Muriel Pénicaud pointée du doigt pour s’être enrichie pendant un plan social chez Danone

POLITIQUE Le quotidien «L’Humanité» révèle ce jeudi que la ministre du Travail a fait une juteuse plus-value sur ses stock-options en 2013, peu après l’annonce d’un plan social au sein du groupe Danone où elle travaillait….

C.P. avec T.L.G.

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La ministre du Travail Muriel Pénicaud le 25 juillet 2017 à l'hôtel Matignon, à Paris.
La ministre du Travail Muriel Pénicaud le 25 juillet 2017 à l'hôtel Matignon, à Paris. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Une nouvelle affaire Pénicaud ? Alors que l’étau se resserre autour de la ministre du Travail dans le cadre de l’affaire Business France, L’Humanité révèle ce jeudi qu’en 2013, Muriel Pénicaud a réalisé en une seule journée plus de 1,13 million d’euros de plus values sur ses stock-options dans un contexte très particulier.

Envolée boursière après l’annonce de 900 licenciements

Alors directrice générale des ressources humaines (DGRH) du géant alimentaire, Muriel Pénicaud a réalisé ces profits grâce à l’envolée du cours de l’action Danone qui a suivi l’annonce d’un plan de restructuration.

Dans le détail, L’Humanité rappelle que le 19 février 2013, la direction de Danone a annoncé un plan de « suppression d’environ 900 postes managériaux et administratifs dans 26 pays », dont 230 en France. Aussitôt, le cours en bourse de l’action Danone passe de 52 euros à 55-60 euros. Une aubaine pour la DGRH de l’époque qui a reçu, en 2009, 55.120 actions avec « option d’achat » (stock-option) au prix de 34,85 euros l’unité. Un niveau historiquement bas alors que les valeurs du CAC 40 venaient de subir de plein fouet le krach boursier de 2008-2009.

Selon le quotidien communiste, Muriel Pénicaud aurait profité dès le 23 avril 2013 de l’envolée du cours pour revendre 52.220 de ses actions au nouveau prix du marché, alors fixé à 58,41 euros l’unité : « Soit 1.920.932 euros à l’achat, et 3.049.966,54 euros à la revente. Bilan de l’opération : une plus-value immédiate de 1.129.034,54 euros, non comptées les 2.900 stock-options restant alors en sa possession », résume le quotidien. Une plus-value de près de 60 % réalisée en un jour…. Et avec une fiscalité favorable garantie puisque l’opération a eu lieu dès expiration du délai de garde (qui interdit de céder ou louer des actions) de 4 ans fixé par Danone.

Un timing qui fait tiquer

L’opération, en soi, est tout à fait légale mais c’est le timing qui choque à l’heure où la ministre du travail bataille pour réformer par ordonnance le Code du travail et rendre les licenciements plus faciles pour les chefs d’entreprise. Et pour cause, en février 2013, l’annonce duplan de licenciement de 10 % des effectifs cadres de Danone en Europe a eu lieu en même temps que celle d’un chiffre d’affaires record de 20 milliards d’euros (+5,4 %) et d’un bénéfice net quasi stable à 1,81 milliard d’euros.

L’année « 2012 finit un peu mieux qu’attendu », avait alors déclaré Pierre André Térisse, le directeur financier de la marque, ajoutant que 2013 serait une année de transition dont l’objectif serait « de reconstruire une croissance forte, durable et rentable pour 2014 ».

Alors que le groupe lançait son plan d’économie de 200 millions d’euros, Muriel Pénicaud, elle, a vu ses revenus annuels multipliés par plus deux entre 2013 et 2014, passant de 1.144.924 euros en 2013 à 2.388.877 millions d’euros en 2014, selon les chiffres publiés dans la déclaration d’intérêt de la ministre, mise en ligne par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.

Moralisation de la vie publique vs licenciement boursier

Dès jeudi matin, en plein examen de la loi de moralisation de la vie publique à l’Assemblée, les députés de l’opposition n’ont pas manqué de dénoncer cet enrichissement.

Au Sénat, où est examiné ce jeudi l’article 3 du projet de loi d’habilitation de la réforme du Code du travail par ordonnances, qui prévoit notamment d’assouplir les règles du licenciement économique, les sénateurs communistes ont brandi dans l’hémicycle la Une du journal L’Humanité et pris à partie la ministre, rapporte Public Sénat.

« Cette énorme plus-value est grave sur le plan éthique et peut-être même sur le plan juridique car à vos fonctions de DRH vous avez réalisé ce plan social et en avez récolté les fruits pour votre profit personnel », a lancé la présidente du groupe communiste Eliane Assassi. « Quand on a des personnes qui sont capables de gagner en une journée ce que gagnent des milliers de smicards, je pense que nous ne vivons pas dans le même monde », a résumé la sénatrice écologiste du Maine-et-Loire, Corinne Bouchoux,citée par Public Sénat. « C’est difficile de demander aux salariés d’en faire toujours plus quand on a des situations comme celles-là », a lancé le sénateur socialiste du Doubs Martial Bourquin.

Contacté par 20 Minutes, l’entourage de Muriel Pénicaud se refuse à tout commentaire et nous renvoie vers la déclaration de la ministre, interrogée sur le sujet ce jeudi au Sénat. « Nous sommes ici pour fabriquer la loi, pas pour faire des approximations ou de la démagogie », a répondu Muriel Pénicaud. « Chacun peut avoir son appréciation sur le niveau de rémunération des dirigeants des grandes entreprises internationales […] La seule chose que je veux dire ici, et avec force, c’est qu’il s’agit d’une rémunération décidée des années avant le plan de départ volontaire ».