Législatives: «Je ne vais quand même pas aller voter tout en sachant que je participe à ma propre et lente "exécution"»

VOUS TEMOIGNEZ Les électeurs FN et de La France insoumise sont ceux qui se sont le plus abstenus au premier tour des législatives. Ils nous expliquent pourquoi…

Charlotte Murat

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Un panneau électoral en mai 2017
Un panneau électoral en mai 2017 — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Les électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ont été les plus nombreux à s’abstenir au premier tour des législatives.
  • Nous leur avons demandé pourquoi.
  • Certains estiment que cette élection ne sert à rien ou ont été déçus par leur candidat.
  • D’autres estiment qu’il ne faut pas faire barrage au président nouvellement élu, trouvent leur candidat local mauvais ou regrettent l’absence de proportionnelle.

51,29 %. Un record absolu. L’abstention pour le premier tour des élections législatives n’a jamais été aussi forte sous la Ve République. Elle a même été particulièrement criante chez les électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, selon l’Institut Ipsos. 53 %* des électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, 57 %* des électeurs de Marine Le Pen ne sont pas allés voter aux législatives, révèle l’institut. Résultat, le FN, pourtant présent au second tour de l’élection présidentielle, n’est même pas assuré de constituer un groupe parlementaire, puisque le parti n’obtiendrait qu’entre un et dix sièges. Tandis que La France insoumise, dont la campagne audacieuse (coucou, le coup des hologrammes) lui a permis de mettre au tapis le PS, avec près de trois fois plus de voix à la présidentielle, peut espérer entre 10 et 23 fauteuils.

Comment expliquer cette désertion des électeurs FN et de La France Insoumise aux législatives ? Nous avons posé la question sur la page Facebook de 20 Minutes.

« Ça ne sert à rien »

« J’ai regardé un Espagnol donner une leçon de tennis », plaisante Olivier, qui estimait sans doute qu’il avait beaucoup mieux à faire que de se déplacer dans son bureau de vote. Chacun jugera de la validité des excuses Roland-Garros et météo. Mais Hugues, lui, n’est pas choqué que les électeurs FN et de La France insoumise se soient abstenus. « Ils sont généralement les moins aisés, des ouvriers, des employés et des inactifs. Ils estiment se battre dans le vide, ils sont las, fatigués. Ça n’en fait pas des méchants communistes ou des fascistes qui sont restés au frais dimanche, mais juste des gens qui n’ont plus du tout d’espoir et qui ne s’attendent plus à être écoutés. » Voter aux législatives, « ça ne sert à rien », une idée partagée par Sarah ou encore Kévin.

Guillaume et Maurice, eux, étaient bien partis pour voter FN. Jusqu’à un certain 4 mai 2017. La prestation de Marine Le Pen lors du débat de l’entre-deux tours les a convaincus de ne plus se déplacer. « N’importe quel agent de communication, ou même un gamin de 15 ans, aurait fait mieux qu’elle, estime Guillaume. Elle a humilié et trahi les Français qui sont encore un peu attachés à la France. Il ne reste alors plus aucun parti qui représente la France, donc je m’abstiens aux législatives. Je ne vais quand même pas aller voter tout en sachant que je participe à ma propre et lente "exécution". »

Ne pas faire barrage au président élu

A côté des déçus, il y a les bons perdants ou les résignés. Ceux qui pensent que si Macron a été élu, autant qu’il ait une majorité pour pouvoir appliquer son programme. « J’ai voté à la présidentielle pour l’un des deux cités, révèle Johanna, – sans pour autant aller jusqu’à dire pour lequel –, car il ou elle proposait un changement radical. Puis Macron a été élu démocratiquement. Je me suis abstenue au premier tour des législatives car il ne faut pas lui faire barrage et lui laisser appliquer son programme, en espérant qu’on ne va pas droit dans le mur. » Une analyse partagée par Kévin, qui estime que « voter aux législatives contre le parti élu à la présidentielle, c’est contre-productif pour le pays ».

Ça, c’est pour ceux qui raisonnent en termes de politique nationale. Hugues rappelle qu’« il ne faut pas oublier de prendre en compte les problématiques de chaque circonscription. Si les électeurs FN ou La France insoumise estiment que le député de leur camp n’apporte pas de solutions aux problèmes, ils ne voteront pas pour lui. » CQFD. Pample Mousse, lui, aurait bien voté pour La France insoumise comme à la présidentielle, sauf qu’« aucun candidat La France insoumise ne se présentait dans ma circonscription ». Abstentionniste malgré lui, donc.

Introduire de la proportionnelle

Alors que faire pour convaincre les électeurs d’aller voter ? Yoann propose d’organiser les élections en semaine, et non plus le dimanche. « Ce serait un bon moyen de faire de l’éducation civique et populaire au sein des collectivités et des entreprises », estime-t-il. Stephy, lui, ressort le vieux cheval de bataille de Marine Le Pen et de Mélenchon : la proportionnelle. « Je voterai aux législatives, le jour où l’Assemblée nationale sera correctement représentée », vocifère-t-il. Ce débat risque bien de ressurgir au soir du second tour.

* Sondage réalisé en ligne du 7 au 10 juin auprès d’un échantillon de 4 003 personnes inscrites sur les listes électorales, constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.