Grève des fonctionnaires: Les Marcheurs et les Insoumis partent à la conquête des facs

JEUNESSE La France insoumise a appelé les jeunes à participer ce mardi à la manifestation des fonctionnaires contre la politique d'Emmanuel Macron, tandis que les Marcheurs essaient de déminer le terrain dans les facs...

Laure Cometti, avec Thibaut Le Gal

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Des jeunes manifestent contre la réforme du Code du travail d'Emmanuel macron, le 21 septembre 2017 à Lyon.
Des jeunes manifestent contre la réforme du Code du travail d'Emmanuel macron, le 21 septembre 2017 à Lyon. — ISABELLES/SIPA
  • La France insoumise mise beaucoup sur les étudiants et lycéens pour amplifier la contestation de la réforme du Code du travail.
  • Côté macronistes, un tractage pro-gouvernement a eu lieu dans plusieurs universités pour déminer le terrain.
  • Les deux camps politiques scrutent de près les réactions de la jeunesse.

Assis dans l’herbe, au soleil, des grappes d’étudiants finissent leur sandwich en bavardant lundi midi, à l’université Paris X à Nanterre. Leur pause déjeuner n’a rien de banal : à quelques mètres, deux députés de la France insoumise (LFI) s’adressent à la centaine de jeunes. Eric Coquerel et Danièle Obono se sont invités sur le campus car le parti de Jean-Luc Mélenchon essaie de mobiliser les étudiants contre la réforme du Code du travail et plus largement contre le gouvernement d’ Emmanuel Macron, en les appelant notamment à manifester ce mardi aux côtés des fonctionnaires. Depuis la rentrée, Insoumis et macronistes partent à la conquête des facs et des lycées, avec des moyens et des stratégies différentes.

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Un match par tracts interposés

Côté Insoumis, on a besoin des jeunes pour amplifier le mouvement d’opposition au gouvernement. Le député LFI Ugo Bernalicis, explique : « Il faut mettre tout le monde dans la rue. Cela passe effectivement par les étudiants et les lycéens. C’est un objectif affiché car on sait que le pouvoir a peur de la jeunesse ». Pour la convaincre de manifester, cet ancien de l’Unef a affûté ses arguments : « Ce sont d’ailleurs les jeunes qui vont en prendre plein la tête avec les réformes de Macron, qui seront les premiers concernés par le CDI de chantier, qui n’est rien d’autre qu’un CPE dépoussiéré ».

Des slogans déclinés dans un tract coloré imprimé en 500.000 exemplaires par le parti et écoulé depuis le 5 octobre sur les campus et devant les lycées de l’Hexagone grâce aux « groupes d’appui » locaux des jeunes Insoumis. « On dépasse les vingt militants actifs dans les facultés de Nanterre, la Sorbonne, Lille, Montpellier, Clermont, Lyon, Rennes… Et Marseille, évidemment. Quand on sait que pour tenir une faculté quatre ou cinq militants bien organisés suffisent… » se réjouit David Guiraud, porte-parole de LFI.

Turnover de jeunes marcheurs

En pleine restructuration après le départ d’une grande partie de leurs forces vives (embauchées dans les cabinets ministériels ou comme collaborateurs parlementaires), les Jeunes avec Macron lancent eux aussi une offensive nationale pour s’implanter au sein des milieux étudiants, à travers une quarantaine de référents dans les universités et les lycées (l’organisation des Lycéens avec Macron a été créée fin septembre). Ils sont chargés depuis le 27 septembre dernier de diffuser le tract imprimé en 200.000 exemplaires par La République en marche (LREM) et organisent des rencontres avec les députés de la majorité.

Des Marcheurs qui tractent : l’image fait sourire, voire ricaner, certains Insoumis sur le campus, mais Thomas Lajarge ne s’en offusque pas. Ce Marcheur de 22 ans a créé il y a un an, la cellule En Marche ! de l’université de Nanterre. « Au début, j’étais tout seul, mais très vite on a été 20 puis 25 », racontait-il en tractant sous une pluie fine vendredi. « Ce n’est pas facile de passer d’un temps de campagne à un temps où on défend le gouvernement », concède l’étudiant en droit. Mais l’enjeu est de taille. « Les mouvements de jeunes inquiètent généralement le pouvoir en place, c’est pour cela que le gouvernement prend soin de communiquer assez peu sur la réforme de la sélection à l’université », observe l’historien des mouvements sociaux, Stéphane Sirot.

Pour déminer la grogne étudiante, les Marcheurs ripostent sur la baisse des APL [aide personnalisée au logement], compensée selon Thomas Lajarge par la suppression de la taxe d’habitation, et la réforme du Code du travail, qui permettra « un meilleur accès au marché du travail pour les jeunes ». « Il y a ceux qui expliquent, et ceux qui bloquent », résume-t-il au sujet du match qui oppose JAM (Jeunes avec Macron) et Insoumis dans les campus universitaires. « Je doute que ça aboutisse à quelque chose d’énorme, dans les deux camps », balaie Jimmy Losfeld, le président de la Fage, principal syndicat étudiant, qui ne voit dans cette ébullition de rentrée qu’une « volonté de légitimer un discours de politique nationale par la jeunesse ».

De nombreuses opérations à venir

Tout en surveillant de très près la contestation étudiante et lycéenne, les macronistes la jugent timide. « Les Insoumis sont dans une stratégie de gourou du loser pour mobiliser les jeunes. Mais est-ce que ça a marché ? Est-ce que la jeunesse était si présente que ça dans la rue ? », affirme Arnaud Leroy, à la tête de LREM. « Les jeunes qui se mobilisent contre nous sont minoritaires », enfonce Thomas Lajarge sur le campus de Nanterre.

« C’est la rentrée, c’est plus difficile de mobiliser la jeunesse pendant cette période », concède David Guiraud côté Insoumis. Mais ce n’est que « le tout début », promet-il : le parti de Jean-Luc Mélenchon compte organiser une marche en novembre et réfléchit aussi à « de nouvelles méthodes pour sortir du diptyque AG/manif et mener des opérations coup de poing ». Quant aux Jeunes avec Macron, ils se réuniront à Saint-Germain-en-Laye le 21 octobre et annoncent eux aussi de nombreux événements à venir.