Réforme du Code du travail: Le gouvernement en opération déminage (l'air de rien)

EXECUTIF Si Emmanuel Macron affirme ne pas craindre les manifestations contre sa réforme du Code du travail, ses ministres sont chargés de désamorcer la grogne des syndicats, notamment dans le secteur stratégique des transports…

Laure Cometti

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Edouard Philippe, Emmanuel Macron et Gérard Collomb, le 6 septembre 2017 à Paris.
Edouard Philippe, Emmanuel Macron et Gérard Collomb, le 6 septembre 2017 à Paris. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • Le président et ses ministres affichent leur fermeté face à «la rue», alors que les manifestations contre la réforme du Code du travail s'enchaînent.
  • Dans les cabinets ministériels, de nombreuses rencontres avec les syndicats sont organisées afin de désamorcer la grogne syndicale.
  • Cette  « espèce de diplomatie sociale secrète » vise à éviter une convergence des différents fronts de contestation ouverts par le gouvernement (baisse des APL, réforme de l’université et du statut des cheminots, hausse de la CSG...).

Au lendemain d’une manifestation contre la réforme du Code du travail, le président Emmanuel Macron a signé ce vendredi les ordonnances qui permettront au gouvernement de modifier le droit du travail en France. Malgré les appels à la grève lancés aux mois de septembre et d’octobre, le chef de l’Etat et ses ministres affichent leur détermination. Mais dans les cabinets ministériels, des opérations de « déminage » continuent d’être menées, signe que l’exécutif veut éviter que la grogne syndicale ne débouche sur un mouvement social.

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« Les conseillers font le service après-vente »

C’est à des milliers de kilomètres de l’Hexagone, à New York, et en anglais, que le président a martelé sa détermination à réformer. « Je crois dans la démocratie, mais la démocratie ce n’est pas la rue […] Si je respecte ceux qui manifestent, je respecte aussi les électeurs français, et ils ont voté pour le changement », a-t-il déclaré mardi à CNN. Mais quelques heures plus tôt, le ministère des Transports avait invité les syndicats CGT et FO du transport routier.

« C’est le jeu médiatique, les conseillers font le service après-vente », estime Jérôme Vérité, secrétaire général de la CGT Transports. Mais à la sortie de cette rencontre organisée au ministère des Transports, avec les cabinets d’Elisabeth Borne et de Muriel Pénicaud, les deux syndicats ont maintenu leur appel à la grève reconductible dès ce lundi 25 septembre. « Le Transport veut déminer, mais le Travail ne veut rien lâcher », raconte une source syndicale.

« En matière de conflits sociaux, le secteur des transports est particulièrement observé par le pouvoir politique car ils ont des outils de mobilisation et de perturbation de la vie économique que d’autres secteurs n’ont pas, comme les blocages de routes, de raffinerie », souligne l’historien du syndicalisme Stéphane Sirot. La grève des routiers de ce lundi a selon lui le « potentiel mobilisateur » pour enclencher la « dynamique d’un mouvement social » car la CFDT et la CFTC du secteur ont également mené des opérations escargots le 18 septembre dernier. En outre, le gouvernement a ouvert d’autres fronts de contestation - baisse des APL, réforme de l’université et du statut des cheminots, hausse de la CSG… -, au risque de voir les luttes converger.

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Emmanuel Macron a rencontré en tête-à-tête les patrons des syndicats CFDT, CGT, Medef et FO, le 23 mai 2017, à l'Elysée (dans le sens des aiguilles d'une montre).
Emmanuel Macron a rencontré en tête-à-tête les patrons des syndicats CFDT, CGT, Medef et FO, le 23 mai 2017, à l'Elysée (dans le sens des aiguilles d'une montre). - BLONDET-POOL/SIPA // Michel Euler/AP/SIPA

« Une diplomatie sociale secrète »

Pour l’instant, l’exécutif a déployé plusieurs tactiques pour éviter la grogne des syndicats. Chaque ministère est chargé de désamorcer les conflits dans son secteur. Ainsi, Gérald Darmanin a ouvert une concertation de trois mois avec la fonction publique, dont les syndicats appellent à manifester le 10 octobre prochain. Côté étudiant, le ministère de l’Educationnationale rencontre depuis deux semaines les organisations pour présenter la réforme de l’université.

« Il y a un gros travail fait dans les cabinets, qui sont très mobilisés pour éviter que ces différents mouvements ne coagulent et s’agglomèrent », analyse Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail. Pour présenter sa réforme du Code du travail aux partenaires sociaux, l’exécutif a privilégié les rencontres bilatérales. « C’est nouveau comme approche, et c’est efficace car cela permet d’éviter la surenchère lorsque tous les syndicats sont autour de la table ». Des cabinets très actifs mais peu loquaces, qui n’ont pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes.

Pour Stéphane Sirot, Emmanuel Macron a déployé « une espèce de diplomatie sociale secrète » où la gestion du calendrier est cruciale : « utiliser la période estivale et boucler les ordonnances en septembre, c’est une matière d’éviter les débats ». En parallèle, l’exécutif est parvenu « à cliver le mouvement syndical » et a tiré jusqu’à présent profit d’un échec des syndicats, qui « ont perdu la recette de la synergie des mécontentements ».