«Procédés staliniens», «coupeurs de têtes»... Les Républicains divisés sur la possible exclusion des «Macron-compatibles»

SANCTION Les parlementaires du parti Les Républicains ont le cœur qui balance sur la nature de la sanction à l’encontre des élus et ministres « Macron-compatibles », décidée ce mardi soir…

Anne-Laëtitia Béraud

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Les membres LR Thierry Solère et Sébastien Lecornu lors de la campagne pour la présidentielle, le 15 décembre 2016 à Paris
Les membres LR Thierry Solère et Sébastien Lecornu lors de la campagne pour la présidentielle, le 15 décembre 2016 à Paris — Witt/SIPA

Quelle sanction pour les ténors Les Républicains « Macron-compatibles ? ». A quelques heures d’un bureau politique qui décidera du sort de plusieurs membres de LR préférant la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron, les membres du parti de droite sont partagés sur la nature de la sanction. Faut-il exclure ou non le Premier ministre Edouard Philippe, les ministres Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, et Sébastien Lecornu, et les deux députés du groupe « les constructifs » Thierry Solère et Franck Riester ? La réunion, prévue à partir de 18h à Paris, s’annonce tendue…

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Certains,à l’instar d’Eric Ciotti, Daniel Fasquelle et Nadine Morano, souhaitent l’exclusion des élus rebelles. « Je n’aurai aucun état d’âme à voter pour leur exclusion. Car, si on ne tranche pas clairement, notre parti va disparaître », a dit le trésorier de LR Daniel Fasquelle au Parisien.

« Nous aurons une décision majoritaire »

Christian Jacob, le patron des députés LR à l’Assemblée, a espéré ce mardi que ses collègues vont partir « d’eux-mêmes ». « A partir du moment où certains de nos anciens collègues ont appelé pendant la campagne des législatives à donner une majorité à Emmanuel Macron et faire campagne contre nos candidats, il faut clarifier. J’ose espérer qu’ils vont le faire d’eux-mêmes. Pour moi, ils ne sont plus dans notre famille politique. Maintenant c’est à eux de voir s’il leur reste un peu d’amour-propre pour l’assumer clairement. C’est leur décision », a-t-il dit à des journalistes dont 20 Minutes à l’Assemblée nationale. « J’attends le débat [de ce mardi soir] et nous aurons une décision majoritaire, et je me rangerais à celle-ci », a précisé l’élu de Seine-et-Marne.

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Une ligne différente de Damien Abad, porte-parole du groupe LR à l’Assemblée. Le jeune député de l’Ain a refusé ce mardi midi l’exclusion de ses collègues « Macron-compatibles », préférant « une mise à l’écart » de ces derniers pour leur laisser une « porte ouverte » : « Ils [les députés rebelles] se sont mis à l’écart dans le parti, donc je suis favorable à leur mise à l’écart. Celle-ci implique des droits en moins au sein du parti et leur empêche un recours possible [après leur possible exclusion] », souligne Damien Abad.

« On s’expliquera plus tard »

Une manière de court-circuiter le recours déposé devant la commission des recours du parti qu’envisage déjà Thierry Solère, à l’origine du groupe des « constructifs LR-UDI » à l’Assemblée, distinct de celui LR. « Je pense qu’il n’y a aucune raison d’abord qu’on soit exclus. Et si on devait l’être, ça serait illégal », a estimé Thierry Solère mardi sur LCI, précisant que la réunion politique du jour n’avait « aucune légitimité » en l’absence de vote des militants. Dans le cas où une exclusion serait prononcée, Thierry Solère a ajouté : « on déposerait un recours devant la commission de recours où il y a [le ministre] Gérald Darmanin, [le secrétaire d’Etat] Sébastien Lecornu et [le conseiller à Matignon] Gilles Boyer. Vous voyez ce sera intéressant ».

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Face à ces tensions en perspective, le député LR de Paris Claude Goasguen s’est dit ce mardi midi « contre l’exclusion des [députés du groupe] les constructifs. On s’expliquera plus tard ». Et ce, afin de repousser toute « crise supplémentaire pour le moment », a-t-il précisé dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

« Image de coupeurs de têtes »

Un commentaire relayé par certains élus LR ces derniers jours, comme le député de l’Oise Eric Woerth ou le maire de Nice Christian Estrosi. Ce dernier s’oppose à une exclusion des rebelles car ces sanctions s’apparentent, selon lui, à des « procédés staliniens ». Dans un tweet publié ce mardi matin, Gérard Larcher, président du Sénat, s’est dit opposé à une exclusion au nom du « dialogue (…) dans une famille politique ».

Dans ces circonstances, la réunion des Républicains s’annonce animée ce mardi soir. Le secrétaire général LR Bernard Accoyer, aujourd’hui à la tête du parti, a déclaré ce mardi matin « ne pas exclure l’exclusion » des membres LR rebelles. L’ancien président de l’Assemblée nationale a cependant mis en garde contre le « piège » de « donner l’image de coupeurs de têtes ».