Mouvement du 1er juillet: Benoît Hamon peut-il espérer remplacer le PS?

POLITIQUE L’ex-candidat socialiste à l’élection présidentielle estime qu’il y a un espace entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon…

Martin Guimier

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Paris. Benoit Hamon lance son mouvement du 1er Juillet.
Paris. Benoit Hamon lance son mouvement du 1er Juillet. — CHAMUSSY/SIPA

Après 31 ans de service, Benoît Hamon a annoncé samedi dernier qu’il quittait le Parti socialiste, lors du lancement de son « mouvement du 1er juillet ». Son objectif : tourner la page et tenter de lancer un nouveau courant socialiste dans le paysage politique français. Mais la tâche semble extrêmement compliquée pour l’ancien ministre de l’Education.

« Refaire la gauche »

« Refaire la gauche », tel était le slogan affiché à l’occasion de l’inauguration de M1717 (abréviation de mouvement du 1er juillet, en référence à la date). Un message exprimant le désir et la volonté de passer à autre chose désormais. Même si Benoît Hamon affirme « ne pas abdiquer à l’idéal socialiste » pour autant.

L’état d’esprit était d’ailleurs à l’ouverture samedi sur les pelouses de Reuilly à Paris : « nous aurons à nous retrouver tous ensemble dans la grande famille de la gauche pour l’indispensable rassemblement, la future maison commune, sans laquelle il n’y aura pas de victoire possible » lançait-il. Ajoutant même que son mouvement devrait être « l’une des poutres sur laquelle la gauche doit être reconstruite ». Mathieu Hanotin, ex-directeur de campagne de Benoît Hamon lors de la primaire socialiste, l’assure : « le plus important aujourd’hui, c’est de rebâtir la gauche ». Une main tendue donc, vers toutes les personnalités de gauche qui seraient prêtes à sauter le pas.

« Une décision périlleuse »

Si selon le politologue et rocardien historique Gérard Grunberg, « il y a longtemps que Benoît Hamon pense que le PS n’est plus un outil intéressant », le pari n’en reste pas moins risqué pour l’ex-frondeur, qui a appelé à « s’inscrire dans un processus comparable à celui d’Epinay », en référence à l’élargissement du Parti socialiste opéré en 1971.

« La gauche est dans un cas de figure encore plus dramatique que dans les années 60, car elle était alors encore relativement puissante, grâce au Parti communiste » estime le politologue. « La décision de Hamon est périlleuse car aujourd’hui, une alliance avec les communistes n’est plus envisageable, c’est même le contraire, Jean-Luc Mélenchon a voulu tuer le PS pour s’imposer ».

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De plus, contrairement à François Mitterand, qui avait amorcé la reconstruction de la gauche après son éclatement en 1958, Benoît Hamon porte malgré lui l’échec du Parti socialiste. Notamment en raison du score historiquement bas obtenu à la dernière élection présidentielle : « Il est extrêmement peu probable qu’Hamon puisse faire quelque chose. Comment voulez-vous que quelqu’un qui a fait à peine plus de 6 % à la présidentielle prétende remplacer un grand parti de gouvernement ? » interroge Gérard Grunberg.

« Hiérarchie horizontale »

D’après l’ancienne ministre Dominique Bertinotti, qui a également quitté le PS pour rejoindre Benoît Hamon, « le mouvement du 1er juillet se base sur le principe de la démocratie participative ». « L’idée, c’est d’associer tous les citoyens au processus, c’est de penser qu’ils doivent participer à la construction des lois. Pour ça, il faut notamment mettre en avant les initiatives populaires, qui sont nombreuses dans ce pays », explique-t-elle.

« il faut réintroduire le citoyen dans le quotidien de la démocratie, en lui donnant de nouveaux pouvoirs, en mettant par exemple en place une Assemblée constituante en partie tirée au sort », abonde Mathieu Hanotin.

Des idées qui rappellent fortement le lancement du mouvement En Marche d’ Emmanuel Macron, voire même de la France Insoumise de Jean-Luc-Mélenchon. Cependant, selon les bras droits de Benoît Hamon, la différence serait « le culte du chef » exercé par ces formations : « Macron contrôle tout, il pratique la verticalité. Benoît Hamon, lui, est pour le "nous" face au "je" », explique Dominique Bertinotti. « Un chef doit animer et arbitrer, pas être dans l’intégralité des décisions » renchérit Mathieu Hanotin.

Pourtant, Benoît Hamon reste bel et bien la figure de proue du mouvement. « Un parti sans leader, ça n’existe pas, le mouvement reste concentré autour de Benoît Hamon, ils font en réalité la même chose qu’En Marche et la France Insoumise » estime Gérard Grunberg. « De plus, contrairement à ce que l’on croit, les gens sont très attachés à la figure du chef en France. L’élection de Macron, c’est la victoire de la Vème république. »

Le PS « amené à se dépasser »

Quelle place enfin pour ce nouveau mouvement vis-à-vis du PS ? Benoît Hamon n’assume pas le terme de parti aujourd’hui, par volonté de rassemblement : « Dire que l’on forme un nouveau parti, c’est déjà fermer des portes », assurait-il à l’occasion du lancement. Pour le moment, il n’exclut d’ailleurs pas la double appartenance, à l’instar de Mathieu Hanotin, qui l’a rejoint, mais sans pour autant quitter le PS.

Le discours est beaucoup moins conciliant du côté de la rue de Solférino : « Le départ de Benoît Hamon est une tristesse, une déception, car nous avions mené campagne pour lui. C’est sa décision, on verra qui décide de le suivre » explique Rachid Temal, porte-parole du Parti socialiste. « Cela étant dit, à partir du moment où vous lancez clairement votre parti politique, chez nous, il n’y a pas de double-adhésion, il faut trancher ».

Une rupture qui pourrait présager de tensions futures entre les différents courants socialistes. « L’objectif n’est pas de remplacer le PS aujourd’hui, il faut proposer une offre qui permette de faire réentendre la gauche. Ne pas avoir d’élections dans un futur proche est une bonne chose, nous avons un espace-temps de deux ans pour reconstruire la gauche », assure Dominique Bertinotti. Mathieu Hanotin est plus ambigu : « Le PS est certainement amené à se dépasser, le socialisme, lui, n’est pas mort en tout cas. Je reste convaincu qu’entre Macron et le sans-cravatisme, il y a un espace ».