Un coup à droite, un coup à gauche, le numéro d’équilibriste de Macron peut-il lui nuire?

PRESIDENTIELLE «Ni de droite ni de gauche», le candidat d’En Marche! joue l’équilibriste en donnant des gages à chaque famille politique…

Olivier Philippe-Viela
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Emmanuel Macron le 2 février au salon des entrepreneurs à Paris.
Emmanuel Macron le 2 février au salon des entrepreneurs à Paris. — Francois Mori/AP/SIPA

Il n’avait pas attendu le lancement officiel de sa campagne pour s’affranchir des conventions entre gauche et droite. Après avoir lancé son mouvement En Marche !, Emmanuel Macron, alors ministre d’un gouvernement socialiste, s’était rendu en Vendée pour une médiatique visite de courtoisie auprès du très droitier Philippe De Villiers, en août 2016.

Six mois plus tard, le candidat à l’élection présidentielle a de nouveau fait référence à l’ancien député soutien de Marion Maréchal-Le Pen, ainsi qu’à Eric Zemmour, « avec qui [il] parle », dans une interview à L’Obs. L’entretien a surtout fait tiquer à gauche ce jeudi, pour ce passage : « Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d’ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes. C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là. »





Mais mercredi, lors de la visite du candidat en Algérie, c’est la droite qui a été horripilée par une phrase d’Emmanuel Macron qualifiant la colonisation française de « crime contre l’humanité ».





À force de donner des gages à chaque camp, l’ancien ministre ne risque-t-il pas de se fâcher avec tout le monde ? « Le succès de la démarche, c’est le dépassement du clivage gauche-droite, donc il y aura certainement dans le programme des choses que l’ancien raisonnement classera plutôt à droite et d’autres plutôt à gauche, mais la synthèse sera au-delà », évacue le député PS du Cantal Alain Calmette, qui a rejoint Macron le soir de la victoire de Benoît Hamon à la primaire de gauche.

« Son projet est de droite et de gauche »

Egalement soutien de Macron, mais originaire de la droite, Sylvain Maillard, membre du bureau politique de l’UDI et élu du 9e arrondissement de Paris auprès de la maire LR Delphine Bürkli, n’a pas été gêné non plus par les propos en Algérie de son candidat : « Il n’y a aucun calcul. Emmanuel Macron expose son projet pour les Français, qui est de droite et de gauche. » Ou « ni de droite ni de gauche », selon Macron lui-même au lancement du mouvement.



L’ancienne responsable de la campagne numérique d’Alain Juppé à la primaire de droite, Aurore Bergé est un autre renfort sur le flanc droit du candidat. Mais l’épisode algérien n’a pas heurté sa sensibilité d’ancienne adhérente des Républicains : « Emmanuel Macron construit quelque chose de neuf, donc on essaie de le rattacher à des référentiels anciens. C’est normal, cette manière de faire bouscule, décontenance, car elle est nouvelle. »

Elle a même apostrophé sur Twitter le maire de Tourcoing et ancien porte-parole de Nicolas Sarkozy Gérald Darmanin, remonté contre les propos de Macron. En retour, l’élu lui a bloqué l’accès à son compte. « Mais j’ai reçu des messages bienveillants de parlementaires de droite, on s’est quand même cotoyé pendant quatorze ans », relativise-t-elle.



Le politologue Stéphane Rozès, tout aussi transpartisan puisqu’il a conseillé François Hollande, Nicolas Sarkozy, Philippe De Villiers et le PCF, estime qu’en se montrant iconoclaste, le candidat se positionne sur une ligne de crête de l’opinion française, notamment sur le cas de la Manif pour tous : « La gauche a vécu le débat sur le mariage gay comme un prolongement du Pacs, et une majorité de Français étaient favorables à cela. Mais sur l’homoparentalité, les débats sont devenus des questionnements symboliques à propos de la place du père et de la mère auprès de l’enfant. Sur ce point, l’électorat était beaucoup plus scindé. »

« Echanger ne veut pas dire partager les idées de son interlocuteur »

Alain Calmette, qui a défendu et voté la loi en 2013, « l’un des acquis fondamentaux de ce quinquennat », précise-t-il, ne souhaite pas s’attarder sur les propos de Macron. « Ce qui est difficile pour tous, y compris pour des élus comme moi qui ont des logiciels ancrés historiquement, c’est de faire l’effort de ce dépassement sans vouloir à tout prix positionner tel ou tel point à gauche ou à droite. L’élan et la marche à suivre importent plus. » Pour Stéphane Rozès, « ce que Macron dit, c’est qu’il faut échanger sur ces questions, mais échanger ne veut pas dire partager les idées de son interlocuteur. »

Pas question pour les soutiens d’En Marche ! d’imaginer leur candidat se transformer en nouveau François Bayrou, le président du Modem, à la croisée de la gauche et la droite avec qui il s’est brouillé dans les deux cas. « Ils n’ont pas du tout la même histoire, le même parcours, la même identité. Emmanuel Macron a vocation à durer, son mouvement n’est pas un coup d’essai. À gauche et à droite, on le regarde encore avec trop de condescendance », défend Aurore Bergé.