L'hommage poignant de Christian Eckert à Corinne Erhel

EMOTION La député PS des Côtes-d'Armor est décédée après un meeting en faveur d'Emmanuel Macron...

G. N.

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Corinne Erhel, ici le 9 mars 2017, est décédée brutalement à l'âge de 50 ans.
Corinne Erhel, ici le 9 mars 2017, est décédée brutalement à l'âge de 50 ans. — M.ASTAR/SIPA

La mort brutale, à 50 ans, de la députée PS Corinne Erhel a choqué la classe politique française. Son décès intervenu après un malaise en pleine réunion publique en faveur d' Emmanuel Macron, vendredi soir, à Plouisy, près de Guingamp (Côtes-d’Armor), a notamment fait réagir son collègue de l’Assemblée nationale, Christian Eckert. Dans une note sur son blog, il raconte une anecdote chargée en émotions impliquant Corinne Erhel, lui-même, ainsi qu’Henri Emmanuelli, lui aussi récemment disparu.

« Lors des premières séances, qui organisent la « maison », on élit le Président et le bureau, désigne les questeurs, se répartit entre les commissions, entend les premières escarmouches échangées entre les anciens, écrit le député PS. La constitution formelle des différents groupes politiques n’étant pas faite, les députés sont installés par ordre alphabétique. Ainsi, le chevronné, ténébreux et sourcilleux Emmanuelli était entre les deux « bizuths » angoissés fraîchement arrivés de leur province, Eckert et Erhel.

« Nous savions être tous les deux socialistes débutants »

Corinne et moi étions entrés en avance. Henri est arrivé à la dernière minute, sans un regard, bougonnant de sa voix rocailleuse… Il faut rappeler que notre élection en 2007 suivait l’élection de Sarkozy et que la grande majorité des "petits nouveaux" étaient des députés UMP. Ne nous connaissant ni l’une ni l’autre, Henri était persuadé que nous étions de l’autre camp et nous ignorait d’une façon frisant l’impolitesse. Corinne et moi, qui avions échangé avant la séance, savions être tous les deux socialistes débutants. Mais la solennité des lieux, notre timidité de "bizuths", notre effroi à l’idée de déranger cette icône du Parlement manifestement à cran, nous ont fait garder le silence deux jours durant. Nous en parlions tous les deux à la sortie…

Ce n’est que le troisième jour, lorsque Corinne et moi avons applaudi au discours de Jean-Marc Ayrault, que le visage d’Henri s’est illuminé et qu’il nous a amicalement engueulé comme il le faisait si souvent, nous lâchant au milieu d’un éclat de rire avec son célèbre accent : "Vous ne pouviez pas me dire que vous étiez des nôtres ! Je ne vous connaissais pas, je croyais que vous étiez des UMP, toi le grand, et elle la petite ! Je n’ai cessé exprès de vous faire la gueule !"

« La mort ne connaît pas les âges, mais 50 ans c’est bien tôt »

Corinne et moi avons tiré de ces émotions partagées une amitié sincère. Nous avons, elle et moi, suivi notre route parlementaire. Elle se consacrait aux questions du numérique, avait un engagement parlementaire sans faille et avait gardé cette sorte de timidité qui la faisait rougir lorsqu‘elle parlait, comme pour s’excuser d’être une petite (elle l’était) femme (elle l’était aussi) coupable d’avoir de l’intérêt pour des sujets plutôt masculins. Une vraie députée bosseuse et pleinement active. […] Je suis triste, comme ses amis, sa famille. La mort ne connaît pas les âges, mais 50 ans c’est bien tôt.

Henri, sur lequel j’aurais mille choses à dire, nous a quittés définitivement aussi il y a quelques semaines. Corinne et lui étaient à la fois si différents et si proches.

D’autres viendront.

Puissent-ils être à leur image et être des députés qui honorent la démocratie. »