VIDEO. Le statut de Première dame est-il «une très grande hypocrisie»?

ROLE Pas encore défini, le statut de Première dame, cher à Emmanuel Macron, fait déjà polémique...

Laure Gamaury

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Brigitte Macron salue la foule, le 14 juillet 2017.
Brigitte Macron salue la foule, le 14 juillet 2017. — DELALANDE/SIPA

Comme un air de « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », le président Emmanuel Macron s’évertue à donner une charte au statut de Première dame, tout en privant les parlementaires du recours aux emplois familiaux. De quoi attiser la grogne chez les députés de l’opposition, qui dénoncent une « hypocrisie française ».

Armelle Le Bras-Chopard, politologue et auteure de Première Dame, second rôle, en 2009 aux éditions du Seuil, partage le point de vue de ces parlementaires qui se sentent floués. « C’est une très grande hypocrisie, les députés ont complètement raison. Il n’y a pas de raison d’avoir un statut de Première dame puisqu’elle n’est pas élue ». Pour la politologue, « l’épouse du Président ne devrait avoir d’autre rôle que privé ». Du côté de l’Elysée, le discours est prudent : « le sujet du statut de la Première dame est en cours de réflexion et de construction, donc pour l’instant, il n’y a pas de commentaire à faire ».

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Un « schéma de bourgeois du XIXe siècle »

Et pourtant de nombreux députés de droite comme de gauche, tous dans l’opposition, ont tweeté leur mécontentement. Pour Armelle Le Bras-Chopard, son rôle public doit être cantonné à des devoirs du fait du statut de son mari. « Elle doit pouvoir garder son travail, s’il n’y a pas de conflit d’intérêts. Ça a été le cas au Royaume-Uni avec Cherie Blair, la femme de l’ex-Premier ministre Tony Blair. Elle doit aussi avoir un rôle protocolaire, l’accompagner éventuellement dans ses déplacements et se comporter en hôtesse quand c’est nécessaire ». Le seul statut à envisager serait donc de ne pas déborder de son rôle, comme Valérie Trierweiler pendant les législatives de 2012 par exemple où elle avait adressé un message de soutien Olivier Falorni, le candidat dissident qui affrontait Ségolène Royal, l'ancienne compagne de François Hollande. Une sortie qui avait fait beaucoup de bruit

Mais la politologue refuse de sanctuariser un « schéma de bourgeois du XIXe siècle. Brigitte Macron ne travaille pas, elle est totalement dévouée au Président, si c’est son choix, pas de problème. Mais geler une situation hyper traditionnelle aujourd’hui, non ».

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En cas de séparation, que faire du statut ?

Autre point d’achoppement sur lequel les deux camps devraient se chamailler quand le statut sera sur la table : le problème du budget dédié. Si pour l’Elysée, « la Première dame n’aura pas de statut de collaborateur, donc pas de rémunération », Armelle Le Bras-Chopard pose la question du budget et des personnels à son service, qui eux sont payés par l’Etat, comme c’est le cas depuis Anne-Aymone Giscard d’Estaing. « Aux Etats-Unis, Melania Trump dispose d’un cabinet d’une vingtaine de personnes, et d’une ligne budgétaire votée par le Congrès ». Ce qui n’est pas le cas en France.

Par ailleurs, « jusqu’à aujourd’hui, les Premières dames françaises ont souvent défendu des causes caritatives, notamment via des fondations privées. ». Problème selon Armelle Le Bras-Chopard, un statut officiel accordé à la Première dame risque d’entraver la bonne marche du gouvernement : l’épouse du chef de l’Etat deviendrait alors un intermédiaire entre les différents acteurs et les ministères, financé par de l’argent public. Ce qui pose un réel problème de légitimité, n’ayant pas été élue sur la base d’un programme.

La politologue voit plus loin et se demande ce qu’il pourrait se passer si les époux Macron se séparer en cours de mandat ? Quid alors de ce statut de Première dame ? « Ce n’est pas parce qu’il n’y avait pas de Première dame sous Hollande que ça a été une catastrophe ».