Le plan d'économies du gouvernement suscite de nombreuses critiques

Dépenses publiques Le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin a annoncé ce mardi une coupe de 4,5 milliards dans le budget de l’Etat…

Martin Guimier

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Gerald Darmanin ministre de l'Action et des Comptes publics au Ministre des finances de Bercy.
Gerald Darmanin ministre de l'Action et des Comptes publics au Ministre des finances de Bercy. — Eric DESSONS/JDD/SIPA
  • Le ministère des Comptes publics a annoncé une économie de 4,5 milliards d’euros d’ici la fin de l’année 2017
  • Cette économie doit être faite notamment sur le «train de vie des ministères»

Le gouvernement avait promis que l’Etat atteindrait la barre des 3 % de déficit public avant la fin de l’année 2017. Pour ce, la Cour des comptes avait estimé qu’il était nécessaire d’économiser 4 à 5 milliards d’euros. Le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin a présenté mardi un plan de réduction des dépenses publiques, qui doit permettre d’économiser 4,5 milliards d’euros.

Un plan partiellement détaillé par le locataire de Bercy, qui affirme que les économies se feront sur le « train de vie des ministères », ainsi que sur leur mode de fonctionnement. Pour maintenir le budget dans les clous, toutes les dépenses des ministères ont été passées à la loupe, s'agissant par exemple de la gestion du parc de véhicules. Les mesures ont été «négociées avec l'intégralité des ministres», a assuré Gérald Darmanin, précisant au Parisien que «ni les collectivités locales, ni la Sécurité sociale» ne seraient mises à contribution.

Et de détailler en partie les économies envisagées: 268 millions d'euros à Bercy (au lieu des 120 jusque-là annoncés), 282 millions au ministère des Affaires étrangères, dont la moitié provenant d'un recul de l'aide publique au développement, et 260 millions du côté des Transports, avec un passage en revue de tous les grands projets. Concernant les ministères régaliens, la Défense ne verra pas son budget amputé, mais devra respecter l'enveloppe déjà votée par le Parlement, qui prévoyait une réduction des dépenses de 850 millions d'euros. L'Intérieur, pour sa part, va devoir faire 526 millions d'euros d'économies, sans toucher aux effectifs de policiers ou de gendarmes, et la Justice aura à économiser 160 millions d'euros. Des annonces qui manquent de précisions pour certains.

«Il faudra de toute façon supprimer davantage de postes à l'avenir»

«Qu'on évite de nous faire le coup des membres des cabinets et des voitures» pour chiffrer ces économies, a dénoncé le chef de file des députés LR Christian Jacob tandis que son collègue Eric Woerth s'est étonné que «la commission des Finances n'a toujours pas reçu la moindre précision sur ces économies et leurs contenus réels».

Pour Agnès Verdier Molinet, directrice de l’institut IFRAP et auteure de Ce que doit faire le prochain président : si l’annonce ne donne effectivement « pas énormément de détails », il existe selon elle de nombreuses coupes possibles dans le budget de l’Etat. « Rien que le parc automobile de l’Etat, c’est 225 millions d’euros chaque année. On pourrait réduire ces dépenses, lorsque par exemple on sait que certains agents de la fonction publique n’ont pas la nécessité absolue d’un véhicule. Il y a également des doublons sur de nombreux postes dans l’administration publique, qu’il faudrait supprimer. Vous ne pouvez pas imaginer les économies que l'on pourrait faire en France, rien qu'en revoyant la gestion du personnel. Il faudra de toute façon supprimer davantage de postes à l'avenir».

« On ne peut pas couper tant que ça »

Les avis ne sont pas unanimes sur la question. Jean-Paul Maréchal, économiste et enseignant à l’université Paris-sud, a « du mal à comprendre cette notion de train de vie ». Pour lui, « on ne peut pas couper tant que ça dans la fonction publique. Des doublons existent effectivement à certains postes, mais surtout dans la haute fonction publique. J’aimerais que le gouvernement nous donne plus d’exemples précis de secteurs où l’on devrait faire ces fameuses économies ».

Ces annonces du gouvernement ont soulevés une levée de boucliers au sein des ministères visés. Les syndicats de magistrats ont dénoncé mardi « une justice au rabais », le ministère de la Justice étant censé réduire ses dépenses de 160 millions d’euros avant la fin de l’année.

L'Union syndicale de magistrats (USM, majoritaire) a fait part de sa «consternation», alors que le budget 2017 de la Justice (8,5 milliards, avec charges de pension) affichait jusqu'à présent une hausse de 28% sur un an des crédits alloués à l'immobilier judiciaire, le premier poste visé par les économies gouvernementales. «Il s'agissait notamment d'assurer le financement des opérations immobilières en cours (notamment à Strasbourg, Cayenne, Douai, Point-à-Pitre, Poitiers, Quimper ou Saint-Malo) et de lancer de nouveaux marchés de travaux (Mont-de-Marsan, Lille, Perpignan, Aix-en- Provence et Basse-Terre) strictement indispensables au fonctionnement normal du service de la justice», a relevé l'USM. Pour le Syndicat de la magistrature (SM, gauche), «il est inadmissible que les rats pullulent dans les cellules, qu'il pleuve dans les salles d'audience et les bureaux et que les personnes handicapées ne puissent pas entrer dans les tribunaux».

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