LREM place Rugy au «perchoir» et tant pis pour le «symbole fort» d'une femme à la présidence de l'Assemblée

ASSEMBLÉE Dans les couloirs de l’Assemblée, l’élection de François de Rugy à la présidence de l’Assemblée nationale a déclenché de nombreuses critiques…

Laure Cometti

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François de Rugy le 27 juin 2017 à l'Assemblée nationale.
François de Rugy le 27 juin 2017 à l'Assemblée nationale. — PATRICK KOVARIK / AFP
  • François de Rugy, député de Loire-Atlantique, a été élu président de l'Assemblée nationale ce mardi par un hémicycle à 47% féminin (son record historique).
  • Malgré les promesses de parité de la majorité présidentielle, ce poste n'a pas été confié à une femme (ce qui aurait constitué une première historique).
  • Par ailleurs, les sept groupes parlementaires sont dirigés par des hommes, ce qui suscite des critiques de nombreuses élues.

C’est une élection sans suspense qui a suscité de nombreuses critiques. François de Rugy, écologiste désormais En marche !, a été désigné ce mardi président de l’ Assemblée nationale à l’issue du premier vote des 577 députés élus les 11 et 18 juin derniers. Candidat du groupe majoritaire dans l’hémicycle, l’élu de La République en marche (LREM) a obtenu 353 voix. Il l’a emporté face à trois candidates, devenant ainsi le treizième président du Palais-Bourbon de la Ve République et le dernier d’une série exclusivement masculine. Alors que l’Assemblée n’a jamais compté autant de femmes (47 %), cette élection a été très critiquée par l’opposition.

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Un « symbole fort » pour Castaner

Au sommet de l’Etat, pourtant, on communiquait depuis plusieurs semaines sur la possibilité qu’une députée accède pour la première fois à cette prestigieuse fonction. Il y a une semaine, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, estimait que le choix d’une femme pour ce poste serait « un symbole fort ». Dès ce mardi matin, le « symbole » a été écarté puisque le groupe de députés LREM a choisi le député de Loire-Atlantique pour être son candidat à la présidence de l’Assemblée.

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« La parité était respectée au niveau des candidatures », se défend la députée et première vice-présidente du groupe LREM Coralie Dubost. « Nous avions quatre candidats, deux hommes et deux femmes. » Sur 301 votants, l’ex-écologiste a obtenu 153 voix contre 59 pour Sophie Errante, 54 pour Brigitte Bourguignon, autre candidate issue du PS, et 32 pour Philippe Folliot (venu de l’UDI).

« Ce qui est important, c’est la parité au global »

« Il a été choisi pour ses compétences », insiste Coralie Dubost. Et d’espérer : « C’est quelqu’un qui porte la cause féministe. Et puis les femmes occuperont des postes importants au sein des commissions et comme rapporteurs. Ce qui est important, c’est la parité au global », assure-t-elle.

Richard Ferrand a promis ce mardi, un peu avant l’élection de François de Rugy, de respecter « la parité parfaite » à la tête des commissions et au bureau de l’Assemblée. Les députés LREM se sont d’ailleurs engagés à céder leur fonction au sein des bureaux du groupe et de l’Assemblée à mi-mandat, dès Noël 2019. Une femme pourrait éventuellement remplacer François de Rugy au « perchoir » et Richard Ferrand à la tête du groupe parlementaire LREM.

« Un milieu vraiment macho »

En attendant, aucun des sept groupes de cette nouvelle Assemblée n’est dirigé par une femme et les élues de l’opposition ont vivement réagi ce mardi. La députée Les Républicains Laure de la Raudière, candidate malheureuse à la présidence de l’Assemblée croisée dans la salle des quatre colonnes, déplore un choix « dommageable pour la parité ». « C’est un milieu vraiment macho », estime-t-elle.

Pour la députée de La France insoumise, Danièle Obono, il y a eu « beaucoup de battage » de la part de LREM sur l’éventualité d’une présidente de l’hémicycle. L’élection d’un homme n’est, selon elle, « pas une surprise », elle « reflète les réalités des inégalités salariales, de la sous-représentation des femmes dans les lieux de pouvoir ».

Le parti d’Emmanuel Macron, qui a fait de l’égalité entre les sexes l’un de ses chevaux de bataille de campagne, est attendu au tournant par ses opposants qui le taxent de n’afficher qu’une « parité de façade ». La composition des gouvernements Philippe 1 et 2 a déclenché des critiques similaires, certains arguant que les ministères clés restent entre les mains d’hommes politiques.