Aymeric Chauprade, l’ex-FN prêt à témoigner contre Marine Le Pen

JUSTICE Le député européen est convoqué par les juges d’instructions ce mardi dans l’affaire des assistants parlementaires au Front national…

O. P.-V.

— 

Aymeric Chauprade, le 18 mai 2014 à paris, sur scène avec Marine Le Pen.
Aymeric Chauprade, le 18 mai 2014 à paris, sur scène avec Marine Le Pen. — PIERRE ANDRIEU / AFP

« Il ment, c’est un affabulateur », a dit de lui Marine Le Pen le 19 mars sur France 3. Ce que raconte depuis quelques semaines le député européen Aymeric Chauprade avait peu de chances de plaire à la présidente du Front national. Convoqué ce 28 mars par les juges d’instructions chargés de l’enquête autour de l’emploi des assistants parlementaires du FN au Parlement européen, le géopolitologue a indiqué être « à la disposition de la Justice afin de lui fournir toutes les informations dont [il] dispose ».

« Une logique d’emplois fictifs »

Mi-mars, Aymeric Chauprade s’est retrouvé, ou plutôt a provoqué une tempête médiatique en témoignant de « pratiques délictuelles » au sein du Front national dans Envoyé Spécial, dans L’Express, et dans un livre coécrit par des journalistes de Marianne et Mediapart.

D’une part, il décrit un système rôdé de détournement de la fonction des collaborateurs parlementaires au service du parti en France, et non pas de ses élus au Parlement européen, système dont Marine Le Pen serait totalement consciente. Il relate une réunion le 4 juin 2014 à Bruxelles, entre les députés européens du FN, au cours de laquelle la présidente du parti aurait demandé aux élus de se limiter à un seul collaborateur par personne et de lui déléguer la composition du reste des équipes parlementaires : « Elle dit qu’ils serviront "à la cause politique". Tout le monde comprend, quand on a un minimum de culture générale, que l’on est dans une logique d’emplois fictifs, même si ce n’est pas dit explicitement », raconte Chauprade à L’Express.

D’autre part, l’eurodéputé mentionne auprès dans Envoyé Spécial et Marine est au courant de tout… certains membres de l’entourage de la candidate, qu’il juge antisémites et racistes : « Il n’y a aucune raison que ce groupe disparaisse : c’est le groupe qui aura amené Marine Le Pen au pouvoir. C’est l’économie du Front national. Ce sont les secrets de Marine Le Pen. Marine Le Pen n’est pas libre, elle est tenue par ces gens. Si elle arrive au pouvoir, ces gens seront le pouvoir. Ces gens seront le pouvoir. » L’ancien bras droit de la présidente du FN sur les questions internationales vise notamment Frédéric Chatillon, Axel Lousteau et Nicolas Crochet.

>> A lire aussi : Front national: Marine Le Pen et ses amis sulfureux qui intéressent la justice

Un témoin à charge qui connaît le FN de l’intérieur

Si les multiples témoignages d’Aymeric Chauprade attirent autant l’attention des médias et de la justice, c’est parce que l’eurodéputé connaît le FN de l’intérieur comme peu de témoins à charge contre le parti frontiste.

Chauprade a conseillé Le Pen fille à partir de 2010, signant les propositions du FN en matière de politique étrangère à la présidentielle 2012, a adhéré au parti en 2013, a été tête de liste (et élu) aux élections européennes en 2014 en Île-de-France, avant de claquer la porte du Front national en novembre 2015, au moment où son nom était cité dans l’affaire « Air Cocaïne » pour avoir participé à l’exfiltration des pilotes Pascal Fauret et Bruno Odos de République dominicaine.

>> A lire aussi : Air cocaïne: Quel rôle a joué Aymeric Chauprade dans l’évasion des pilotes?

