Discours de politique générale: Humour, annonces, sifflets… Comment Edouard Philippe a imprimé sa marque à l’Assemblée

REPORTAGE Le Premier ministre a décliné ce mardi la feuille de route de l’exécutif, au lendemain du discours d’Emmanuel Macron au Congrès…

Thibaut Le Gal

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Edouard Philippe tend la main à sa majorité
Edouard Philippe tend la main à sa majorité — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Il se savait très attendu. Edouard Philippe tenait ce mardi devant l’Assemblée nationale son discours de politique générale. L’exercice, souvent convenu, prenait cette année un peu plus d’importance. Au-delà de sa large majorité, le Premier ministre pouvait espérer convaincre les « constructifs » de droite voire quelques députés PS. Mais surtout, le chef du gouvernement devait montrer son tempérament, au lendemain du discours d’Emmanuel Macron au Congrès.

1. Un discours minutieusement préparé

Premier objectif de ce grand oral : montrer aux députés que l’intéressé a toute sa place dans le duo de l’exécutif. Présenté comme « humilié » par le chef de l’Etat la veille à Versailles, Edouard Philippe avait pris le parti d’en rire. « Je me sens mal, si mal. J’ai la boule au ventre tous les matins à l’idée de bosser avec ce castrateur », ironisait-il quelques heures avant son discours dans Le Parisien.

Mais le Congrès était bien sur toutes les lèvres ce mardi. Face à la représentation nationale, le natif de Rouen doit s’affirmer. « Le Premier ministre s’est bien préparé. Il a lu tous les discours de politique générale de ses prédécesseurs, enfin presque tous », confie un membre de son équipe dans les couloirs des Quatre Colonnes. A la tribune, Edouard Philippe commence d’ailleurs par citer deux anciens Premiers ministres, Jacques Chaban-Delmas et Michel Rocard, avant de dérouler son texte.

2. Un style opposé à Macron

Les 577 députés n’entendent pas vraiment un tribun au micro. D’abord hésitant, à l’image de ces mains qui n’ont cessé de replacer les feuilles sur leur pupitre, Edouard Philippe se montre pendant une heure posé et appliqué. Un style bien différent d’Emmanuel Macron, parfois lyrique devant le Congrès.

Le chef du gouvernement se permet quand même une note d’humour, en début de discours, lorsqu’il évoque le renouvellement de l’Assemblée. « Je vois des nouveaux profils, je vois même des matheux ». A plusieurs reprises, l’ancien maire du Havre est chahuté par ses anciens amis de droite. Mais les huées sont couvertes par les applaudissements de sa majorité.

3. A lui le concret (et les mauvaises nouvelles)

Emmanuel Macron avait bien réparti les rôles lundi : à lui d’exprimer le « sens » du quinquennat. A Edouard Philippe « de lui donner du corps ». Le Premier ministre rentre donc très vite dans le concret, en précisant la feuille de route du gouvernement. Le locataire de Matignon multiplie les annonces en matière d’éducation, de santé et surtout de budget. « Nous dansons sur un volcan qui gronde de plus en plus fort », prévient-il, justifiant le serrage de vis à venir. A Matignon aussi, d’annoncer les mauvaises nouvelles : le report de plusieurs réformes fiscales (ISF, CICE, taxe d’habitation) pour maintenir le déficit sous la barre des 3 % du PIB.

4. Un vote largement favorable

Après le discours, chacun vient tenir son rôle devant les caméras. Sans surprise, les députés de la majorité ont trouvé le discours admirable. En face, l’opposition attaque. « Autant on a eu un show aérien hier [lundi] avec le président de la République, autant aujourd’hui on était totalement au ras des pâquerettes », tonne Marine Le Pen. « Un discours de comptable et de juriste décevant », convient le député LR Guillaume Peltier. Pour Edouard Philippe, l’important est ailleurs. Avec 370 voix pour, 67 contre et 129 abstentions, il obtient une très large majorité, obtenant même l’appui de 12 « constructifs » LR-UDI et de 3 élus Nouvelle Gauche (ex-PS).