Démission du général de Villiers: «Les militaires se disent que Macron les roule dans la farine»

COLERE Certains militaires s’estiment trahis par les récents agissements du gouvernement…

Martin Guimier

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Emmanuel MACRON, Paris, le 18 juillet 2017, au Palais de l'Elysée.
Emmanuel MACRON, Paris, le 18 juillet 2017, au Palais de l'Elysée. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Après une réduction drastique du budget de la Défense pour 2017, l’altercation publique entre Emmanuel Macron et le chef d’état-major des armées a conduit à la démission de ce dernier
  • Certains militaires dénoncent une trahison de la part du gouvernement
  • Les augmentations de budget prévues à partir de 2018 ne les convainquent pas

La situation s’est bel et bien tendue entre le corps militaire et l’exécutif. Certains gradés fustigent les agissements du gouvernement ces derniers jours, de la réduction drastique du budget de la Défense au recadrage public de Pierre de Villiers par Emmanuel Macron, conduisant à la démission du chef d’état-major ce mercredi. La pilule a du mal à passer pour des militaires qui s’estiment aujourd’hui trahis par Emmanuel Macron.

« On ajoute l’humiliation à la trahison »

Pour le corps militaire, l’annonce du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, le 11 juillet dernier, avait déjà été difficile à digérer. La Défense était en effet le plus amputé des budgets ministériels, avec 850 millions d’euros à économiser sur l’année 2017. L’altercation médiatisée entre Emmanuel Macron et le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers, conduisant à la démission de ce dernier, a définitivement entamé la confiance d’une partie de l’Armée envers le gouvernement.

Vincent Desportes, général de division de l’armée de Terre, estime que « Pierre de Villiers a pris la seule décision possible. Il aurait perdu sa légitimité en restant en place. C’est la meilleure décision qu’il y avait à prendre ». Le colonel Michel Goya abonde « L’affront est tellement important, la trahison tellement importante qu’il n’avait pas d’autres choix ». Avant d’ajouter concernant le recadrage public du désormais ex-chef des armées : « La maladresse est double : on ampute de manière imprévue le budget de l’Armée, brutalement, et ensuite on ajoute l’humiliation à la trahison ».

« Le président élu fait l’inverse du candidat Macron »

Certains regrettent un décalage entre l’accent mis par Emmanuel Macron sur la Défense, notamment pendant la campagne présidentielle, et les événements de ces derniers jours. « Il y a une énorme contradiction entre la posture adoptée par le président de la République et cette gifle adressée à l’Armée, » regrette Vincent Desportes. « Le président élu fait l’inverse du candidat Macron, les militaires se disent : "ce type-là, il nous roule dans la farine" ».

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Le général de l’Armée de Terre compare la situation avec celle de 2008, lorsque les armées s’étaient estimées maltraitées par Nicolas Sarkozy : « Il y a un mépris affiché par Emmanuel Macron envers l’institution militaire. On voit qu’il ne connaît rien à l’Armée. Des membres de l’institution ont cru en Emmanuel Macron pendant la campagne, ils sont profondément déçus aujourd’hui. On nous ressort finalement la salade habituelle ». Le colonel Michel Goya pense même que « le général de Villiers avait probablement eu des garanties budgétaires lorsqu’il s’est fait prolonger d’un an, il y a une semaine. Les militaires se sont fait flouer ».

« Nous avons une armée qui prend l’eau »

Les promesses d’augmentation du budget de l’armée à partir de 2018 n’ont pas convaincu tout le monde. « On promet 1,5 milliard d’augmentations en 2018, mais à ce rythme chaque année, on sera loin des 50 milliards en 2025, et donc des 2 % du PIB promis » estime Vincent Desportes. Pour le général, le ministère de la Défense trinque plus que les autres en raison de la réserve traditionnelle de la Grande Muette : « On tape encore dans le seul ministère qui ne gueule pas ! Eh bien ça n’a pas marché aujourd’hui ». « Bercy est l’ennemi premier de la Défense en France. Nous avons une armée qui prend l’eau de tous les côtés, notamment au niveau de nombreux équipements qu’il faut remplacer » renchérit Michel Goya.

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Une chose est sûre, l’histoire ne pouvait pas plus mal commencer entre Emmanuel Macron et l’armée française : « Pour qu’une armée s’engage efficacement, il faut qu’elle ait des moyens mais aussi de l’envie. J’en arrive à croire que la Défense est un sujet secondaire pour Emmanuel Macron » regrette le général Desportes.

Quant au successeur de Pierre de Villiers à la tête des armées, le général François Lecointre, « il n’hésite pas à s’exprimer également, et il est capable de faire preuve de courage intellectuel ». Tout le monde est prévenu…