VIDEO. Débats à l'Assemblée nationale: Les députés d’En marche, entre «incompétence» et «apprentissage»

REPORTAGE Les débuts de La République en marche (LREM) sont raillés par l’opposition qui dénonce leur incompétence et la main mise de l’exécutif depuis le début lundi de l’examen du projet de moralisation de la vie publique…

Anne-Laëtitia Béraud
— 
Assemblée nationale (illustration).
Assemblée nationale (illustration). — NICOLAS MESSYASZ / SIPA

« Quelque chose qui ne va pas dans le fonctionnement du débat » selon le député Modem Jean-Louis Bourlanges, « inexpérience » pour l’élu socialiste François Pupponi, « séances pittoresques » selon leur collègue Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, quand l’élu Les Républicains Daniel Fasquelle évoque une « erreur de casting » des députées LREM. Ce mercredi, comme depuis le début de la semaine,la tension est palpable à l’Assemblée nationale.

Les derniers débats dans l’hémicycle sur la loi de moralisation de la vie publique sont jugés sévèrement par l’opposition qui s’insurgent contre la conduite des débats menée par les présidentes (LREM) de séance Danielle Brulebois puis Carole Bureau-Bonnard. Avec deux arguments massus : les présidentes LREM ont été mauvaises à cause de leur inexpérience, une inexpérience qui s’appliquerait à toute la majorité présidentielle godillot.

>> A lire aussi : VIDÉO. Suspensions de séance, frictions, «exfiltration»... Que s'est-il passé à l'Assemblée nationale?

« On apprend vite »

Des critiques dont se défend Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse. « C’est évident que l’on ne connaît pas toutes les façons d’être et les façons de faire au niveau de l’Assemblée nationale mais on travaille et je pense que cela va rentrer dans l’ordre très rapidement. C’est une période de rodage », estime le nouveau député et éleveur. « Mais on apprend vite », souligne Jean-Baptiste Moreau.

>> A lire aussi : VIDEO. Delphine Batho (PS) recadre la présidente de séance Danielle Brulebois (LREM)

« Une période de rodage »? L'argument ne tient pas pour Daniel Fasquelle, député Les Républicains du Pas-de-Calais, qui estime qu'« il n’y a pas de période de rodage possible, on est en train de travailler sur des textes extrêmement importants et on ne peut pas se permettre de cafouiller. »

La critique est appuyée par le socialiste François Pupponi, qui évoque « l’urgence pour certains [députés LREM] à se mettre à connaître les institutions, et surtout à les respecter. Car au-delà de l’inexpérience, il y a une attitude de non-respect de l’opposition qui n’est pas acceptable. »

« Aller vite pour voter le texte calibré par le président lui-même»

Inexpérimentés, ces élus de la majorité seraient aussi des godillots, estime encore le député LR Daniel Fasquelle. « Les députés LREM n’ont aucune marge de manœuvre. Et il y a ces moments un peu pathétiques quand ils cherchent un regard ou un texto pour savoir comment ils doivent voter, tout cela n’est pas très sérieux », raille-t-il.

Pour certains, l’exécutif serait à la manœuvre pour museler l’opposition. « Le gouvernement ne cherche pas à ce que les députés de l’opposition puissent monter en compétence et comprendre les textes qui leur sont soumis. Il veut aller vite pour voter le texte calibré par la majorité présidentielle, par le président lui-même, pour des objectifs de communication », juge Ugo Bernalicis, député La France insoumise du Nord.

« Il ne faut pas que certains dans l’opposition en fassent trop »

Un musellement de la majorité également dénoncé par Eric Coquerel, député France insoumise de Seine-Saint-Denis. « Depuis le début de ces séances, les présidents, quels qu’ils soient, ne souhaitent pas qu’il y ait un débat qui s’installe chez nos collègues d’En marche ». « Jusqu’à maintenant, [les députés LREM] se sont comportés comme des godillots. Maintenant des fissures apparaissent parce que certains commencent à voter des amendements de l’opposition. Cette majorité godillot pourrait devenir un peu plus insoumise dans les prochains mois… », prédit l’élu.

Des critiques que relativise leur collègue Pierre-Yves Bournazel, député Les Républicains-Les Constructifs de Paris. « C’est une phase d’apprentissage qu’il faut vraiment accélérer car c’est très important que le règlement soit connu et bien maîtrisé. C’est nécessaire pour l’intérêt général et la conduite des débats. Maintenant il ne faut pas que certains dans l’opposition en fassent trop car cela n’honore pas la démocratie. Les Français attendent de nous des résultats ».