La «politique de civilisation» de Sarkozy suscite questions et commentaires

POLITIQUE Héritage gaullien, inclination atlantiste ou «concept fumeux»?...

Avec agence

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Héritage gaullien, inclination atlantiste ou "concept fumeux"? La "politique de civilisation" prônée par Nicolas Sarkozy lors de ses voeux télévisés suscite les interprétations les plus diverses.
Héritage gaullien, inclination atlantiste ou "concept fumeux"? La "politique de civilisation" prônée par Nicolas Sarkozy lors de ses voeux télévisés suscite les interprétations les plus diverses. — Mehdi Fedouach AFP/archives

Héritage gaullien, inclination atlantiste ou «concept fumeux»? La «politique de civilisation» prônée par Nicolas Sarkozy lors de ses voeux télévisés suscite les interprétations les plus diverses.

«Corriger le côté un peu clinquant de ces dernières semaines»

«Cela m'a laissé perplexe, parce que je n'ai pas compris de quoi il s'agissait», a réagi mardi le député socialiste européen Vincent Peillon. «De quelle renaissance s'agit-il? Notre croissance est en berne, on est moqués sur le plan européen...»

«Je ne vois pas ce que Nicolas Sarkozy apporte, si ce n'est une touche personnelle que tout le monde commente à longueur de journée, et qui est essentiellement de la vulgarité», a poursuivi Vincent Peillon.

Interprétation partagée par «Le Parisien», pour qui le président a tenté, dans un «élan de spiritualité», de «corriger le côté un peu clinquant de ces dernières semaines: Disneyland, avion du milliardaire Bolloré, vacances luxueuses, etc.»

«Une certaine idée de la France»

Yves Thréard, dans «Le Figaro», voit plus de grandeur dans le discours présidentiel, qui renoue «avec un héritage gaullien». Et ce nouveau concept prouve que la «rupture» sarkozienne «s'inscrit bel et bien dans la tradition d'une "certaine idée de la France"», écrit-il.

Analyse totalement inverse pour Arnaud Montebourg, qui se demande si Nicolas Sarkozy n'annonce pas «une sorte d'intégration au bloc anglo-saxon». Une «espèce de croisade de l'affrontement des civilisations - c'est le mot d'un grand penseur américain - où nous serions nous-mêmes sommés de nous mettre au garde-à-vous derrière certains intérêts mondiaux qui défendent une certaine vision, d'ailleurs empruntée au choc des civilisations que défend l'administration américaine», complète le député PS, faisant référence à l'analyste Samuel Huntington.

Le politologue Dominique Reynié perçoit la même chose. «Avec cette formule qui a un écho planétaire, Sarkozy se place dans un registre de confrontation, et c'est périlleux», explique-t-il. Mais il note qu'à l'inverse, l'idée de «Renaissance» est, elle, d'un registre plus classique. Et il s'en étonne: «Nicolas Sarkozy quitte les slogans réalistes, "Travailler plus pour gagner plus", pour un discours chiraquien, celui du rêve. Or, qui va nous faire croire que la France à elle seule va provoquer la Renaissance de l'humanité?»

Sarkozy «pris d'essouflement?»

«Le 1er janvier, c'est l'interdiction de fumer mais pas celle des discours fumeux», juge plus abruptement Aurélie Filippetti, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. «Ce n'est pas de politique de civilisation dont la France a besoin mais de pragmatisme et de réalisme économique: le président l'a avoué en creux ce soir: sa politique économique n'a eu pour le moment aucun effet».

Et si Nicolas Sarkozy était pris d'essouflement? Tel est le diagnostic du «Monde», qui moque ces notions au «caractère nébuleux», et conseille au président de «trouver un deuxième souffle».