ces salariés qui ont entre 17 et 28 ans d’ancienneté chacun : Géraldine Boÿer, membre de cet « appel des 5 », interroge ainsi : « Notre mouvement semble avoir perdu la capacité d’empathie sans laquelle tout n’est que froide raison et où finit toujours par dominer la raison du plus fort. Comment cela se peut-il ? ». Cette salariée prévoit enfin : « Nous éliminer d’un point de vue comptable aura des conséquences financières ».

Licenciements, recherche de sources de revenus complémentaires, les partis seraient-ils devenus au fil du quotidien des entreprises comme les autres ? « Les partis politiques même les plus managérialisés ne sont jamais des entreprises comme les autres, même si leurs procédures de recrutement ou de gestion du personnel ou de leurs finances peuvent se rapprocher de celles des entreprises économiques », répond Michel Offerlé*, professeur de science politique et enseignant au département de sciences sociales à l’Ecole normale supérieure (ENS). Une situation d’autant plus criante que, actuellement, « les autres sources, illégales voire plus ou moins tolérées, se sont taries. Il est de plus en plus difficile de faire travailler au parti des salariés qui sont embauchés sur d’autres fonctions, comme celles de collaborateurs politiques au Parlement ou dans les municipalités », souligne ce professeur.

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« Des circuits parallèles pour pouvoir assurer la pérennité » des partis

Très endettés, les partis peuvent-ils donc mourir ? « Les partis meurent lentement et rares sont ceux qui ont disparu. Ils se sont notamment à droite recréés sous d’autres sigles. Le parti radical ou le parti communiste qui ont été les deux partis les plus consistants de la IIIe et la Ve République existent toujours certes sous une forme anémiée. Tous les partis ont pu profiter de l’absence de contrôle public sur leur gestion et ont pu ainsi trouver des circuits parallèles pour pouvoir assurer leur pérennité », précise Michel Offerlé. Par « circuits parallèles », ce spécialiste de science politique entend : « Je pense aux financements occultes des partis qui sans doute continuent mezza voce, car la commission des comptes de campagne ne contrôle pas les comptes des partis mais les comptes de campagne ».

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Accusée de nombreux maux, la forme traditionnelle des partis est pourtant loin d’être morte en France. « La rénovation n’est guère visible du côté de La République en marche dont les nouvelles structures sont très traditionnelles. C’est du côté de la France Insoumise qu’il y a sans doute le plus d’innovation pour sortir de la verticalité organisationnelle, mais ces expérimentations restent ambivalentes, eu égard à la place prise par Jean-Luc Mélenchon dans ce mouvement », estime Michel Offerlé. Les révolutions ne semblent toujours pas simples à mener à terme.

* auteur des Partis politiques, (PUF 9e édition 2018) et de Patrons en France (La Découverte, 2017)