Pourquoi Yannick Jadot est si pressé de s'entendre avec Benoît Hamon

PRESIDENTIELLE Le candidat EELV, qui a présenté son programme, veut accélérer les discussions avec son homologue du PS…

Olivier Philippe-Viela
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Yannick Jadot lors de la présentation de son programme le 9 février 2017 à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Yannick Jadot lors de la présentation de son programme le 9 février 2017 à Montreuil (Seine-Saint-Denis). — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et Yannick Jadot ont présenté à la presse leur programme présidentiel ce jeudi matin, sur fond de négociations avec le socialiste Benoît Hamon. Des discussions qui « n’avancent pas assez vite », a expliqué le candidat écologiste sur RFI.

Pourtant, ce n’est pas une question de personne, assure l’état-major des Verts. Dans ce cas, les blocages sont sur le programme commun ? « Il n’y a pas de points de désaccord, la question est de savoir comment va se faire ce rassemblement, sans fixer de conditions. Nous ne cherchons pas les tractations, le but est de rassembler la gauche. Aujourd’hui, il y a un espoir autour de Benoît Hamon, et de nombreux points nous unissent, sur l’écologie et les discriminations notamment », détaille la sénatrice du Val-de-Marne Esther Benbassa, qui a accompagné le député des Yvelines lors d’une visite à Arcueil lundi.



Une rencontre Jadot-Hamon ce week-end

Bon, si tout le monde est d’accord et que le candidat écologiste n’en fait pas une affaire personnelle, un accord devrait tomber sous peu ? Yannick Jadot espère que « dans quinze jours, cette question sera réglée », a-t-il dit sur Europe 1. La sénatrice francilienne n’est pas aussi pressée par le calendrier : « Pour le moment, on n’a pas fixé de délai aussi précis. Il y a des négociations, mais ces choses-là ne se font pas en cinq minutes, on n’est pas au McDo. » Alexis Braud, le directeur de campagne, demande d’attendre au moins la semaine prochaine : « Il n’y a pas encore eu de vraie discussion, nous devons rencontrer Benoît Hamon ce week-end pour voir si nos projets convergent. A priori, oui. »

Jadot, Mélenchon et hamon, accords et désaccords.
Jadot, Mélenchon et hamon, accords et désaccords. - Simon MALFATTO, Kun TIAN, Thomas SAINT-CRICQ / AFP

Pour Jean-Luc Mélenchon, la porte n’est pas non plus fermée : « Il peut aussi faire partie du mouvement. Nous avons des points d’achoppement sur l’Europe et les rapports avec la Russie, mais EELV pourrait devenir la cheville ouvrière de ce rassemblement », selon Esther Benbassa. « La question, c’est le projet. Si Jean-Luc Mélenchon est d’accord avec nous, il y aura une discussion. Nous ne mettons personne de côté, M. Mélenchon a tendance à s’ostraciser tout seul », prévient Alexis Braud.

Lors de son congrès, EELV avait rejeté toute alliance avec le PS pour les législatives

Sur ce point, le politologue du Cevipof de Sciences Po, Daniel Boy, spécialiste de l’écologie politique, n’imagine pas une triple alliance, parce que « la concurrence est féroce entre Mélenchon et Hamon, et qu’il y a une règle qui ne se dit pas en politique comme en commerce : "mon premier adversaire est mon voisin, car c’est lui qui me pique mes clients" ».

Revenons aux seules négociations entre EELV et le parti socialiste dans cas. En avril 2016, lors du congrès des écologistes, toutes les motions avaient rejeté une alliance avec le PS aux législatives 2017. Et maintenant, un rassemblement en vue de la présidentielle pourrait-il s’étendre à l’échéance suivante, en juin ? « En général, c’est comme ça que ça marche. Vous avez vu que la situation a évolué, M. Hamon a gagné la primaire. Ce n’est pas avec M. Valls et son entourage qu’on a entamé un dialogue », assure Esther Benbassa. « La question de la présidentielle ne peut pas être dissociée de celles des législatives, cela va toujours ensemble », confirme Alexis Braud.

Daniel Boy voit deux raisons à cette cour faite au candidat PS :

  • « Il y a la contrainte financière, le parti est vraiment fauché, il n’y a pas beaucoup d’argent. » Avec 2 à 3 % des intentions de vote, le candidat vert n’est pas assuré de voir ses frais de campagne remboursés (à partir de 5 %), et doit se contenter d’une campagne low-cost car les finances du parti sont à sec.
  • « Les Verts ont toujours jugé que leur candidature était nécessaire lors de la présidentielle pour qu’on parle un peu d’écologie. Avec celle de Hamon, l’objection tombe. À quoi bon faire 2-3 % à la présidentielle alors qu’il y a un programme écolo solide juste à côté ? »

Une troisième peut s’ajouter : Yannick Jadot aurait de grosses difficultés à recueillir les 500 signatures nécessaires pour être sur la ligne de départ en avril. Selon Le Canard enchaîné du 8 février, seulement 190 promesses de parrainages auraient été récupérées. En comparaison, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste, pourrait abandonner car il n’a qu’un peu plus de 200 promesses.

« En ce qui concerne ma famille politique, EELV, c’est une page qui se tourne »

« En session fermée, Yannick Jadot nous a dit qu’il en avait 400. Le Canard enchaîné n’a pas les bonnes informations », rétorque la sénatrice EELV. « 412 exactement, Le Canard a tort », précise Alexis Braud. « J’ai aujourd’hui 407 promesses de parrainages », a chiffré de son côté le candidat ce jeudi matin. « Le manque de signatures est clairement l’une des raisons », souffle quand même Daniel Boy. Manque de parrainages, manque de financements, et manque de soutiens internes envers le candidat Jadot aussi.

Dans une interview à Libération mardi, l’ancienne ministre Cécile Duflot, éliminée au premier tour de la primaire de son parti, a poussé pour un ralliement derrière Benoît Hamon, reprenant au cours de l’entretien l’un des éléments de langage du socialiste, l’adjectif « désirable » : « On ne doit pas rester dans le confort des vieux appareils. En ce qui concerne ma famille politique, EELV, c’est une page qui se tourne. »

Taquin, Le Canard enchaîné a eu un autre son de cloche de la part d’une parlementaire écologiste : « Cécile Duflot et David Cormand, le nouveau patron des Verts, veulent faire la peau à Jadot, devenu un gêneur, pour faire alliance avec Hamon, récupérer quelques circonscriptions, et un ou deux postes de sénateurs. »