La verbalisation du harcèlement de rue, une mission impossible?

INITIATIVE Un groupe de travail composé de députés, consacré à la « verbalisation du harcèlement de rue », a été lancé ce mardi par la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa…

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration d'une femme passant sur des passages cloutés à Paris, le 17 janvier 2017
Illustration d'une femme passant sur des passages cloutés à Paris, le 17 janvier 2017 — LIONEL BONAVENTURE / AFP
  • Marlène Schiappa a lancé ce mardi un groupe de travail censé réfléchir à la verbalisation du harcèlement de rue.
  • Une initiative qui laisse perplexes certaines associations qui se battent contre les violences faites aux femmes.

Top départ d’un groupe de travail consacré au harcèlement de rue. Aujourd’hui considéré comme une « zone grise », le harcèlement de rue n’est pas caractérisé dans la loi, au contraire du harcèlement sexuel ou moral. Le groupe d’étude, composé de cinq députés (deux LREM, Nouvelle Gauche, Modem, LR-Constructifs), est lancé ce mardi par la secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa.

Celui-ci, installé avec les ministères de l’Intérieur et de la Justice, va auditionner des experts afin de formuler des préconisations pour que le gouvernement puisse proposer une loi caractérisant et verbalisant ce phénomène.

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Dans ce groupe de travail figure la députée LREM de Paris Laetitia Avia qui travaille sur ces questions avec Marlène Schiappa depuis plusieurs mois. Jointe par 20 Minutes, cette avocate revient sur l’enjeu de la caractérisation de ce type de harcèlement. « Le harcèlement de rue est un enjeu sociétal. Il y a un vide juridique alors que c’est une situation vécue par des millions de femmes au quotidien. Notre travail s’adresse aux victimes, pour leur dire : "L’impunité, c’est fini". Et dire aux harceleurs, parfois de jeunes adolescents, que ces comportements sont illégaux », précise la députée parisienne.

« Les agents verbalisateurs (…) pas concentrés dans les zones denses »

L’une des pistes de travail du groupe d’étude va se focaliser sur le processus de verbalisation, en lien avec les forces de l’ordre. Et notamment tenter de répondre aux questions suivantes : « Qui verbalise ? Comment ? Quel serait le montant de l’amende ? Seul le flagrant délit serait verbalisé, ou les plaintes seraient-elles aussi recevables ? » Quant aux effectifs consacrés à cette mission, Laetitia Avia rappelle les engagements de campagne d’Emmanuel Macron, qui promettait une augmentation du nombre de policiers. « La loi doit être appliquée sur le territoire de la République. Les agents verbalisateurs ne seront pas concentrés dans les zones denses », précise la députée LREM.

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Si l’initiative intéresse Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), plusieurs éléments refroidissent ses espoirs. « Pourquoi, dans la loi à propos du harcèlement, la notion d’"agissements répétés" n’est-elle pas tout simplement enlevée ? L’AVFT demande depuis trente ans d’enlever ce mot de "répétition", ce qui réglerait la question », déplore cette responsable associative. Celle-ci s’interroge par ailleurs sur la pertinence du terme de « rue » : « Les infractions ne sont pas caractérisées par le lieu. Pourquoi parler de harcèlement de rue, comme on pourrait dire harcèlement de boîte de nuit ou de salle de sport ? » Un point de vue partagé par la députée Laetitia Avia, qui souhaiterait une nouvelle caractérisation de « la rue », englobant tout l’espace public.

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A quelques minutes d’un rendez-vous avec la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa ce mardi, Marilyn Baldeck relève un autre problème. « Ecrire des lois et les faire voter sont la partie la plus facile. Le souci est de les faire appliquer, et d’y mettre des moyens », dit-elle. La déléguée générale de l’AVFT qualifie de « clairement défaillants » les moyens consacrés aujourd’hui à la lutte contre les violences sexuelles dans les transports en commun. « Je ne demande d’avoir que de bonnes surprises, mais je ne crois que ce que je vois », conclut Marilyn Baldeck.