Affaire Le Roux: «Une forme de privilège qui donne le sentiment de revenir à l’Ancien Régime»

INTERVIEW Directeur de recherches au CNRS, Luc Rouban revient sur la défiance des Français par rapport aux privilèges des parlementaires...

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux porte de la Chapelle à Paris, le 14 mars 2017.
Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux porte de la Chapelle à Paris, le 14 mars 2017. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Alors qu’une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet national financier à l’encontre du ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux au sujet de l’emploi de ses deux filles en tant qu’assistantes parlementaires, le politologue du Cevipof Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS, revient sur l’agacement des électeurs, presque deux mois après le début de l’affaire François Fillon.

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Les affaires Fillon et maintenant Le Roux ont-elles accru la défiance des Français vis-à-vis de la classe politique ?

Le Cevipof a mesuré un niveau de confiance (16 %) très bas juste avant le début des polémiques autour de François Fillon. Il peut encore diminuer, mais la marge de descente est relativement faible [rires]. Ces affaires ont en tout cas imposé un volet éthique dans le débat politique. Il y a une demande de transparence, alors que l’on rentre dans une période de soupçons concernant l’utilisation de l’argent public et la séparation public-privé.

C’est la nouveauté de cette élection présidentielle : nous avons déjà connu l’ombre des affaires sur une campagne, par exemple les emplois fictifs de la Mairie de Paris concernant Jacques Chirac, mais la dimension prise aujourd’hui est inédite. L’attente est forte en matière de rigueur morale, sur le modèle des pays scandinaves, souvent cités en exemple.

Le cas des emplois familiaux est-il particulièrement rejeté par les Français ?

Le problème de l’emploi familial, même s’il est légal, est qu’il active un registre très sensible : la confusion public-privé justement, qui semble se faire en toute quiétude et bonne conscience. Il y a une forme de privilège qui donne le sentiment de revenir à l’Ancien Régime, dans un contexte de crise économique profonde et de confusion dans le pays. Le taux de chômage élevé rend d’autant plus insupportable l’idée que certains puissent profiter de leur situation pour s’enrichir, bien que ce soit légal.

Dans le cas de l’affaire Bruno Le Roux, l’électorat de gauche est-il plus sensible à ce type de polémique que les autres familles politiques ?

Il y a une vigilance plus forte. On le voit dans l’évaluation de l’honnêteté des différents candidats. L’électorat de gauche est souvent plus sévère que celui de droite. On en revient à cette frontière entre public et privé importante pour la gauche. C’est aussi une posture politique, une forme de rigueur jacobine, avec les figures de Saint-Just et Robespierre en toile de fond. Cela dit, à gauche, il y a eu beaucoup d’affaires ces dernières années au Parti socialiste, Le Roux étant le dernier exemple en date.