Gouvernement: François Bayrou, la revanche de l'éternel 3e homme qui devient ministre de la Justice

GOUVERNEMENT Le maire de Pau retrouve une place au gouvernement 24 ans après sa première nomination…

Dorian Debals

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François Bayrou a rallié Emmanuel Macron avant le premier tour de la présidentielle.
François Bayrou a rallié Emmanuel Macron avant le premier tour de la présidentielle. — Eric FEFERBERG / AFP

Sa traversée du désert a duré plus de vingt ans… François Bayrou, actuel maire de Pau, redevient ministre dans le gouvernement d’Edouard Philippe, en charge de la Justice.

Après avoir durement critiqué Emmanuel Macron, «  le candidat des forces de l’argent » selon lui, son ralliement spectaculaire avant le premier tour a boosté la campagne du candidat d ’En marche ! Avec son élection sur une ligne « ni droite, ni gauche », Emmanuel Macron a réussi là où le fondateur du MoDem a systématiquement échoué.

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2002, 2007, 2012 : trois fois candidat et jamais au second tour. Mais persuadé qu’il y a un espace électoral pour le centre en France. On aurait pu croire François Bayrou définitivement carbonisé après son soutien à François Hollande face à Nicolas Sarkozy au second tour de 2012, qui lui avait valu les foudres des membres de l’UMP d’alors. On le croyait bon pour un retrait de la scène politique nationale, lui l’homme qui avait - enfin - réussi à conquérir péniblement Pau et dont le mouvement ne comptait que deux malheureux députés à l’Assemblée nationale. Il revient avec fracas aux premières loges du pouvoir aujourd’hui.

Pas un homme pressé 

Le parcours de François Bayrou, une des plus grandes énigmes du paysage politique français contemporain, est avant tout celui d’un amoureux des lettres. Une proximité de plus avec le nouveau président de la République ? Enfant de mai 68, année où il obtient le baccalauréat, le jeune François entre en prépa littéraire (hypokhâgne et khâgne) avant d’obtenir, à 23 ans (!) l’agrégation de lettres classiques. C’est à cet âge qu’il doit faire face à une première épreuve de la vie : il perd son père. Il doit alors gérer seul l’exploitation agricole familiale. De cette période lui viendra la passion des chevaux, dont il fait l’élevage grâce aux droits d’auteurs perçus pour sa biographie d’Henri IV. Un roi cher à François Bayrou et dont une des devises va le marquer à vie : « ce qui doit arriver ne peut pas manquer ». La mystique est depuis toujours présente chez l’enfant du Béarn qui, à 25 ans, confiait à son ami Jean Lassalle qui venait de prendre, en 1977, la mairie de son village, « je vais avoir besoin de toi, j’envisage de devenir président de la République. »

Il reçoit des gifles… et en donne

Après avoir été professeur de français durant dix années malgré son bégaiement, François Bayrou est élu conseiller général des Pyrénées-Atlantiques à 30 ans. C’est avec Edouard Balladur qu’il entre dans la « grande » politique. Devenu, à tout juste 40 ans, ministre de l’Education nationale, il y reste 4 ans. Avant de prendre ses distances avec le RPR et d’endosser le rôle de sauveur de l’UDF, le parti de centre-droit créé par Valéry Giscard d’Estaing.

Il se présente à l’élection présidentielle pour la première fois en 2002 et fait 6 %. Une gifle, qui fait écho à celle qu’il a administré pendant la campagne à un jeune garçon qui lui faisait les poches à l’occasion d’un meeting à Strasbourg. Une scène restée dans les mémoires, et qui contribuera à lui donner de l’épaisseur. Sa marionnette sympathique et naïve des Guignols l'encrera un peu plus dans la psyché des français, bien qu'il la vive plutôt mal. Car cinq ans plus tard il déjoue les pronostics et se hisse en troisième position de l’élection présidentielle avec 18 % des voix. Il crée dans la foulée un nouveau parti centriste, le MoDem. C’est, croyait-on jusqu’à il y a quelques semaines, l’apogée de sa carrière politique.

Car en 2012 il ne réalise que la moitié de son score de 2002. Surtout, il se met toute la droite à dos en appelant à voter contre Nicolas Sarkozy au deuxième tour. Battu aux législatives, il disparaît quasiment de la scène politique nationale avant d’être élu maire de Pau en 2014, bien aidé par un alignement des planètes inespéré. En 2017, après avoir hésité à se présenter une quatrième fois à la présidentielle, il affiche son soutien à Alain Juppé, finalement battu à la primaire de la droite et du centre.

Ce fervent catholique, un des premiers hommes politiques à avoir mis en garde contre la dette souveraine de la France, fait donc aujourd’hui un retour tonitruant au premier plan. Il avait de toute façon déjà gagné son pari, en imposant pas moins de 95 investitures de candidats du MoDem à la République en Marche. Un appétit qui a agacé le nouveau président, qui aurait lâché : «  il veut jouer le président délégué, mais ça ne se passe pas comme ça avec moi ». A bon entendeur…