Emplois familiaux: «Nous sommes les boucs émissaires de l'affaire Fillon», lance la compagne et collaboratrice d'un député

INTERVIEW Marjorie Hagobian est la compagne et l’assistante parlementaire de François-Michel Lambert, député La République en marche des Bouches-du-Rhône…

Propos recueillis par Jean Saint-Marc
— 
Depuis la loi sur la moralisation, les députés n'ont plus le droit d'employer leur conjoint.
Depuis la loi sur la moralisation, les députés n'ont plus le droit d'employer leur conjoint. — L. Chamussy / SIPA
  • La loi sur la moralisation de la vie publique interdit aux députés d’employer leur conjoint.
  • C’est « discriminatoire » selon Marjorie Hagobian, compagne et assistante parlementaire de François-Michel Lambert.
  • Elle envisage de porter l’affaire en justice.

Il a d’abord menacé de démissionner, évoque maintenant la possibilité de l’employer en tant que « collaboratrice bénévole » : le député LREM des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert refuse de se plier à la loi sur la moralisation de la vie publique, qui interdit les emplois familiaux pour les élus. Il emploie sa compagne, Marjorie Hagobian, depuis cinq ans. Elle s’explique auprès de 20 Minutes.

>> A lire aussi : Emplois familiaux: Un député LREM veut que sa femme reste son assistante parlementaire

Allez-vous continuer à travailler pour votre compagnon, malgré cette loi ?

Les députés ne sont pas au-dessus des lois, mais ils ne sont pas en dessous non plus. Le droit du travail vaut pour tout le monde. Le texte s’appliquera au 15 décembre, mais ensuite, il faut respecter un préavis, on ne met pas dehors les gens n’importe comment. C’est deux mois pour les non-cadres, trois mois pour les cadres. On est en train de réfléchir à ce qu’on va faire.

Sur France Bleu, François-Michel Lambert évoquait le fait de vous employer bénévolement. Vous pourriez travailler sans salaire ?

J’ai besoin d’un salaire, comme tout le monde ! Je vais peut-être travailler pour lui sur certains domaines, où il a spécifiquement besoin de mes compétences : je suis juriste en droits des affaires et ingénieur logistique. Je ne suis pas là par hasard, je suis là parce que je travaille avec un député qui travaille sur ces sujets-là.

Avec ces diplômes, vous n’auriez aucun mal à retrouver du travail, non ?

J’ai des tas de propositions, mais ce n’est pas ça le problème aujourd’hui. Le problème, c’est qu’on m’interdit de continuer un projet professionnel, une passion que l’on vit de façon commune, avec mon compagnon. Ça va au-delà d’une relation employeur-employé lambda, il y a une autre confiance !

C’est difficile de s’entendre dire : « Madame, vous avez les compétences, vous faites un travail extraordinaire, avec un investissement colossal, mais parce que vous avez un lien familial, vous allez être licencié. » On ne peut pas lâcher ce travail de cinq ans dans la nature, sous un prétexte insensé et discriminatoire ! Nos interlocuteurs, quand on leur dit ça, sont complètement affligés.

Je ne vois pas le lien entre un emploi familial et un emploi fictif ! Pour prouver que je travaille, il suffit d’ouvrir mon ordi…

Vous ne comprenez pas qu’il y ait, après l’affaire Fillon, un besoin plus grand de transparence chez les Français ?

Les députés voulaient se mettre à l’abri des emplois fictifs. Pour se donner bonne conscience, ils ont interdit les emplois fictifs : je ne vois pas le lien, un emploi familial n’est pas un emploi fictif, je peux facilement prouver que je travaille… Il suffit d’ouvrir mon ordi ou mon téléphone.

Nous sommes victimes de ceux qui ont abusé… Nous sommes les boucs émissaires de l’affaire Fillon !

>> A lire aussi : Lois de moralisation: Les Sages valident l'essentiel des textes, sauvent la réserve ministérielle

Le Conseil constitutionnel, saisi par Les Républicains, a validé la disposition sur les emplois familiaux. Avez-vous d’autres recours ?

Il y a encore des choses à faire, le Conseil constitutionnel n’a pas été saisi sur la rétroactivité, par exemple. Je suis en CDI depuis 2012, ce serait du jamais vu que la loi brise ce CDI. Et il y a des tas de recours possibles : les prud’hommes, la Cour de justice européenne, le Conseil d’Etat pour discrimination du fait de la loi…

Cela signifie qu’il y aura bientôt un député de la majorité qui va aller en justice contre une loi écrite par la majorité ?

Ce ne sera pas un député En Marche!, ce sera moi, en tant qu’individu ! Ce sera en tant que salariée. Dans cette histoire, on n’a aucune considération pour l’être humain…