VIDEO. Présidentielle Les Républicains: Comment Laurent Wauquiez s'est imposé comme l'archi favori

POLITIQUE Le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes s'est déclaré candidat à la présidence du parti Les Républicains jeudi...

Thibaut Le Gal

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François Baroin désigne du doigt le prochain président LR.
François Baroin désigne du doigt le prochain président LR. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

Cette élection là ne devrait pas lui échapper. Laurent Wauquiez fait sa rentrée politique cette semaine : un meeting à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône) ce mercredi et sa traditionnelle ascension du Mont Mézenc (Haute-Loire) dimanche. Le président Les Républicains de la région Auvergne-Rhône-Alpes devrait en profiter pour officialiser sa candidature à la présidence du parti. Face à l’absence de cadors, le candidat de la droite « décomplexée » fait figure d’archi favori.

Un discours et un positionnement en phase avec la base militante

Elu député benjamin de l’Assemblée nationale en 2004, Laurent Wauquiez incarne alors une droite… modérée, dans les pas de son père spirituel, le démocrate-chrétien Jacques Barrot. Mais très vite, le natif de Lyon met du vin dans son eau. Il fonde son mouvement « la Droite sociale » en 2010 et muscle son discours pour parler au socle de l’électorat de droite. « Il est très clair sur son positionnement de défense des classes moyennes, l’identité, la lutte contre l’assistanat ou contre le communautarisme, répond l’ancienne députée LR Françoise Guégot, proche du candidat. Mais je ne pense pas qu’il ait un positionnement droitier, même si ça arrange certains de le mettre dans cette case ».

A plusieurs reprises pourtant, l’ancien modéré choque par ses formules, jusqu’à sa propre famille politique. « Laurent a un énorme avantage par rapport à d’autres : il assume ses positions et n’est pas dans le politiquement correct, poursuit-elle. Lorsqu’il dénonce [en 2011] les dérives de l’assistanat en parlant de "cancer", tout le monde lui tombe dessus. Mais derrière, vous vous apercevez qu’en 2012, la droite est d’accord pour aller dans ce sens-là. Il a une capacité à dire les choses, même celles qui dérangent ».

Damien Abad, député LR de l’Ain, a l’habitude de travailler avec le président de sa région. « C’est quelqu’un d’entier, qui parle cash. Il ne veut pas laisser d’espace au FN. Il a évolué, mais c’est un peu le bouc émissaire à droite et certains le caricaturent, car sa personnalité et son parcours sont plus complexes, assure-t-il. Il parle aux militants car il incarne à la fois une droite fière de ses valeurs sur le plan régalien et une droite qui n’est pas brutale sur le plan social, qui défend le travail et est porteuse d’espoirs pour les classes populaires ».

Un héritier autoproclamé du sarkozysme

Un « parler franc » et un positionnement sur la « ligne Buisson », qu’il a d’ailleurs longtemps côtoyé, ça ne vous rappelle rien ? Une fois de plus, Laurent Wauquiez n’y va pas par quatre chemins : il s’autoproclame dès décembre 2016 « premier héritier du sarkozysme ». Fin politique, il sait, qu’en dépit de la défaite à la primaire de novembre 2016, l’ancien chef de l’Etat garde une belle popularité au sein du noyau dur de la droite.

L’ancien maire du Puy-en-Velay n’est pourtant pas un sarkozyste de la première heure. Après la défaite de 2012, il ose le premier demander un bilan du quinquennat ; le président retraité fulmine. « Ils se sont expliqués depuis, nuance Françoise Guégot. Et là encore, Laurent Wauquiez a été un des rares à dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas ». Dimanche, Brice Hortefeux a en tout cas apporté son soutien à Laurent Wauquiez, qu’il compare à son ancien mentor. « Il y a des similitudes, il a le volontarisme et la détermination de l’ancien président », admet Damien Abad.

Aucun cador en lice

En phase avec la base militante et soutenu par la sarkozie, Laurent Wauquiez est le grand favori du scrutin de décembre pour la présidence du parti Les Républicains. Mais le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes continue de susciter l’agacement de certains collègues.Xavier Bertrand l’a accusé cet été de « courir après l’extrême droite » et Valérie Pécresse de vouloir revenir « à la ligne Buisson ».

Aucun poids lourd n’est pourtant monté sur le ring. « L’affrontement Copé-Fillon a laissé de mauvais souvenirs… Personne ne voulait reproduire une guerre fratricide », assure Damien Abad. La sénatrice juppéiste Fabienne Keller reconnaît que l’élection est déjà jouée: « Laurent Wauquiez a pris le contrôle du parti, le nerf de la guerre pour ce type de scrutin. Il est vrai aussi qu’une partie des électeurs plus modérés se sont déjà détournés de notre mouvement qui ne respecte pas ses valeurs fondatrices… On peut penser que ceux qui iront voter sont sur cette ligne dure. Aucun suspense, Laurent Wauquiez sera élu ».

« A lui de réussir à ne pas s’enfermer sur cette base pour l’ouvrir à l’ensemble de la droite », reprend Damien Abad. « Prendre le parti sera l’occasion d’asseoir son autorité mais aussi de montrer sa capacité à rassembler la droite, comme il l’a déjà fait dans sa région, sinon ce sera l’implosion », craint le député.

« Laurent Wauquiez va probablement adoucir son discours dans les semaines à venir. Jusqu’à l’élection, tout ira bien. C’est après qu’on verra la réalité », ironise Fabienne Keller. L’homme à la célèbre parka rouge tente de rassurer dans l’Opinion : « Tout le monde s’attend à ce que je fasse la nuit des Longs Couteaux. Je vais les surprendre ».