Trump à Paris: Quels sont les enjeux de cette visite spectaculaire?

DIPLOMATIE Tourisme, défilé militaire mais aussi poursuite d'intérêts communs et stratégiques sont au programme de la venue du président des Etats-Unis à Paris le 14 juillet...

Anne-Laëtitia Béraud

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Les présidents Emmanuel Macron et Donald Trump, le 7 juillet au sommet du G20 à Hambourg, Allemagne
Les présidents Emmanuel Macron et Donald Trump, le 7 juillet au sommet du G20 à Hambourg, Allemagne — Michael Sohn/AP/SIPA

Les Invalides, un défilé militaire sur les Champs-Elysées et un dîner à la Tour Eiffel. La venue du président américain jeudi et vendredi à Paris à l’occasion du centenaire de l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale pourrait, sur le papier, ressembler à une visite touristique. Dans les faits, ce passage de Donald Trump, à l’invitation du président français Emmanuel Macron, résulte d’une opération séduction sur fonds d’intérêts communs entre les deux pays.

Depuis leur première rencontre - et leur médiatique poignée de main- le 25 mai à Bruxelles en marge d’un sommet de l’Otan, les deux chefs d’Etat semblent ne plus se lâcher, s’affichant ensemble en Sicile au G7 à Taormine le 28 mai et ces derniers jours au sommet du G20 de Hambourg en Allemagne.

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Des intérêts communs

Du côté de l’Elysée, on se félicite de la température des échanges entre les deux chefs d’Etat, soulignant « les relations de travail extrêmement ouvertes, franches, directes et constructives ». Il y a des « divergences » entre les deux pays, « comme le climat et dans une moindre mesure le commerce », nuance-t-on. Donald Trump a décidé le 1er juin de sortir de l’accord de Paris sur le climat, position qu’il a rappelée lors du sommet du G20.

Des propos qui n’effarouchent pas les Français. « Donald Trump a lui-même évoqué un possible retour dans cet accord [de Paris] (…) Le président de la République essayera de nouveau de convaincre le président des Etats-Unis que l’accord de Paris est la meilleure manière de lutter contre le changement climatique et d’engager une transition énergétique et écologique qui est une sorte de croissance et de progrès technologique », précise-t-on dans l'équipe élyséenne.

Poignée de main musclée entre Donald Trump et Emmanuel Macron, le 25 mai 2017, en marge du sommet de l'Otan, à Bruxelles.
Poignée de main musclée entre Donald Trump et Emmanuel Macron, le 25 mai 2017, en marge du sommet de l'Otan, à Bruxelles. - E.VUCCI/AP/SIPA

Au chapitre des sujets où la France et les Etats-Unis sont au contraire « sur la même ligne », figure « la lutte antiterrorisme qui nécessite une concertation très étroite et une action commune », avec « les foyers de crise au Levant [Irak et Syrie] et au Sahel », ajoute-t-on. Les situations en Libye et en Iran devraient aussi être évoquées entre les deux chefs d'Etat.

Publicité de la France à l'international

Comme pour la visite du président russe Vladimir Poutine à Paris le 29 mai  à Versailles, les Français sortent le grand jeu pour le chef d’Etat américain. Ce passage à Paris, assuré d’être médiatisé, est l’occasion de faire la publicité de la France dans le monde entier. Et d'en finir avec les ravages provoqués par une anecdote de Donald Trump, qui affirmait le 24 février que «  Paris n’est plus Paris »

Ce jeudi, la visite des Invalides prévoit un passage devant le tombeau du maréchal Foch [commandant en chef des forces alliées sur le front de l’Ouest pendant la Première guerre mondiale]… sans oublier celui de Napoléon, l’empereur toujours connu au-delà des frontières hexagonales. Les épouses Trump et Macron iront jeudi après-midi à l’église Notre-Dame de Paris, le site le plus visité de la capitale, avant que les couples dînent au restaurant Jules Verne, situé sur la Tour Eiffel.

Un symbole là encore assumé par l’Elysée, qui souligne que la Tour Eiffel « est un lieu emblématique de Paris, très reconnu et identifié à l’international »... et que « Paris reste Paris », grande ville touristique malgré les attaques qui l’ont frappé depuis 2015. 

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Limites des efforts diplomatiques français

A quoi va servir cette opération de séduction à la française ? Et peut-elle porter ses fruits ? Face à un président américain réputé pour son caractère imprévisible, les experts sont partagés. « La relation entre Trump et Macron est double. Il y a deux chefs d’Etats dont les pays entretiennent des relations profondes et historiques. Et il y a deux hommes, dont l’un a une personnalité problématique et instable », relève Nicholas Dungan, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste de la relation transatlantique.

« Macron a le sens de la réalité, qui va au-delà du pragmatisme et de l’opportunisme au quotidien. C’est le génie de comprendre le concret et la réalité. Il se dit qu’il vaut mieux accueillir Trump, le mettre à l’aise, faire faire à ce président qui aime le spectacle un itinéraire spectaculaire et le faire assister à ce grand défilé militaire. Et ce, afin de tenter de l’apprivoiser, de le contenir pour limiter les dégâts », précise le chercheur. Ces éventuels « dégâts » diplomatiques pourraient se traduire par des relations en berne entre les deux pays, notamment en termes de renseignement, évalue Nicholas Dungan.

«Cela ne changera pas la vision [de Trump] de la France»

Pour la spécialiste des Etats-Unis Marie-Cécile Naves, « Emmanuel Macron et Donald Trump sont encore en phase de test. Ils se jaugent ». Quant au bilan de la politique de la main tendue d’un Emmanuel Macron qui souhaite incarner la tête de proue mondiale sur le climat, celui-ci pourrait se solder par un échec. « Trump à mon avis ne changera pas sur le climat car il souhaite contenter sa base électorale aujourd’hui très fragile. Et s’il perd cette base, il risque la destitution», juge la politologue et chercheuse associée à l’IRIS.

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«Il ne faut pas surestimer cette visite à Paris, car si cet accueil avec les honneurs peut le contenter et servir sa communication, cela ne changera pas sa vision de la France qui n’est pas, selon lui, un pays influent. Et si cette visite se passe bien, cela n’empêchera pas ce président imprévisible de lâcher dans quelque semaines une petite bombe sur Twitter [à l’intention des Français] », ajoute Marie-Cécile Naves.

Un éventuel dérapage que la chercheuse nuance : « Les diplomaties françaises et américaines travaillent depuis longtemps ensemble et Trump n’a que très peu changé le personnel diplomatique. Ces administrations ont de bons rapports, et ce, depuis longtemps. »