Fillon en meeting
Fillon en meeting — GUILLAUME SOUVANT / AFP

POLEMIQUE

Avec son discours anti-médias, Fillon fait du Sarkozy

Le candidat de la droite dénonce régulièrement le «tribunal médiatique»...

A la tribune, Jean-Pierre Raffarin arbore un sourire narquois. « Un petit mot tout particulier pour dire merci aux nombreux journalistes ». Habilement, le sénateur de la Vienne fait copieusement huer et siffler les journalistes présents au Palais des Congrès de Poitiers pour le meeting de François Fillon jeudi soir. « Une blague », expliquera son entourage à l’Express.

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L’anecdote révèle la stratégie de communication de François Fillon pour répondre aux affaires d’emplois présumés fictifs de sa famille.

Ce soir-là, le candidat de la droite lâche d’ailleurs à plusieurs reprises ses coups contre les médias. Un style offensif, dans le même ton que celui de la conférence de presse lundi.

« Je suis la cible d’une attaque impitoyable, partiale, 7 jours sur 7, 24/24h, et tout ceci pour des faits anciens, connus, légaux. Est-ce juste ? Est-ce équitable ? C’est à vous de répondre et non au tribunal médiatique », lance l’ancien Premier ministre, dénonçant « l’entreprise de démolition » dont se rendraient coupables les médias pour installer « un duel dont rêve [rait] le système », entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Taper sur les médias, rien de nouveau

Un discours déjà entendu chez le candidat au moment de la primaire, lorsqu’il demandait à ses partisans « de faire démentir le scénario que les médias [ont] décidé à [leur] place ».

« François Fillon est dans une stratégie de diversion. Sa dangereuse dénonciation d’un complot médiatique peut toutefois trouver un écho dans l’opinion, étant donné le large rejet des médias mainstream », assure le politologue Thomas Guénolé. Le dernier baromètre annuel de La Croix, présenté début février, montre que moins d’un Français sur deux fait aujourd’hui confiance aux journaux.

La stratégie n’est pas nouvelle, mais le fond a changé, estime Christian Delporte. « Longtemps, cette critique de défiance se faisait sur le thème : « On ne nous donne pas la parole, on cherche à nous marginaliser ». On la retrouvait dans le discours de Jean-Marie Le Pen ou celui de Marine, mais aussi chez François Bayrou ou Jean-Luc Mélenchon », rappelle l’historien, spécialiste de la communication politique.

Nicolas Sarkozy et le « terrorisme du système médiatique »

Pour Christian Delporte, « le discours anti-médias a pris une tournure plus violente en 2012 dans la bouche de Nicolas Sarkozy, qui se présentait en candidat anti-système. La tension était très forte à l’époque, souvenez-vous comme la journaliste Ruth Elkrief avait été malmenée lors d’un meeting à Toulon par des militants », ajoute-t-il.

A l’époque, le président sortant fustige régulièrement le « terrorisme du système médiatique ». Un discours repris par les militants et les soutiens du candidat. Alain Juppé denonçait ainsi en 2012 « l’engagement partisan de la classe médiatique contre un candidat honni ». Plusieurs journalistes présents à Poitiers ont d’ailleurs comparé l’ambiance du meeting de jeudi avec celle de la campagne en 2012.

La stratégie peut-elle s’avérer payante ? « Quand on fait siffler les journalistes, on est dans l’argument de repli, de la défaite. François Fillon tente d’éviter l’évaporation de son électorat. Il fait le pari qu’il peut tenir en renforçant son noyau dur de militants », répond Christian Delporte. Cela n’avait pas empêché Nicolas Sarkozy d’être battu par François Hollande en mai 2012.