Législatives: A Yerres, Nicolas Dupont-Aignan plombé par son soutien au FN

CAMPAGNE A Yerres dans l’Essonne, les habitants sont divisés à propos de leur maire Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, député de la 8e circonscription de l'Essonne qui brigue un cinquième mandat à l'Assemblée…

Anne-Laëtitia Béraud

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Paris, le 29 avril 2017. - Marine Le Pen annonce que Nicolas Dupont-Aignan sera son Premier ministre si elle remporte l'élection présidentielle.
Paris, le 29 avril 2017. - Marine Le Pen annonce que Nicolas Dupont-Aignan sera son Premier ministre si elle remporte l'élection présidentielle. — SIPA
  • Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, maire de Yerres, député sortant de la 8e circonscription de l’Essonne, brigue un cinquième mandat à l’Assemblée nationale.
  • L’ex-candidat à la présidentielle, qui a apporté son soutien à la candidate du Front national Marine Le Pen durant l’entre-deux tours, a depuis lors rompu cette alliance.
  • A Yerres, à trois jours du premier tour, les habitants estiment que cette prise de position a marqué Nicolas Dupont-Aignan et sa campagne électorale.

De notre envoyée à Yerres,

A trois jours du premier tour des élections législatives, Yerres, dans le nord de l’Essonne, se la coule douce sous le soleil. Ce jeudi, une grosse vingtaine d’anciens combattants, d’élus et d’anomynes rend hommage aux morts pour la France en Indochine, entre dépôts de gerbes et défilé dans la commune de 30.000 habitants. Mais il ne faut pas longtemps pour évoquer LE cas Nicolas Dupont-Aignan : président de Debout la France (DLF), maire de Yerres depuis 1995, le député sortant de la huitième circonscription de l’Essonne brigue un cinquième mandat à l’Assemblée*. Candidat défait au premier tour de la présidentielle, le chef de la formation souverainiste a annoncé, le 28 avril, faire alliance avec la candidate du Front national Marine Le Pen. Un message qui a ébranlé DLF, provoquant des défections parmi les soutiens du gaulliste revendiqué. Plusieurs manifestations se sont depuis lors tenues dans la commune à l’appel des  « Idiots utiles », afin de marquer une opposition à cette  brève coalition de Nicolas Dupont-Aignan et du FN.

Panneaux électoraux situés rue de Concy à Yerres (Essonne), le 8 juin 2017.
Panneaux électoraux situés rue de Concy à Yerres (Essonne), le 8 juin 2017. - A.-L.BERAUD/20 Minutes

Moins d’un mois après ce soutien d’entre-deux tours, l’alliance entre les deux formations est rompue selon Nicolas Dupont-Aignan. Chaque parti présente ses candidats aux élections législatives des 11 et 18 juin. A Yerres, personne n’a cependant oublié cet épisode entre Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen. Sur la place de l’église Saint-Honest, William, 66 ans, sirote son café au soleil. Longtemps habitant de Yerres désormais installé sur la commune voisine de Brunoy, l’homme s’oppose à son député. « La morale et la logique voudraient que Nicolas Dupont-Aignan perde ces élections. Il aurait dû demander aux habitants ce qu’ils en pensaient avant de se rallier au FN. Il a utilisé nos voix des habitants à son compte », lâche-t-il, critiquant la personnalité « narcissique, à l’ego démesuré » de l’ex-candidat à la présidentielle.

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« Nicolas Dupont-Aignan va y perdre quelques plumes »

En face du café, devant le monument aux morts où se déroule l’hommage du jour, le ton est différent. Françoise Aublet, élue de Yerres pendant treize ans, estime que « la campagne a été chaotique mais les choses se sont quand même aplanies », ajoutant qu’« un noyau dur d’habitants de Yerres est très attaché à son maire ». La retraitée garde confiance pour ces législatives : « Je continue d’y croire même si cette élection reste un point d’interrogation et que Nicolas Dupont-Aignan va y perdre quelques plumes. Mais quoi que l’on en dise, ce sont les électeurs qui jugeront ». Bernard, 81 ans, espère que « cela se passera bien cette élection, malgré les difficultés liées à cette histoire avec le FN… ». Cet ancien de l’Algérie pense cependant que son candidat sera au second tour.

