Tir accidentel lors d'un discours de Hollande: «Le président aurait dû être évacué»

SECURITE Selon Jean-Pierre Diot, vice-président de la Fédération française de protection rapprochée, il y a eu un dysfonctionnement des services de sécurité de la présidence ce mardi…

Delphine Bancaud

— 

François Hollande lors de son discours en Charente le 28 février 2017. AP/SIPA
François Hollande lors de son discours en Charente le 28 février 2017. AP/SIPA — AP/SIPA

Y a-t-il eu une faille dans la protection du chef de l’Etat ? La question se pose après l’incident survenu ce mardi. En plein discours de François Hollande lors de l’inauguration des infrastructures de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux, un tir accidentel d’un gendarme a retenti. Deux personnes en marge de la cérémonie ont été légèrement blessées aux jambes.

Le gendarme qui a tiré accidentellement a été entendu plusieurs heures en garde à vue, avant d’être remis en liberté mercredi, selon l’AFP. Ce maréchal des logis-chef âgé d’une trentaine d’années, occupait un poste de tireur dans le dispositif de protection de l’événement. Selon les premiers éléments de l’enquête, le gendarme a fait « une erreur de manipulation en changeant de position », a expliqué à l’AFP une source proche du dossier.

Un temps mort trop long

Mais les images de la scène ont stupéfié les fins connaisseurs de la sécurité. On y voitFrançois Hollande interrompre son discours après avoir entendu le coup de feu. « J’espère qu’il n’y a rien de grave », s’exclame-t-il. S’ensuivent dix très longues secondes sans que rien ne se passe. Le président tourne la tête pour obtenir des informations et finit par dire « Je ne pense pas », en reprenant son discours.

Un laps de temps que Jean-Pierre Diot, vice-président de la Fédération française de protection rapprochée et ancien garde du corps de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, a trouvé « anormalement long. D’autant que le président ne semble pas rassuré, que l’on est en plein état d’urgence et que l’on ne sait pas d’où provient le coup de feu », explique-t-il. Sur place, les membres du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) étaient pourtant nombreux. « Après le tir, s’ouvre une période de doute pour le service de sécurité qui doit analyser en un quart de tour ce qui s’est passé et prendre une décision en une fraction de seconde. Même si on ne voit pas tout ce qui s’est passé sur place, on peut juger qu’il n’y a pas eu assez de réactivité », estime-t-il.

« Il aurait ensuite dû l’évacuer dans la direction opposée du tir »

Selon lui, « Le président aurait dû être évacué » par mesure de sécurité. « Dans un premier temps son « flanc droit » (agent situé au plus près du président) aurait dû le mettre en protection derrière son pupitre et se placer devant lui pour le protéger de son corps. Et il aurait ensuite dû l’évacuer dans la direction opposée du tir, avec le kevlar (surnom de l’agent portant un un bouclier pare-balles en kevlar)», précise-t-il.

Alors comment expliquer ce qu’il juge comme un dysfonctionnement ? « Cela peut s’expliquer par un défaut d’entraînement. Car lors des séances d’entraînement, on s’exerce justement à réduire le temps de réaction pour avoir une action efficace », souligne-t-il.

Mais selon l’expert, cet incident est aussi la manifestation d’un « défaut de culture de la protection en France ». « Aux Etats-Unis par exemple, la sécurité l’emporte sur la diplomatie. En cas de danger, on n’hésite pas à évacuer le président ou à assurer un bouclier autour de lui. En France, on est davantage soucieux des images. Les services de sécurité sont toujours considérés comme un peu dérangeants par les conseillers politiques », estime Jean-Pierre Diot.

Un épisode qui succède d’autres sur le même thème

Cet incident sera sans doute l’occasion pour les services de sécurité du président de faire un bon debriefing. D’autant que la sécurité de François Hollande a déjà suscité des interrogations. En 2015, un coup de feu avait été tiré accidentellement dans l’enceinte de l’Elysée par un des membres du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). « La sécurité du Président n’est pas assurée », avait alors déclaré un des membres du GSPR dans Le Monde.

« Si demain, il y a un coup de feu dans la rue, on ne sera pas capable d’avoir la bonne réplique », avait-il déclaré.Les sorties secrètes du président pour rejoindre Julie Gayet au début de son quinquennat avaient elles aussi témoigné de certaines failles de son dispositif de sécurité. Et même s’il ne reste plus que quelques mois avant la fin de son quinquennat, le président reste une cible potentielle.