EXCLUSIF. Sept jeunes sur dix sont «inquiets» pour l'avenir de l'Union européenne

MOIJEUNE Alors que l'Union européenne fête ses 60 ans samedi, une majorité des jeunes Français se dit «inquiète» pour l'avenir de cette institution...

Laure Cometti

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Des enfants jouent devant un drapeau européen, en mai 2004, à Bruxelles.
Des enfants jouent devant un drapeau européen, en mai 2004, à Bruxelles. — THIERRY MONASSE / AFP

Les jeunes Français sont majoritairement favorables à l’Union européenne, mais la part d’eurosceptiques est loin d’être négligeable. C’est ce qui ressort d’une enquête exclusive OpinionWay* pour 20 Minutes auprès de la communauté #MoiJeune parue ce vendredi à l’occasion de l’anniversaire de la naissance symbolique de l’UE, il y a 60 ans, avec la signature du traité de Rome. Par ailleurs, les 18-30 sont plutôt « inquiets » pour l’avenir de cette institution.

Un jeune sur cinq a un avis négatif sur la construction européenne

Parmi les sondés âgés de 18 à 30 ans, 82 % jugent la construction européenne positive, contre 18 % qui l’estiment négative. La satisfaction des jeunes Français vis-à-vis de l’UE varie notamment en fonction de leur milieu de vie (32 % d’avis négatifs dans les villes de 2.000 à 19.999 habitants), de leur âge (2 % d’avis négatifs chez les 18-19 ans) et de leur occupation (35 % d’avis négatifs chez les chômeurs, contre 20 % chez les actifs).

La libre circulation des personnes est choisie par un sondé sur deux comme « la principale réussite de la construction européenne ». Viennent ensuite les échanges culturels et universitaires, comme le programme Erasmus (36 %), la paix (33 %). Les personnes interrogées, qui pouvaient choisir deux succès de l’UE, ont également nommé la monnaie unique (20 %) et les échanges commerciaux (18 %).

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En revanche, les jeunes Français sont déçus par l’UE sur le plan diplomatique, économique et administratif. Invités à nommer les principaux échecs de Bruxelles, ils ont cité « l’absence de position commune sur la scène internationale » (32 %) à égalité avec « le poids des lobbys », devant « la croissance inégale selon les pays » (30 %). Viennent ensuite, à égalité : la « bureaucratie » (17 %), « le manque de rapprochement entre les peuples » (17 %) et « le manque de contrôle aux frontières ». Les jeunes Français semblent donc divisés sur les bienfaits de l’UE, notamment au sujet des frontières et de l’économie.

Pour Cyril, 24 ans, « l’Europe nous apporte plus qu’on ne le pense dans de nombreux domaines comme l’énergie, le développement durable, la PAC… Je pense qu’être frontalier aide beaucoup à voir les avantages quotidiens de l’UE », ajoute ce Strasbourgeois qui travaille désormais à Paris dans l’immobilier.

L’Union pas assez démocratique selon les jeunes

Ainsi, Morgane, 19 ans, étudiante à Lille, plutôt favorable à l’UE, juge néanmoins « que les institutions ne sont pas très démocratiques, qu’il y a un peu trop de lobbyistes et qu’il faudrait arrêter la concurrence entre États, notamment le dumping social ». Romain, 25 ans, reproche également à l’UE quelques lacunes démocratiques : « les dirigeants européens sont trop loin du peuple, et dictent trop les lois des pays membres », affirme ce demandeur d’emploi breton.

« Il y a quelque chose qui nous échappe dans cette institution. Nous sommes des citoyens européens, mais je n’ai pas l’impression d’avoir mon avis sur les lois votées, il y a une sacrée distance entre les citoyens et les parlementaires », déplore Olivia, à Paris. « J’ai peur de ne pas pouvoir faire entièrement confiance à cette institution », poursuit cette étudiante de 20 ans, citant « les lobbies ».

Un jeune sur cinq favorable à une sortie de la France de l’UE

Si 76 % des jeunes sondés trouvent que le Brexit est « une mauvaise nouvelle pour l’UE », ils sont 46 % à penser que l’Union devrait « avancer avec un groupe restreint de pays moteur », 41 % à juger qu’elle ne doit pas accueillir de nouveaux membres, contre seulement 11 % à souhaiter un élargissement. « Il faut aller plus loin dans l’Europe : quitte à ne garder qu’un noyau dur, il faudrait au moins tout uniformiser au niveau des impôts, des quotas, sans ça, l’optimisation fiscale ne cessera d’exister », espère Kevin, 21 ans étudiant à Lyon.

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Quant à la place de la France, elle est au sein de l’UE pour la majorité des jeunes interrogés : un jeune sur cinq est favorable à un « Frexit » et la même proportion souhaite que l’Hexagone abandonne la monnaie unique. Cela peut s’expliquer par le fait que 61 % des sondés ont le sentiment de « partager des valeurs et une histoire communes avec les autres pays de l’UE ». Enfin, sept jeunes sur dix se déclarent « inquiets » quant à l’avenir de cette institution, vivement critiquée par plusieurs candidats à l’élection présidentielle dont le premier tour aura lieu dans un mois.

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

​* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 22 au 23 mars 2017 auprès d’un échantillon représentatif de 837 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).​