Europe : Son drapeau est-il d'inspiration chrétienne ?

FAKE OFF Jean-Luc Mélenchon et des députés de la France Insoumise ont lancé la polémique...

Mathilde Cousin

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Le drapeau européen est le fruit d'un compromis entre Etat et non le travail d'un seul homme.
Le drapeau européen est le fruit d'un compromis entre Etat et non le travail d'un seul homme. — Frederic Sierakowski/ISOP/SIPA/1506161814
  • Le drapeau européen aurait-il été inspiré par des représentations de la Vierge Marie ? Oui, à en croire les députés de la France Insoumise.
  • Mais les concepteurs de ce drapeau racontent qu’il est issu d’un compromis entre les pays.
  • Ces concepteurs ne parlent d’une inspiration chrétienne. Pour eux, les étoiles du drapeau sont un symbole « d’union. »

C’est Jean-Luc Mélenchon qui a lancé l’offensive. Le 20 juin, le député fraîchement élu de la France Insoumise découvre un drapeau européen dans l’hémicycle. A la vue de l’objet, il s’exclame : « Franchement, on est obligé de supporter ça ? C’est la République française ici, pas la Vierge Marie. »

>> A lire aussi : VIDEO. «C'est la République française ici, pas la vierge Marie»... Mélenchon découvre un drapeau européen à l'Assemblée

Depuis, les élus de la France Insoumise multiplient les attaques contre le symbole de l’Union européenne. Le 11 octobre, Alexis Corbière prend la parole contre le drapeau, au nom de « la laïcité. » « Son créateur, monsieur Arthur Heitz l’a toujours assumé : c’est un symbole religieux, détaille le député de Seine Saint-Denis. Cette symbolique du fond bleu et ses douze étoiles est directement inspirée de la médaille pieuse dédiée à la Vierge Marie que monsieur Heitz portait autour du cou, médaille provenant de la chapelle Notre-Dame de la médaille miraculeuse. »

Deux jours plus tard, ce vendredi matin, c’est Clémentine Autain qui avance au micro de Jean-Jacques Bourdin que « le drapeau européen, c’est la Vierge Marie et les étoiles c’est les douze apôtres. »

FAKE OFF

Le drapeau de l’Union européenne cacherait-il une symbolique chrétienne ? Officiellement, c’est clairement non : « les étoiles symbolisent les idéaux d’unité, de solidarité et d’harmonie entre les peuples d’Europe », est-il précisé sur le site officiel de l’UE. Leur nombre n’est pas lié au nombre d’Etats membres. Quant au cercle, c’est également un « symbole d’unité. »

Ce drapeau est devenu le drapeau officiel deux étapes : en 1983 le Parlement européen vote pour en faire un emblème, puis ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement qui prennent cette décision en 1985.

Le projet d’un homme ?

Avant d’être le drapeau de l’UE et de la CEE, il a été le drapeau du Conseil de l’Europe, qui comptait à l’époque quinze membres. Aux débuts des années 1950, le Conseil se cherche un drapeau. C’est à cela que fait allusion Alexis Corbière : Arthur Heitz, un fonctionnaire et artiste peintre prénommé en réalité Arsène, aurait présenté à l'époque un drapeau bleu avec un cercle de douze étoiles sur fond d’or. Son projet aurait été retenu. Mais cette version est mise en doute par les témoignages de l’époque.

Arsène Heitz se serait inspiré d’une médaille, celle de la chapelle de la Médaille miraculeuse de la rue du Bac, à Paris, qui comprenait douze étoiles. Un seul témoignage en atteste, celui du chanoine et prédicateur marial Pierre Caillon, aujourd’hui décédé. Ce dernier raconte sur son site internet avoir rencontré Arsène Hietz en 1989. La même année, le dessinateur se serait confié sur la genèse du drapeau à la revue catholique Magnificat. Toutefois, on ne trouve aucune trace de cette revue dans le catalogue de la bibliothèque royale de Belgique ni dans celle du Vatican. Une revue du même nom existe, mais elle a été fondée en 1992

La croix, rejetée

Robert Bichet, le rapporteur chargé à l’époque de superviser la création du drapeau, livre une autre version pour la signification du drapeau : « Sur le fond bleu du ciel d’Occident, les étoiles figurant les peuples d’Europe forment le cercle en signe d’union. Elles sont au nombre invariable de douze, symbole de la perfection et de la plénitude. »

Différents projets de drapeaux ont été présentés avant que le choix ne se porte sur le drapeau que nous connaissons aujourd’hui. Parmi ces projets, ceux utilisant la croix, symbole chrétien, furent rapidement écartés, rapporte Robert Bichet : « Cet examen fit très vite apparaître l’impossibilité d’utiliser un emblème portant la croix. Il y avait en effet, au sein du Conseil de l’Europe, un peuple non chrétien : la Turquie, et la plupart des socialistes des divers pays d’Europe étaient hostiles à ce symbole. » Avec un tel contexte, difficile d’imaginer qu’un drapeau faisant explicitement référence au christianisme, comme le laissent entendre les élus FI, ait été adopté…

Le fruit de négociations

Le Belge Paul M. G. Lévy, qui était directeur de l’Information et de la Presse au Conseil de l’Europe dans les années 1950 et à participé à ce titre à l’élaboration du drapeau, se souvient lui aussi que plusieurs motifs ont été rejetés. Finalement, les membres du Conseil de l’Europe s’accordent sur un cercle d’étoiles, mais des désaccords surgissent sur leur nombre. De quinze, ces étoiles passent finalement à douze, pour des raisons politiques et de superstition (le nombre 13).

« C’est alors qu’est revenue l’idée que j’avais déjà proposée à titre de retraite symbolique d’adopter douze à titre symbolique et pour toujours », développe le haut fonctionnaire. Pour lui, douze est « un signe de perfection et de plénitude, c’est le nombre de signes du zodiaque, des travaux d’Hercule, le nombre des apôtres, le nombre des fils de Jacob, le nombre d’heures du jour et du mois de l’année. ». Si les apôtres entourent Jésus et l'histoire des fils de Jacob est racontée dans la Bible, Hercule n'a pas grand chose à voir avec la chrétienté, pas plus que l'astrologie ! Dans le reportage, Paul Lévy est présenté comme étant le créateur du drapeau européen.

Alors, qui a vraiment imaginé ce cercle de douze étoiles sur fond bleu ? Il s’agit très probablement d’un travail collectif, fruit d’un compromis entre les nations membres du Conseil de l’Europe, tel que le relatent Paul Lévy et Robert Bichet, et non le travail d’un seul homme, inspiré par la religion catholique.

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