Résultat présidentielle: «Les critiques sur les sondages étaient injustifiées», pense Frédéric Dabi de l’Ifop

ENTRETIEN Directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi revient pour « 20 Minutes » sur les critiques dont les instituts de sondage ont fait l’objet ces derniers mois…

V.V.

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Paris, le 15 février 2012. Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'institut Ifop.
Paris, le 15 février 2012. Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'institut Ifop. — BERTRAND GUAY / AFP
  • Emmanuel Macron a été élu, dimanche, président de la République.
  • Les instituts de sondage ont été critiqués dans les mois qui ont suivi le Brexit et l'élection de Donald Trump
  • Mais ils avaient anticipé le résultat de ce scrutin.

Il y avait eu le Brexit, l’élection de Donald Trump et le résultat de la primaire de la droite et du centre. Dans l’œil du cyclone ces derniers mois en raison d’estimations erronées, les instituts de sondage ne se sont, cette fois, pas trompés sur le résultat de l’élection présidentielle française qui a couronné, dimanche soir, Emmanuel Macron.

>> Live : Suivez les événements politiques au lendemain de l’élection de Macron.

Directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi revient sur cette période délicate et tire les enseignements de cette crise de confiance.

Remis en cause pendant des mois après le Brexit ou de l’élection de Trump, les instituts de sondage ont-ils pris leur revanche avec l’élection française ?

Nous ne nous sommes pas trompés sur l’élection française. Mais je ne suis pas triomphaliste. A l’Ifop, nous n’avons, par exemple, pas publié de communiqué à ce propos.

Je n’ai jamais refusé la critique sur notre travail. Mais je dois dire que j’ai été choqué par la façon dont les instituts ont été traités durant cette campagne. Cela nous aura permis de faire de la pédagogie.

C’est-à-dire…

Ces critiques nous ont permis de rappeler des choses simples. Que ce ne sont pas les sondeurs qui font les sondages mais les Français que l’on interroge. Qu’un sondage n’est pas une vérité absolue mais une photographie de l’opinion à un moment donné.

D’ailleurs, je trouve que le « rolling » que nous avons mis en place depuis 2012 reste le meilleur outil. Il s’agit de publier une estimation tous les jours à la même heure. En multipliant les photographies de l’opinion de cette manière, on parvient à faire un petit film qui nous donne une véritable indication. Je trouve donc que les critiques sur les sondages étaient injustifiées.

Vous vous êtes tout de même trompés sur le résultat de la primaire de la droite…

Oui et je l’assume. Nos enquêtes ont tout de même montré que François Fillon avait pris 22 points en trois semaines. Mais nous n’avons pas vu le point final, le point d’arrivée.

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Ce que je n’ai pas aimé, c’est que certains politiques ont instrumentalisé notre travail. François Fillon, Marine Le Pen ou encore Jean-Luc Mélenchon ont souvent utilisé ces critiques à des fins électoralistes. On oublie un peu vite que le travail des instituts ne se limite pas aux estimations. Nous faisons de nombreuses études sur la structure du vote qui sert de base aux sociologues et aux politologues notamment. Avoir des instituts de sondages, c’est aussi la preuve que l’on vit dans une démocratie et il ne faut pas l’oublier.

On vous a beaucoup opposé au « Big Data », ces instituts qui se fondent notamment sur les réseaux sociaux. Que pensez-vous de leur travail ?

Le « Big Data » est quelque chose d’extraordinaire. D’ailleurs, on utilise aussi ces données depuis des années pour compléter notre travail. Il ne s’agit donc pas de voir cela comme un affrontement entre les modernes et les anciens. Je pense que nos travaux sont complémentaires.

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Cette campagne a été très dure. Pensez-vous avoir également fait les frais d’un climat délétère ?

La campagne a été très dure et très longue. La presse a été l’objet de critiques incroyables. Certains reporters ont été molestés. D’autres se sont fait cracher dessus. D’une certaine manière, nous faisons partie du « système » que certains candidats visaient dans leurs propos. Donc, oui, nous avons aussi fait l’objet de ce travail de délégitimation.

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