Justice: Cazeneuve exhorte les futurs magistrats à ne pas se laisser «impressionner»

MAGISTRATURE Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a défendu ce jeudi, à l'Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux, l'indépendance de la justice...

20 Minutes avec AFP

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Bernard Cazeneuve, le 19 mars 2016 à l'Elysée.
Bernard Cazeneuve, le 19 mars 2016 à l'Elysée. — Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

« J’observe, jour après jour, que le principe d’indépendance de la justice ne semble pas aller de soi, y compris dans le moment particulier de l’élection présidentielle », a lancé Bernard Cazeneuve à plus de 360 auditeurs de justice à l’Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux, une promotion 2016 qui s’apprête à vivre ses premiers stages juridictionnels.

Dans une allusion claire aux candidats - François Fillon et Marine Le Pen- qui ont fait l’objet de convocations judiciaires, le Premier ministre a estimé que « la conduite qui consiste, pour un responsable politique concerné par une procédure judiciaire, à tenter de porter le discrédit sur les magistrats ne mérite (…) aucune complaisance ».

« Il est trop commode de crier au complot »

C’est « la marque d’une absence profonde de sens de l’Etat de droit et des responsabilités face aux exigences républicaines », une « grande irresponsabilité », a ajouté, dans un discours offensif, Bernard Cazeneuve, le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas à ses côtés.

« Garantir l’autorité de l’Etat, lorsqu’on est responsable politique et a fortiori lorsqu’on aspire à exercer les plus hautes responsabilités, c’est donner l’exemple en se conformant de façon scrupuleuse à la loi et en se rendant, sans protestation inutile, si la circonstance vient à se produire, aux convocations de la justice », a-t-il insisté.

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« Il est trop commode de crier au complot, sans jamais naturellement apporter le moindre début de preuve de celui-ci, plutôt que d’assumer les conséquences judiciaires de ses actes », a poursuivi le Premier ministre, pour qui certains « ne parviennent pas à admettre que nous avons changé d’époque et que ce n’est donc pas sur ordre du pouvoir exécutif que des magistrats diligentent des enquête ».

Il a appelé les politiques à une parole publique « maîtrisée, exigeante », qui « à aucun moment ne vienne abîmer l’Etat de droit ». Car la République, a-t-il mis en garde, « est un bien précieux et fragile, que les mots peuvent atteindre ». « Ne vous laissez jamais impressionner. Les magistrats ne peuvent pas se laisser impressionner », a enfin enjoint le Premier ministre aux étudiants et futurs juges. « Ne vous laissez pas impressionner par ceux qui donnent de la magistrature une image qui abaisse davantage leurs propos et leur personne que la magistrature elle-même. »