Diplômé de Sciences Po, Aymeric Chauprade, 48 ans, catholique pratiquant, s’est spécialisé en géopolitique dans le milieu universitaire, tout en étant proche des idées souverainistes et nationalistes bien avant son passage au FN. Lors des Européennes 2004, c’est la liste de son « ami » Philippe de Villiers qu’il appuie, avant de se rapprocher de Jean-Marie Le Pen.

Aymeric Chauprade, conseiller spécial de Marine Le Pen sur les questions internationales et tête de liste du Rassemblement Bleu Marine aux européennes en Ile-de-France, lors d'une conférence de presse le 22 janvier 2014.
Aymeric Chauprade, conseiller spécial de Marine Le Pen sur les questions internationales et tête de liste du Rassemblement Bleu Marine aux européennes en Ile-de-France, lors d'une conférence de presse le 22 janvier 2014. - LCHAM/SIPA

Lié à l’Action française, dont il a été membre du comité directeur en 2006 et 2007, influencé par Charles Maurras, Chauprade a écrit pour La Nouvelle Revue d’histoire, bimestriel fondé par l’essayiste Dominique Venner, qui s’était suicidé dans la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2013. À la mort de cette figure intellectuelle de l’extrême droite, Chauprade se lâche sur son blog : « Pour mettre fin au grand remplacement, à la dormition européenne, à l’écrasement des valeurs familiales et des fondements de notre civilisation, le temps du grand soulèvement est venu. J’ai entendu ton appel Dominique. »

>> A lire aussi : Dominique Venner: Un historien, activiste et passionné d’armes à feu

Des thèses conspirationnistes et pro-Poutine

Son livre Chronique du choc des civilisations, réédité quatre fois depuis 2005, lui vaut des inimitiés dans le monde universitaire, et au-delà. Le ministre de la défense Hervé Morin le prive de sa chaire au Collège interarmées de défense en 2009 à cause des théories qu’il développe dans l’ouvrage, remettant en cause la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis : « Comment une telle conspiration n’a-t-elle pas pu être démasquée dans un pays où tant de contre-pouvoirs peuvent jouer ? »

Avant son départ du FN, Chauprade était un rouage essentiel des liens entre le parti et la Russie. En juin 2013, à la Douma, l’Assemblée nationale russe, le conférencier en géopolitique lançait « l’appel de Moscou » afin « d’appuyer les efforts de la Russie visant à résister à l’extension mondiale voulue par l’Occident des "droits" des minorités sexuelles ». Ce tropisme pro-Poutine est d’ailleurs une facette qui lui plaît chez le candidat LR François Fillon.

>> A lire aussi : VIDEO. FN: Retour de boomerang pour Aymeric Chauprade après ses propos sur l’islam

Une tentative de rapprochement avec Les Républicains

S’il a quitté le Front national, ce serait à cause de la ligne Philippot, trop à gauche économiquement, qu’il qualifie de « socialisme nationaliste », et de « l’influence d’Alain Soral », ainsi que d’autres personnes sulfureuses, sur le cœur du parti, comme il l’a dit à plusieurs médias mi-mars.

Mais un an après son départ, Aymeric Chauprade a surtout fait la danse du ventre auprès des Républicains. Début novembre 2016, il disait à Valeurs actuelles qu’il envisageait de se rapprocher du PPE, le rassemblement européen des partis de droite et de centre-droit, bénéficiant pour cela du soutien de ses collègues Michèle Alliot-Marie, Nadine Morano et Brice Hortefeux au Parlement strasbourgeois.

Fin novembre, il précisait à L’Express avoir soutenu et voté pour Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite, avant de choisir François Fillon au second tour, assurant pendant l’entre-deux-tours être « à la disposition » du futur candidat Les Républicains. Sa proposition de service est restée sans réponse, mais Chauprade en est certain, il aurait apporté quelque chose à la campagne de François Fillon : « Je peux être celui qui témoigne, qui explique pourquoi le FN, où je suis passé, n’a pas la capacité à gouverner. »