Au premier plan, Gérard Bouthier, adjoint au maire chargé des travaux, et Olivier Clodong (avec les lunettes), premier adjoint au maire de Yerres, le 8 juin 2017 lors de l'hommage aux morts pour la France en Indochine, sur la place du 19 mars 1962 à Yerres (Essonne)
Au premier plan, Gérard Bouthier, adjoint au maire chargé des travaux, et Olivier Clodong (avec les lunettes), premier adjoint au maire de Yerres, le 8 juin 2017 lors de l'hommage aux morts pour la France en Indochine, sur la place du 19 mars 1962 à Yerres (Essonne) - A.-L.BERAUD/20 Minutes

Revêtu de son écharpe tricolore, le premier adjoint au maire de Yerres Olivier Clodong suit l’hommage aux morts avant de papoter avec les élus. Bras droit de Nicolas Dupont-Aignan dans la commune, ex-directeur de sa campagne, l’homme a quitté Debout la France après l’annonce du soutien à Marine Le Pen. Olivier Clodong ne regrette pas ce choix. Mais pour ces législatives, Nicolas Dupont-Aignan reste son candidat. « Je fais la part des choses entre une position nationale et le travail dans la circonscription. Parmi tous les prétendants, Nicolas Dupont-Aignan est et reste le meilleur candidat. Son travail va dans l’intérêt des habitants », affirme l’élu qui pourrait bénéficier, en cas de victoire de Nicolas Dupont-Aignan à l’Assemblée, du siège de maire de Yerres.

« Qui me dit qu’un nouvel accord ne pourrait pas se faire ? »

A quelques pas, Gérard Bouthier, adjoint chargé des travaux, reste mesuré : « Cette campagne des législatives, je ne l’ai pas faite. Je n’y étais d’ailleurs pas obligé. Chacun fait des choix. Nicolas Dupont-Aignan fait les siens, je fais les miens à un moment donné. » Quant aux autres candidats à ces législatives, l’élu en connaît « deux-trois » : « cela ne fait pas beaucoup alors qu’ils sont quatorze [sans compter Nicolas Dupont-Aignan] ». « Nous qui sommes sur le terrain tout le temps, je me demande bien si les habitants les connaissent tous… », souligne-t-il.

La permanence de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, maire de Yerres et député dans l'Essonne, le 8 juin 2017 à Yerres
La permanence de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, maire de Yerres et député dans l'Essonne, le 8 juin 2017 à Yerres - A.-L.BERAUD/20 Minutes

Au parc Caillebotte, c’est l’heure de la pause de midi. Cécile va bientôt retourner au travail. Elle désapprouve le soutien son maire durant l’entre-deux tours avant de s’interroger : « Nicolas Dupont-Aignan a toujours dit qu’il n’était pas FN. Mais si cette alliance est aujourd’hui terminée, qui me dit qu’un nouvel accord ne pourrait pas se faire ? »

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Mercredi, Nicolas Dupont-Aignan a annoncé qu’il exclurait de siéger avec des députés FN en cas de victoire aux législatives, au nom de son indépendance. Ce même jour, Nicolas Bay, directeur de la campagne au FN, a quant à lui estimé que le « rassemblement de second tour aux législatives [avec les candidats Debout la France] pourra se faire afin de battre, à chaque fois que c’est possible, les candidats d’Emmanuel Macron ».

*Les autres candidatsdans la 8e circonscription de l’Essonne sont Fayçal Laaraj, Carla Robinet (UPR), Antoine Pavamani (LREM), Irvin Bida (LR-UDI), Geneviève Morin (PCF), Kilé-Olivier Yenge, Farid Ghehioueche, Jacques Cajat, Christophe Joseph (MRC), Faten Ben Ahmed (PS), Yannis Hagel, Jérôme Flament, Laurent Tournier (LO), Benjamin Boucher (FN).