Emmanuel Macron: Comment il veut éviter une rentrée explosive

POLITIQUE En chute dans les sondages, Emmanuel Macron devrait s’exprimer davantage dans les semaines qui viennent…

T.L.G.

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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — Vadim Ghirda/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron a chuté de 14 points en août, atteignant les 40 % de personnes satisfaites.
  • Le Président a réuni son gouvernement ce lundi pour préparer la rentrée.
  • Jeudi, le gouvernement présentera les ordonnances permettant la réforme de la loi Travail.

« L’entrée dans l’atmosphère est difficile pour Jupiter ». D’une formule, Olivier Faure, le président du groupe Nouvelle gauche (ex-PS) à l’Assemblée, a résumé la période délicate que traverse l’exécutif. En chute libre dans les sondages, Emmanuel Macron a réuni ce lundi matin à l’Elysée son gouvernement pour affronter une rentrée sous tension. Le gouvernement présentera notamment jeudi les ordonnances permettant la réforme de la loi Travail, décriée par l’opposition.

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« Certains prédisent le pire. Il ne faut jamais céder aux Cassandre. Certains peut-être même le souhaitent. Mais si nous sommes là, c’est pour faire, avec détermination », a lancé le chef de l’Etat à ses ministres. Voilà comment le président espère passer la période de turbulences à venir.

1. Faire de la pé-da-go-gie

L’argument est martelé depuis plusieurs jours. La période de flottement serait due à un déficit d’explication sur les réformes à venir. « En matière de pédagogie, on n’en fait jamais assez, toute prise de parole, toute explication est une bonne chose. Nous allons expliquer, démontrer, discuter, débattre, mais sans jamais renoncer à la volonté d’avancer », a assuré Edouard Philippe lundi.

Aurore Bergé, députée des Yvelines ne dit pas mieux : « Il est important d’expliquer ce qu’on est en train de faire, de ne pas se laisser enfermer dans des débats, comme sur la baisse des APL par exemple, qui avait été préparée par le gouvernement précédent », indique la porte-parole du groupe LREM. « A nous aussi de mieux valoriser ce que nous avons fait, comme la loi de moralisation, ou le dédoublement des classes CP en REP + dès cette rentrée, quand tout le monde nous disait que c’était impossible ».

>> L’avis de Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au CEVIPOF

Le chercheur est sceptique. « Faire de la pédagogie n’est pas une mauvaise chose, mais l’argument est utilisé par tous les gouvernements en période difficile. D’autant que la campagne a duré très longtemps, le candidat Macron a déjà pu expliquer de long en large ses propositions ».

2. Emmanuel Macron va changer sa communication

Emmanuel Macron a décidé de chambouler sa communication : le président a déjà renoué avec la pratique du off face aux journalistes. Il devrait également s’adresser plus régulièrement aux Français dans les semaines à venir. Une volte-face ? Aurore Bergé balaie les critiques. « Il était utile de rompre avec les pratiques des derniers quinquennats, l’omniprésence de Nicolas Sarkozy et les commentaires systématiques de François Hollande sur son action. A nous de trouver désormais le bon équilibre ».

>> L’avis de Bruno Cautrès

« Je suis dubitatif, car on ne sait jamais quels effets produisent la communication présidentielle. François Hollande avait lui aussi souhaiter plus de pédagogie dans le deuxième tiers de son quinquennat, en essayant différents types de formats, sans jamais réussir à convaincre ».

3. Etre sur plusieurs fronts

Premier sujet brûlant de la rentrée : le dévoilement jeudi des ordonnances pour réformer le droit du Travail. Mais le gouvernement a d’autres chats à fouetter, comme le projet de loi de finances présenté en Conseil des ministres le 27 septembre, la refonte de l’assurance-chômage lancée à la fin du mois ou le projet visant à renforcer la sécurité intérieure, examiné en commission à partir du 11 septembre. « Certains commentateurs de l’opposition nous disent que la rentrée sera délicate nous avons un calendrier de réformes ambitieux. Mais on ne s’attarde ni sur les commentaires ni sur les sondages. Les Français sont dans l’attente et veulent qu’on accélère pour réformer le pays », assure Aurore Bergé.

>> L’avis de Bruno Cautrès

« En lançant plusieurs dossiers à la fois, Emmanuel Macron prend le risque de perdre en cohérence et de créer un sentiment de confusion chez les électeurs. Cela pourrait accroître ce problème lié au système présidentiel : le président pense avoir été élu pour révolutionner la France en quatre ans, mais il ne s’appuie que sur 24 % au premier tour ».