Loi Travail: Les députés de La République en marche sont-ils des «moutons de Panurge»?

BENI-OUI-OUI Les députés de la majorité sont accusés par l'opposition de ne pas tenir leur rôle de parlementaire...

Thibaut Le Gal

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Des députés à l'Assemblée nationale
Des députés à l'Assemblée nationale — Martin BUREAU / AFP
  • Les députés LREM n'ont quasiment pas déposé d'amendement pour la loi Travail
  • L'opposition les accuse d'applaudir à chaque prise de parole de la majorité

Depuis quelques jours, les députés de La République en marche ont les oreilles qui sifflent. « Béni-oui-oui », « moutons de Panurge », « pitres », « députés godillots » « comportement de clone »… L’attitude des parlementaires de la majorité est vivement critiquée par l’opposition.

Des « spectateurs d’une démocratie qui est morte »

« Le comportement des députés LREM dans l’hémicycle ou en commission fait craindre un panurgisme parlementaire qui effacerait toute capacité de débat », a prévenu ce mardi Jean-Christophe Lagarde, président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) sur Franceinfo. « Ils n’interviennent pas, ou peu. Ils suivent aveuglément ce que dit le ministre etc. Le boulot de parlementaire, c’est de contrôler le ministre, de débattre avec lui. Pour l’instant, ce n’est pas ce qu’on l’a vu ».

A l’Assemblée, Gilbert Collard a dénoncé lundi des « spectateurs d’une démocratie qui est morte ». Adrien Quatennens a lui rappelé leur faible participation pendant les dix heures de débat sur la loi d’habilitation aux ordonnances, la semaine passée, à la commission des Affaires sociales. « Il fallait voir le nombre d’yeux en forme de point d’interrogation à l’examen d’un texte, pourtant d’une portée historique. C’est à se demander s’ils l’avaient bien lu », a-t-il lancé, les exhortant à l’insoumission.

« On avait peut-être perdu l’habitude d’avoir des députés loyaux »

Olivier Véran, député LREM, préfère en rire. « C’est ridicule. On avait peut-être perdu l’habitude d’avoir des députés loyaux au gouvernement avec le précédent quinquennat. Après la chronique des frondeurs, on veut monter le feuilleton des suiveurs, des moutons de Panurge… Ce n’est pas sérieux », déplore le rapporteur général de la commission des affaires sociales.

Le peu d’enclin de la majorité pour déposer des amendements a été perçu par l’opposition comme un suivisme de l’exécutif. «La loi d’habilitation n’est pas une loi classique. Evidemment qu’on habilite le gouvernement dans les grandes lignes pour réformer le Code du travail. Déposer des amendements n’est donc pas utile. Je remarque d’ailleurs que ceux, dans l’opposition, qui déposent des amendements proposent en majorité de supprimer les articles ou chaque alinéa du texte… », précise Olivier Véran.

Aurélien Tâché, qui défend le texte pour la majorité, ajoute : « On a fait le pari sur ce projet de donner du poids à la négociation avec les partenaires sociaux. Ça me paraît logique pour une réforme qui a pour but de faire plus de place aux négociations collectives ». Le député LREM du Val-d’Oise s’explique sur le faible nombre d’intervention en commission : « Vu la nature même du débat posé par la France insoumise qui était contre le processus des ordonnances, il n’y avait pas matière à avoir une discussion riche. Mais en session, nous avons eu l’occasion de rappeler pourquoi on croyait en ce texte. Il n’y a pas de panurgisme parlementaire, le débat suit son cours », se défend-t-il. « On jouera pleinement notre rôle de député, pour enrichir les textes ou faire des remontées de terrain, comme nous l’avons fait pour la suppression de la taxe d’habitation ».

Des applaudissements intempestifs ?

Restent ces salves d’applaudissement, presque mécaniques, qui se déclenchent régulièrement quand un membre de la majorité s’exprime. Et ce « quels que soient les propos plus ou moins sensés ou contradictoires qui peuvent être tenus », s’était agacé le député PCF André Chassaigne, habitué des lieux.

« Encore heureux que les députés de la majorité puissent applaudir la majorité ou soutenir un collègue lorsqu’il prend la parole », répond Aurélien Tâché. « Je ne reconnais pas l’hémicycle. Il n’y a pas de prise à partie, d’invectives, en tout cas pas chez nous », s’enthousiasme Olivier Véran, ancien député PS. « A droite, ils ont tenté de faire le cirque, mais dans la majorité, on ne répond pas. On s’exprime par applaudissements car on respecte les débats ».

Cette discipline collective a toutefois entraîné quelques scènes cocasses. « Je n’ai encore rien dit », avait ainsi lâché Jean-Michel Fauvergue, député LREM, étonné des vivats l’accompagnant au micro. Lors du vote de confiance, Edouard Philippe avait lui récolté des applaudissements malvenus puisqu’il évoquait l’échec des bacheliers en Licence.

« L’opposition n’a pas grand-chose à dire», se désole Arnaud Leroy, porte-parole du mouvement. «Je peux reconnaître qu’il y a des députés débutants, qui ont encore une marge d’apprentissage. Mais ce n’est pas un mal ».