Les Républicains: La présidence du parti déchiré aiguise les ambitions

POLITIQUE Alors que la droite s’est divisée au Parlement, la présidence du parti Les Républicains intéresse plusieurs candidats qui souhaitent reconstruire la formation déchirée…

Anne-Laëtitia Béraud

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Illustration de la porte du siège du parti Les Républicains à Paris, le 29 novembre 2016
Illustration de la porte du siège du parti Les Républicains à Paris, le 29 novembre 2016 — BERTRAND GUAY / AFP

Battu aux élections, humilié par ses élus qui lui préfèrent la macronie, divisé entre clans, le parti Les Républicains tangue et s’interroge. Comment incarner une opposition audible quand un groupe concurrent de députés LR et UDI s’est formé​ au Parlement ? Quel combat mener, quand la ligne du parti est aux abonnés absents ? Comment être ensemble quand on souhaiterait se gifler ?

Plaidant pour que la droite se « réinvente », Xavier Bertrand affirme au JDD se concentrer sur sa région des Hauts-de-France  et faire travailler son think-tank. Certains se tournent vers d’autres horizons, à l’instar de Jean-Pierre Raffarin, qui a annoncé mardi renoncer à son mandat au Sénat pour créer une ONG internationale.

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D’autres enfin visent le haut de l’affiche : patron du parti Les Républicains. Un poste pour lancer la reconstruction de la formation et y imprimer sa ligne. La date de l’élection du président LR, qui doit se tenir à l’automne, sera tranchée lors du bureau politique du 11 juillet.

« Réflexions » en coulisses

Bosser le fond idéologique pour redevenir populaire. Tel est le credo qui parcourt la colonne vertébrale des membres LR, des militants aux ténors. Pour François Fillon, cela prend la forme d’un message adressé aux cadres de son microparti Force républicaine, dans lequel il plaide pour que le parti « actualise sa pensée », rapporte Le Figaro ce mercredi. Cette reconstruction doit-elle se faire au sein du parti, ou en dehors, comme l’affirme Xavier Bertrand qui affirme ne plus croire « aux partis politiques à l’ancienne » tout en estimant qu’il y a de la place pour « une troisième voie, une nouvelle opposition libre » ?

Dans la course de fond pour la présidence de LR, le président des Hauts-de-France soutient sa collègue d’Ile-de-France Valérie Pécresse. Un meilleur profil, selon lui, que celui de Laurent Wauquiez qui « court après l’extrême droite » et « est le candidat de Sens commun ». L’intéressée, Valérie Pécresse, n’a pas réagi à ces déclarations ni fait savoir ses intentions. Mais ses soutiens se confient ce mercredi au Parisien, affirmant que, patronne des Républicains, Valérie Pécresse pourrait « sauver l’union de la famille » en dressant une ligne politique « de droite authentique et modérée »… 

L’éventuel rival est Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui s’active en coulisses pour bâtir sa candidature. Un déjeuner par-ci avec l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy, comme le rapporte ce mercredi Le Figaro, une interview par-là pour rapeller ses fondamentaux, consistant à mettre le curseur à droite toute mais sans alliance avec le FN.

« Clarification de la ligne » du parti

D’autres s’interrogent encore. C’est le cas de Roger Karoutchi, sénateur des Hauts-de-Seine, qui affirme « réfléchir ». Tout comme Thierry Mariani, député des Français de l’étranger battu aux législatives. Courtisé à plusieurs reprises par les frontistes, Thierry Mariani estime qu’« un jour », « pour revenir aux affaires », la droite devra faire des alliances avec des membres du Front national, dit-il à l’hebdo d’extrême droite Minute.

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Dans les rangs Les Républicains, cette période de grandes manœuvres apparaît électrique. Un député battu aux législatives se dit déboussolé, s’interrogeant sur le futur d’une formation « apparue ringarde » par rapport au mouvement d’Emmanuel Macron. « On s’est pris une énorme claque et les plaies sont à vif. Il faut cicatriser sinon c’est fini pour nous », ajoute celui qui souhaite repenser sa place au sein de sa famille politique.

« Rester ce que nous sommes tout en modernisant le parti »

Un commentaire à mille lieues de celui de l’ex-député du Rhône Georges Fenech : « C’est naturel qu’il y ait une compétition pour l’élection du président de LR. Et novembre est une bonne date pour cette élection, car le gouvernement est en place et il faut désormais travailler ». Dans cette compétition qu’il souhaite « sereine », Georges Fenech a choisi son futur candidat : « J’ai dit à Laurent Wauquiez que je m’investirai à fond pour sa campagne. Il a les idées, il est jeune et a une expérience ministérielle. C’est un très bon candidat pour rester ce que nous sommes tout en modernisant le parti. »

L’élu parisien Charles Beigbeder souhaiterait, lui, l’instauration d’une direction collégiale pour travailler à la reformulation de la ligne politique du parti. « Les statuts du parti sont ainsi faits qu’avant de bosser le fond pour rassembler la paroisse, on élit le président », déplore-t-il. Cet autre soutien de François Fillon se satisfait néanmoins d’une clarification du mouvement « facilitée par les départs de certains LR et centristes vers Macon. Avoir à gérer toutes les sensibilités du parti nous a conduits à l’eau tiède ». Lui souhaite à l’automne la construction d'« une grande formation conservatrice-réformatrice » regroupant « des personnalités de toute obédience, même celles issues du Front national ». « Je suis contre l’ostracisme », souligne cet ancien opposant à Nathalie Kosciusko-Morizet dans la capitale.