Marion Maréchal-Le Pen abandonne la vie politique: Une tuile pour le FN?

POLITIQUE Spoiler: la réponse est oui...

Anissa Boumediene

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Marion Maréchal-Le Pen annonce se retirer de la vie politique.
Marion Maréchal-Le Pen annonce se retirer de la vie politique. — RTL-BOE/RTL/SIPA

Elle prend sa retraite à 27 ans. Quelques jours à peine après la nette défaite de sa tante au second tour de la présidentielle, Marion Maréchal-Le Pen a annoncé son retrait de la vie politique, affaiblissant un peu plus un Front national et une Marine Le Pen fragiles à l’approche des législatives.

Dans une lettre parue dans Vaucluse Matin ce mercredi, la benjamine de l’Assemblée nationale annonce qu’elle « sort quelque temps » du monde politique, « aspirant à travailler » dans « le monde de l’entreprise » mais aussi à « consacrer plus de temps » à sa vie familiale. Un départ que «  regrette profondément » sa tante, et qui ne devrait pas être sans conséquences pour sa famille politique.

Une décision liée à l’échec électoral ?

« Si nous voulons rendre ses lettres de noblesse à la politique, il faut prouver aux Français qu’il existe aussi des élus libres et désintéressés refusant de s’accrocher coûte que coûte à leur statut et à leurs indemnités », justifie celle qui souhaite aussi consacrer plus de temps à sa petite fille. La benjamine du clan Le Pen quitte donc son mandat de cheffe FN de l’opposition au Conseil régional de Paca et renonce à briguer un nouveau mandat de députée du Vaucluse. A de nombreuses reprises, la jeune femme avait exprimé son envie de se lancer dans le privé et de s’occuper de sa vie familiale. « Je l’avais interrogée en 2014 et déjà, elle m’avait fait part de son souhait de quitter la vie politique », se souvient Christèle Marchand-Lagier, maître de conférences en science politique à l’université d’Avignon et spécialiste du vote FN, qui voit dans ce choix «  une décision longuement réfléchie ».

Mais la défaite de son parti à la présidentielle n’est sans doute pas étrangère à cette décision. Et au soir du second tour, la jeune parlementaire frontiste ne cachait pas son mécontentement. « Il y a forcément une part de déception, ce serait malhonnête de dire le contraire », reconnaissait-elle, estimant qu’il serait nécessaire de « réfléchir à ce qu’il y a eu de positif et de négatif dans cette élection ».

Un FN divisé et en difficultés

Fragilisé par la défaite, « le FN perd là une candidate qui avait un profil très important à la fois sur AU plan national et local, explique Gilles Ivaldi, chercheur au Centre national de la recherche scientifique ( CNRS), spécialiste de l’extrême droite. C’est un coup dur pour le parti, surtout au lendemain de l’échec du FN à la présidentielle, qui peut entraîner une démobilisation des militants ».

La défection de Marion Maréchal-Le Pen tombe d’autant plus mal que le parti est déjà en déconfiture et pas seulement à cause de son échec électoral. Au cours des derniers mois, « le FN n’a pas échappé aux difficultés des partis traditionnels, qu’il s’agisse des problèmes de ligne stratégique à tenir, de manque de cohérence, de divisions internes ou encore sur le plan des affaires judiciaires ». Une mauvaise série pour le FN et pour la candidate défaite au second tour. Car l’ambiance n’est pas des plus chaleureuses dans les rangs du parti, où règne une franche division. « Le FN est aujourd’hui très divisé, notamment sur la ligne stratégique, qui oppose Florian Philippot – et en filigrane Marine Le Pen – à Marion Maréchal-Le Pen », confirme le chercheur. Cette dernière avait d’ailleurs laissé poindre sa lassitude liée à ces relations compliquées, alors que sa tante Marine Le Pen l’avait ouvertement jugée trop « inexpérimentée » pour devenir ministre de son gouvernement en cas de victoire. « Son départ vient nourrir l’image ambiante de division au parti, qui se retrouve affaibli », ajoute Gilles Ivaldi.

Des conséquences nationales et surtout locales

S’il est un déçu, c’est bien Jean-Marie Le Pen, qui partage nettement plus les idées de Marion que celles de Marine. Pour lui, le choix de sa petite-fille d’abandonner la politique relève ni plus ni moins d’une « désertion » de « l’une des vedettes les plus aimées et admirées du mouvement », aux conséquences potentielles « terribles ». « Le FN perd sa seule vraie députée aux couleurs FN, Gilbert Collard étant aparenté FN (Rassemblement bleu Marine), indique d’ailleurs Gilles Ivaldi. Il perd aussi une égérie nationale et régionale. Marion Maréchal-Le Pen, c’est un peu la reine FN du sud de la France, plaisante à peine le chercheur. Le parti perd un gros atout pour les législatives, parce qu’elle aurait pu dynamiser et porter localement la campagne, aider des petits candidats de circonscriptions voisines à briser le plafond de verre et gagner leur ticket d’entrée au palais Bourbon ».

« C’est indéniablement une perte pour le FN au plan local : Marion Maréchal-Le Pen est une figure de référence dans le Sud-Est, où elle a su acquérir popularité et notoriété, abonde Christèle Marchand-Lagier. Là-bas, elle est l’incarnation de la ligne droitière du FN, et elle a su établir un lien étroit avec ses militants ». Pour la spécialiste de l’extrême-droite et du vote FN, le retrait de la vie politique de la jeune femme soulève « de nombreuses incertitudes pour le parti. Jusque-là, elle rassemblait sur son nom, qu’il s’agisse d’électeurs de la droite traditionaliste ou encore de jeunes électeurs un peu perdus entre la gauche et la droite qui se sont laissés séduire par son discours. Elle va laisser un vide que sa tante ne saura pas remplir ».

D’ailleurs, plusieurs élus FN ont, en apprenant son départ, évoqué un « séisme » à venir. « Dans le Sud, ça va être compliqué, les gens vont pas forcément comprendre », a redouté l’un d’eux. « On va perdre énormément d’adhérents et de militants qui sont là pour elle », a ajouté un autre. Alors que la légitimité interne de Marine Le Pen est remise en cause par certains frontistes après le débat d’entre-deux-tours raté, certains voyaient déjà la jeune députée comme la seule alternative possible.

Qu’ils se rassurent, « Marion », comme tous l’appellent au Front national, « ne renonce pas définitivement au combat politique » : « je ne pourrai jamais rester indifférente aux souffrances de mes compatriotes ».