VIDEO. Assemblée: Affirmation de soi, transparence...Les quatre défis du président François de Rugy

ELECTION Elu président de l’Assemblée nationale, le député LREM François de Rugy a plusieurs chantiers au programme alors qu’il doit rester deux ans et demi à ce poste prestigieux…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le député LREM François de Rugy élu président de l'Assemblée nationale le 27 juin 2017 à Paris
Le député LREM François de Rugy élu président de l'Assemblée nationale le 27 juin 2017 à Paris — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Président de l’Assemblée nationale, un poste qui en jette - quatrième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire - mais aussi de lourdes responsabilités. L’heureux élu s’appelle François de Rugy, ex-écolo rallié au PS avant de rejoindre La République en marche (LREM). Le député de Loire-Atlantique a été élu ce mardi président de l’Assemblée, succédant au socialiste Claude Bartolone. Le quadra aura deux ans et demi pour mettre en œuvre les réformes qu’il a promis. Retour sur quatre grands défis du nouveau « boss » de l’hémicycle…

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Le « monsieur loyal » de l’hémicycle…

C’est le rôle le plus connu du grand public : le président de l’Assemblée nationale, assis au « perchoir » face aux députés, donnant la parole à l’un, interrompant un autre trop bavard, reprenant un autre turbulent, ou usant du marteau pour appeler au calme… Les séances de questions orales au gouvernement les mardis et mercredis sont généralement les plus animées. Et dans cette assemblée qui accueille des élus réputés pour être des grandes gueules - dont la frontiste Marine Le Pen ou les Insoumis, Jean-Luc Mélenchon ou Alexis Corbière - la tâche s’annonce délicate. « François de Rugy est élu depuis 2007, il a été vice-président de l’Assemblée nationale [2016-2017]. Je suis sûre qu’il sera parfaitement à l’aise dans l’hémicycle car il a l’expérience », souligne Sandrine Mazetier, ex-vice-présidente PS de l’Assemblée nationale. « Quant aux séances des questions au gouvernement, elles sont un vaste théâtre mais cela n’est pas représentatif des députés qui sont généralement bien élevés », précise l’ancienne députée.

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… qui va devoir « s’affirmer pour exister »

Du haut de son « perchoir » et dans les couloirs de l’institution, l’un des défis pour François de Rugy sera de « s’affirmer pour exister », relève Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en communication politique à l’université de Bourgogne-Franche Comté. « François de Rugy est un quasi-inconnu du public. Et il n’a pas brillé comme candidat à la primaire PS [au début de l’année], apparaissant mollasson. Face aux grands fauves de l’hémicycle, il est au défi d’affirmer sa personnalité pour exister et pouvoir travailler. Car sa mission de présider une assemblée morcelée entre huit groupes parlementaires va être très compliquée », ajoute Alexandre Eyries.

Réorganisation du travail parlementaire

Le travail du président de l’Assemblée ne se limite pas à l’hémicycle, et c’est à l’ombre des médias que s’effectue souvent le processus de création des textes de loi. Pour son premier discours au « perchoir » mardi, François de Rugy a souhaité « une assemblée démocratique et plus efficace [pour] agir mieux et plus vite ». « L’un des grands défis du président est de revaloriser ce travail parlementaire qui est souvent décrié, notamment pour sa lenteur », souligne l’ex-vice-présidente de l’Assemblée, Sandrine Mazetier. Un chantier de longue haleine mais qui sera limité à deux ans et demi, une durée décidée par le groupe LREM mardi matin. « Ce type de rotation des postes vient du parlement européen et ce n’est pas pénalisant à mon avis », estime le politologue Thomas Guénolé, chercheur associé à l’Iris. « Lancer un cycle de réformes prend un an, son implémentation une autre année. On fait ensuite les comptes et on change si cela ne va pas. Cela évite les pannes de mi-mandat, quand l’exécutif perd son souffle », précise-t-il encore.

Transparence et lutte contre les conflits d’intérêts

Selon Thomas Guénolé, d’autres sujets « autrement plus compliqués à gérer » s’amoncellent pour le nouveau président de l’Assemblée nationale. « Il lui sera compliqué de réussir à appliquer la transparence dans la vie politique car il y a de grandes résistances, comme l’ont montré les déclarations de patrimoines des députés qui pour certaines étaient intentionnellement illisibles », rappelle-t-il. « La moralisation et la transparence de l’institution qui a parfois pris ses aises avec la légalité représentent de grands défis pour François de Rugy. Et il y a une énorme pression de la part des citoyens », souligne l’enseignant-chercheur Alexandre Eyries, qui estime qu’un nouveau scandale carboniserait la majorité.

Plus difficile encore, figure le défi de mettre fin aux conflits d’intérêts dans l’institution. « On parle beaucoup des assistants parlementaires mais le vrai scandale réside dans les conflits d’intérêts des élus », argue Thomas Guénolé. « Il s’agit de ces députés qui ont un passé dans des entreprises, ou qui ont des connexions familiales avec elles, et qui sont donc proches des groupements d’intérêts particuliers. Il y a aussi le scandale lié à cette facilité donnée aux députés de devenir avocats. Sous le sceau de la confidentialité, certains se vendent à des intérêts particuliers, devenant lobbyistes à plein-temps auprès de leurs collègues parlementaires. C’est un énorme sujet qui, je pense, ne devrait pas être résolu par le nouveau président de l’Assemblée nationale ». Jour 1 pour François de Rugy, et déjà de gros chantiers en perspective…