Hollande réintègre solennellement 28 tirailleurs sénégalais dans la nationalité française

DISTINCTION Parmi ces 28 tirailleurs, on compte 23 Sénégalais, 2 Congolais, 2 Centrafricains et un Ivoirien. Nés entre 1927 et 1939, ils vivent majoritairement en région parisienne...

B.D. avec AFP

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Ousmane Sagna (G) et Guorgui M' Bodji (D), deux anciens tirailleurs sénégalais, posent aux côtés d'Aïssata Seck (C), qui tient une lettre de François Hollande, le 22 décembre 2016, à Bondy, près de Paris.
Ousmane Sagna (G) et Guorgui M' Bodji (D), deux anciens tirailleurs sénégalais, posent aux côtés d'Aïssata Seck (C), qui tient une lettre de François Hollande, le 22 décembre 2016, à Bondy, près de Paris. — BERTRAND GUAY / AFP

Ils ont retrouvé la nationalité française, 57 ans après. François Hollande a présidé ce samedi à l’Elysée une cérémonie de réintégration dans la nationalité française de 28 anciens tirailleurs sénégalais, qui avaient combattu sous la bannière tricolore en Indochine ou en Algérie avant de perdre leur nationalité à l’indépendance des colonies africaines en 1960.

Sous les ors de la salle des fêtes de l’Elysée, le chef de l’Etat a célébré ces « retrouvailles » avec la France. « Aujourd’hui, je pose un nouveau principe : ceux qui se sont battus pour la France et qui font le choix d’y vivre doivent pouvoir devenir Français », a-t-il poursuivi, reconnaissant qu’il avait « fallu mener un long combat pour que la France consente enfin à réparer cette injustice ».

« Vous êtes l’histoire de France »

« Vous êtes l’histoire de France », a encore lancé François Hollande à l’adresse de ces 28 tirailleurs, nés entre 1927 et 1939, et parmi lesquels figurent 23 Sénégalais, 2 Congolais, 2 Centrafricains et un Ivoirien. La France, a insisté le chef de l’Etat, avait une « dette de sang » à leur égard. Evoquant ceux « qui n’ont pas pu déposer leur demande dans les délais », il a également assuré que « tous les anciens tirailleurs qui résident en France et qui en feront la demande bénéficieront de la même réponse » positive.

« C’est l’aboutissement d’un long combat, de nombreuses années », s’est réjouie pour sa part Aïssata Seck, adjointe à la maire de Bondy (Seine-Saint-Denis), à l’origine de cette cérémonie. Petite-fille d’un ancien combattant sénégalais, elle avait lancé une pétition signée par 60.000 personnes, dont de nombreuses célébrités.

« Dernière génération »

« Ces Français par le cœur sont dans des situations terriblement précaires. Munis de simples cartes de séjour, ces retraités n’ont d’autre choix que de rester seuls sur le territoire français. Partir finir leur vie au Sénégal, près de leurs familles, signifierait perdre leurs faibles pensions ; un choix matériellement impossible », expliquait Aïssata Seck dans sa pétition. « La République française les a appelés, la République française doit les reconnaître comme ses enfants et leur garantir une fin de vie digne et paisible », avait-elle souligné.

Ces tirailleurs appartiennent à la « dernière génération » d’une longue lignée de combattants africains engagés volontaires ou enrôlés d’autorité dans les rangs de l’armée française. Si les premiers régiments ont été formés au Sénégal, ces « tirailleurs sénégalais » à la célèbre chéchia rouge étaient originaires de toutes les colonies françaises, de l’Afrique de l’ouest et du centre, jusqu’à Madagascar.

« On sait qu’ils étaient plus de 200.000 hommes lors de la Première guerre mondiale, 150.000 pour la Seconde, 60.000 en Indochine… », explique l’historien Julien Fargettas, auteur d’un ouvrage consacré à ces « soldats noirs ». A la fin des guerres coloniales, et pour pouvoir faire vivre leurs familles restées au pays, de nombreux tirailleurs sénégalais avaient choisi de vivre en France.