Mais pourquoi donc Macron invite-t-il Trump au défilé du 14-Juillet?

DIPLOMATIE Donald Trump a accepté ce mercredi de venir au défilé du 14-Juillet, après une relance téléphonique d’Emmanuel Macron…

Laure Cometti

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Montage 20 Minutes / MIGUEL MEDINA / AFP // NICHOLAS KAMM / AFP

Il a insisté, et cela a payé. Emmanuel Macron, qui avait invité Donald Trump au défilé du 14-Juillet lors du sommet de l’Otan le mois dernier, a relancé mardi soir le président des Etats-Unis. Cette fois, c’est par téléphone qu’il a convié son homologue américain à assister à cette cérémonie très symbolique à Paris. Un coup de fil annoncé par l’Elysée ce mercredi matin, qui a déclenché de multiples réactions et commentaires sur la diplomatie « macronienne ». Quelques heures après, la présidence a annoncé que le président américain avait accepté cette invitation. Mais pourquoi Emmanuel Macron a-t-il à nouveau invité Donald Trump pour le 14-Juillet ?

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Un prétexte historique pour un « joli coup politique et médiatique »

Du côté de la présidence, on indique que cette invitation « a été décidée bien avant l’accession au pouvoir » du fondateur d’En marche !. Le principe aurait été acté à l’automne 2016 sous le quinquennat de François Hollande, comme le relate L’Opinion, pour célébrer le centième anniversaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis sur le sol français, en 1917. Cela tombe bien pour le nouveau président français qui réalise là un « joli coup politique et médiatique », estime Pascal Boniface, directeur fondateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Car s’il s’agit en effet de commémorer un centenaire, motif mis en avant par l’Elysée, Isabelle Davion, historienne et maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne, perçoit d’autres bénéfices de cette invitation « plurivoque ». « On demande à Donald Trump de venir rendre hommage aux valeurs de la Révolution française et aux principes des Lumières cristallisés par le 14-Juillet », estime la spécialiste de la diplomatie.

Par ailleurs, « il s’agit d’un défilé militaire, il y a une volonté de montrer la puissance armée de la France ». Pour rappel, les deux chefs d’Etat y étaient chacun allés de leur commentaire sur leur première poignée de main au sommet de l’Otan en mai. « Macron veut montrer qu’il n’a pas peur du contact, qu’il ne va ni ostraciser un Etat, ni céder à ses exigences », observe Pascal Boniface.

Des « retombées positives » pour Macron

Enfin, cette visite de Donald Trump peut avoir des « retombées positives » pour le président français selon l’historienne. « Trump est à la tête de la première puissance mondiale. Dans une société internationale, on est puissant de la puissance de ses alliés ». L’image des deux chefs d’Etat à la tribune lors du défilé militaire aura une portée médiatique et politique sur l’échiquier international, alors que l’Elysée a annoncé mardi que les deux pays envisagent de « travailler à une réponse commune en cas d’attaque chimique en Syrie ». Et tant pis si cette invitation suscite la surprise, voire de vives critiques, chez ceux qui avaient saluéla réaction de l’Elysée après le retrait des Etats-Unis des accords de Paris.

En revanche, Nicolas Dupont-Aignan a salué cette annonce sur Twitter.

« C’est probablement le président américain le plus détesté de l’histoire par les Français, et pourtant on l’invite à la Fête nationale », résume un diplomate cité par Europe 1. « Les Etats-Unis sont un pays ami de la France. cette histoire n’a pas vocation à être démentie. Il peut y avoir des désaccords, sur les questions climatiques notamment, mais sur d’autres sujets il y a des convergences de vue », résume l’Elysée.

Ce ne sera pas la première fois que la venue d’un chef d’Etat étranger au défilé du 14-Juillet fait grincer des dents. En 2008, Nicolas Sarkozy avait envoyé un carton d’invitation au Tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, à l’Egyptien Hosni Moubarak et au Syrien Bachar-el-Assad. Plus récemment, la venue du président mexicain en 2016 avait aussi été critiquée par des associations de défense des droits de l’homme.