Affaire Karachi: L'ancien Premier ministre Edouard Balladur mis en examen

JUSTICE Des soupçons de rétrocommissions planent sur le dossier du financement de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995…

Manon Aublanc avec AFP

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Edouard Balladur, au Centre Georges-Pompidou, le 3 décembre 2013.
Edouard Balladur, au Centre Georges-Pompidou, le 3 décembre 2013. — ISA HARSIN/SIPA

Édouard Balladur a été mis en examen par la Cour de justice de la République (CJR) dans le volet ministériel de l’affaire Karachi, soupçonné d’avoir financé une partie de sa campagne présidentielle de 1995 grâce à des rétrocommissions sur des contrats d’armement, a-t-on appris ce mardi de source proche de l’enquête, confirmant une information du Canard enchaîné, publiée ce mardi matin.

Les avocats de Balladur vont « contester cette décision devant la Cour de cassation »

Entendu ce lundi par la commission d’instruction de la CJR, l’ex-Premier ministre, 88 ans, a été mis en examen pour « complicité d’abus de biens sociaux et recel », a précisé cette source à l’AFP. Dans un communiqué transmis à l’AFP, Édouard Balladur a annoncé avoir « demandé à ses avocats de contester cette décision devant la Cour de cassation ». « La décision de la commission d’instruction ne tire aucune conséquence de la validation du compte de campagne par le Conseil constitutionnel en octobre 1995, non plus que de l’ancienneté des faits, vieux de vingt-trois ans », estime l’ancien rival de Jacques Chirac.

Le 8 mai 2002, une voiture piégée précipitée contre un bus transportant des salariés de la Direction des chantiers navals (DCN) avait explosé à Karachi, tuant quinze personnes dont onze employés français et en blessant douze autres. Tous travaillaient à la construction d’un des trois sous-marins Agosta vendus en 1994 au Pakistan par la France, sous le gouvernement d’Édouard Balladur.

La CJR, habilitée à juger des délits commis par des membres du gouvernement dans l’exercice de leur fonction

L’enquête, qui privilégiait au départ la piste d’Al-Qaïda avant de s’en éloigner en 2009, a conduit à révéler l’affaire d’un financement occulte présumé dont aurait bénéficié l’ex-Premier ministre, alors candidat à la présidentielle de 1995. La CJR, seule instance habilitée à juger des délits commis par des membres du gouvernement dans l’exercice de leur fonction, avait été saisie en juin 2014 pour enquêter sur le rôle joué par Édouard Balladur et son ministre de la Défense à l’époque, François Léotard.

Alors que leur défense avait tenté de faire jouer la prescription, la CJR leur avait donné tort en septembre, estimant que le délai de prescription n’avait pas démarré en 1995 mais en 2006, date à laquelle le procureur avait eu connaissance du rapport « Nautilus ». Dans ce rapport, un ancien membre des services de renseignement estimait que l’attentat de Karachi avait été décidé en rétorsion à la décision de Jacques Chirac de cesser le versement de commissions à des responsables pakistanais sur des contrats d’armement. Cette note évoquait des rétrocommissions pour financer la campagne d’Édouard Balladur.