Démission de Bruno Le Roux: La chute d'un Hollandais historique

POLITIQUE Le ministre de l'Intérieur a démissioné de son poste ce mardi après des révélations sur l'emploi de ses filles...

T.L.G.

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Bruno Le Roux
Bruno Le Roux — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Il y a encore quelques semaines, Bruno Le Roux s’exprimait ainsi au micro de RTL sur l’emploi de Penelope Fillon comme assistante parlementaire : « Ça ne devrait pas être autorisé […] Je pense que c’est plus clair. Il ne devrait pas y avoir de conjoint qui travaille avec les députés ». A l’époque, le ministre de l’Intérieur se gardait bien d’expliquer qu’il avait, lui, employé ses deux filles adolescentes comme collaboratrices parlementaires. Les révélations de Quotidien l’ont plongé dans la tourmente et contraint ce mardi à la démission. Retour sur le parcours de ce Hollandais historique, qui aura attendu patiemment pour obtenir un ministère.

Un des quatre mousquetaires de Hollande

Lorsque François Hollande effectue sa traversée du désert après son départ de la direction du PS, ils ne sont qu’une poignée autour de lui. Bruno Le Roux est là, avec Stéphane Le Foll, Michel Sapin et Olivier Faure. Les quatre mousquetaires, proches d’entre les proches, sont de tous les moments difficiles, notamment lorsque le candidat est moqué pour ses 3 % dans les sondages.

Le député de Saint-Denis voit sa fidélité récompensée lors de la campagne présidentielle, en étant nommé porte-parole du candidat socialiste. L’ancien maire d’Epinay-sur-Seine était déjà devenu, à la demande de François Hollande, secrétaire national du PS chargé des élections de 2000 à 2008, puis président du groupe à l’Assemblée nationale en 2012.

Un maroquin attendu de longue date

Ce ministère, il en rêvait depuis pas mal d’années. Spécialiste des dossiers de sécurité et de police, Bruno Le Roux rongeait son frein en secret, espérant rejoindre l’Intérieur ou la Défense, à chaque remaniement. L’an dernier, le député s’était mis en tête de prendre la présidence de l’Assemblée si Claude Bartolone l’avait emporté aux régionales en Ile-de-France.En vain, vu l’échec de ce dernier face à Valérie Pécresse. Pendant plus de quatre années, le président du groupe PS se lasse de devoir jouer le rôle de démineur en chef face aux frondeurs de sa majorité.

Mais il continue de chanter les louanges du président, même lors de la sortie du livre Un Président ne devrait pas dire ça : « François Hollande y apparaît à la fois constant et déterminé, grave et impliqué, décidé et tenace, habité par le souci constant de l’unité du pays. » Un mois plus tard, la fidélité paye enfin. Bruno Le Roux remplace Bernard Cazeneuve place Beauvau, et assure : « Je poursuivrai, avec ma sensibilité, celle d’un élu de Seine-Saint-Denis, les actions engagées ».

106 jours pour un bilan modeste

Avec 160 petits jours passés à l’Intérieur, le bilan de Bruno Le Roux est forcément mince. Le ministre a notamment porté devant le Parlement la loi sécurité publique promulguée le 1er mars, qui révise les règles de la légitime défense pour les policiers. Confronté à l’affaire Théo, le « premier flic de France » évoque un « tragique accident », avant de rétropédaler sur Twitter en regrettant un terme « inapproprié ». Autre couac lors des manifestations policières : le ministre oublie de réunir les syndicats pour les informer du bilan de la concertation police-gendarmerie avant qu’il ne soit rendu public. Cela lui vaut une volée de bois vert des organisations syndicales.

Cigarette et CV gonflé

Avant les révélations de l’émission Quotidien, Bruno Le Roux n’avait été que rarement empêtré dans les affaires. Quelques jours après sa nomination à l’Intérieur, il y avait bien eu cette accusation d’avoir gonflé son CV. D’après Atlantico, plusieurs sites (dont le blog personnel de l’intéressé) mentionnaient que Bruno Le Roux avait été « ancien élève de l’Essec ou d’HEC », alors qu’il n’y avait jamais été en cursus classique. Une erreur commise « par un militant », se défendra-t-il dans Paris Match.

En avril dernier, son nom est mentionné dans une enquête sur les cigarettiers, dévoilée par l’Obs. L’hebdo s’interroge sur son « activisme surprenant dans une bataille parlementaire contre les industriels du tabac ». Le magazine écrit : « Le patron des députés PS devient le plus fervent défenseur non seulement d’une traçabilité indépendante (un principe que peu de parlementaires contestent), mais surtout d’une mise en place immédiate de ce système, ce qui aurait pour effet de favoriser Sicpa, un des seuls acteurs à pouvoir tout de suite proposer une solution clé en main ». Bruno Le Roux se défend : « Personne ne fait pression sur moi ! ».