VIDEO. Présidentielle: Le refus de Jean-Luc Mélenchon de donner des consignes de vote fait débat

POLITIQUE Arrivé en quatrième position, le candidat de La France insoumise s’est refusé, dimanche soir, à donner des consignes de vote. Une attitude très critiquée à gauche…

Thibaut Chevillard

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Jean-Luc Mélenchon s'exprime à l'issue du premier tour de la présidentielle, le 23 avril 2017.
Jean-Luc Mélenchon s'exprime à l'issue du premier tour de la présidentielle, le 23 avril 2017. — SIPA
  • Jean-Luc Mélenchon s'est refusé à donner des consignes de vote à ses militants.
  • L'attitude du candidat de La France insoumise est critiquée notamment par une partie de la gauche.

A l’époque, il n’avait pas hésité. Le 22 avril 2012, peu après l’annonce des résultats, Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle pour le Front de gauche, prenait la parole, place Stalingrad, dans le nord-est de Paris. Devant ses militants, il concédait sa défaite et les appelait à se « mobiliser » pour « battre Sarkozy ».

Cinq ans plus tard, alors que le second tour lui échappe encore une fois, il change de stratégie. Cette fois, il refuse de prendre position clairement pour Emmanuel Macron et de faire barrage au Front national.

« Je n’ai reçu aucun mandat des 450 000 personnes qui ont décidé de présenter ma candidature pour m’exprimer à leur place sur la suite », a déclaré le tribun dans son QG, un bar coincé entre les gares de l’Est et du Nord. « Chacun et chacune d’entre vous sait en conscience quel est son devoir », explique-t-il à ses militants. Il les invite, avant de se prononcer, à donner leur avis sur sa plateforme Internet, jlm2017.fr. « Le résultat de leur expression sera rendu publique. » Une idée très critiquée à gauche, notamment par le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis.

Comment expliquer la position de Jean-Luc Mélenchon ? « Il appartient à la gauche radicale. Tous les candidats de cette frange, comme Nathalie Arthaud ou Philippe Poutou, refusent d’appeler à voter pour Emmanuel Macron. Ils disent, à termes voilés, "faisons barrage au Front national". Mais ça s’arrête là », explique à 20 Minutes Christophe Bourseiller, historien, spécialiste des mouvements extrémistes et professeur à l’IEP de Lille. Selon lui, c’est la raison pour laquelle le candidat de La France insoumise « a trouvé ce subterfuge politique ».

« Déception narcissique »

Fort de 19,6 % des voix, Jean-Luc Mélenchon pourrait faire plier le parti d’extrême droite d’une simple consigne de vote. Lui qui lâchait à Marine Le Pen, lors d’un débat sur France 2 en février 2012 : « Vous, vous ne servez à rien, depuis quarante ans, qu’à distiller de la haine. » Pourquoi, alors, ne pas lui donner le coup de grâce ? Christophe Bourseiller juge que le leader de La France insoumise souffre d’une « grosse déception narcissique ». « Il est très déçu de son résultat alors qu’il est très supérieur à ce qu’il avait obtenu précédemment. Mais il se voyait déjà en deuxième position et donc au second tour. »

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Pourtant, en 2002, Jean-Luc Mélenchon - qui soutenait à l’époque Lionel Jospin - estimait clairement, dans une tribune publiée dans Le Monde, que « le vote d’extrême droite doit être réduit au minimum par nos propres forces ». « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi ? Ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d’action, c’est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l’inconvénient individuel », expliquait-il alors.

Extrême gauche trotskiste

« Il a évolué », note Christophe Bourseiller. « Il n’a pas toujours été aussi si radical. C’était d’ailleurs, pendant plusieurs années, un proche de Laurent Fabius. Mais historiquement, il provient de l’extrême gauche trotskiste. Il a notamment été lambertiste dans sa jeunesse », poursuit-il, précisant que Jean-Luc Mélenchon « renoue apparemment avec la radicalité de ses jeunes années ».

Selon le coordinateur du Parti de gauche, Eric Coquerel, cité par Le Monde, la consultation des 240 000 sympathisants de Jean-Luc Mélenchon commencera mardi. Les résultats devraient être rendus publics vendredi. Ils auront trois choix possibles : voter blanc, s’abstenir ou voter Emmanuel Macron. En revanche, ils ne pourront pas choisir le soutien à Marine Le Pen.

Déjà, sur Twitter, une partie de ses militants semblent adhérer au « ni-ni » suggéré à demi-mots par l’ancien sénateur de l’Essonne. En utilisant le hashtag #SansMoiLe7Mai, ils expliquent pourquoi ils ne voteront ni pour la candidate frontiste, ni pour l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande.

Au second tour, Marine Le Pen serait largement battue, selon deux sondages réalisés dimanche soir après l’annonce des résultats du 1er tour. Pour Ipsos Sopra Steria, le candidat d’En marche ! recueillerait 62 % des voix, contre 38 % pour celle du Front national. Pour Harris Interactive, l’écart serait encore plus important, avec 64 % des voix pour Emmanuel Macron et 36 % pour Marine Le Pen. Loin, donc, des 82 % obtenus par Jacques Chirac en 2002 face à Jean-Marie Le Pen.

A l’époque, le débat n’avait pas eu lieu. La présence au deuxième tour du « Menhir », comme il est surnommé, avait suscité l’indignation d’une partie de la jeunesse qui avait fait entendre sa voix dans la rue et s’était mobilisée dans urnes. Visiblement, les temps changent.

L’équipe de Jean-Luc Mélenchon n’a pas donné suite aux sollicitations de 20 Minutes.